Une immersion en salle d’opération à Mannheim - Retour sur l’ENTOG Exchange 2025

Publié le 24 sept. 2025 à 14:42
Article paru dans la revue « AGOF / Le Cordon Rouge » / AGOF N°28

Tout d'abord, l'ENTOG (European Network of Trainees in Obstetrics and Gynaecology) est une organisation européenne fondée en 1997 qui regroupe les internes et jeunes gynécologues-obstétriciens des pays membres de l'EBCOG (European Board and College of Obstetrics and Gynaecology). Elle a pour but de :
• Représenter les internes au niveau européen, auprès des institutions de santé, des sociétés savantes et des organismes de formation.
• Harmoniser la formation en gynécologie-obstétrique entre les différents pays européens, en promouvant des standards communs de compétences, d'évaluation et d'organisation.
• Favoriser les échanges et la mobilité des internes grâce à des programmes comme le ENTOG Exchange, qui permettent à de jeunes gynécologues de passer quelques jours dans un autre pays pour observer les pratiques locales.
• Organiser des événements scientifiques et politiques : chaque année, l'ENTOG tient un Council Meeting, participe activement au congrès EBCOG, et organise une Scientific Night réunissant les jeunes professionnels européens autour de conférences et de moments conviviaux.
Une immersion en salle d’opération à Mannheim - Retour sur l’ENTOG Exchange 2025

L'ENTOG s'engage également dans la défense des droits des internes, l'évaluation des centres de formation, et dans la promotion de la santé des femmes au niveau international. Son réseau repose sur des représentants nationaux désignés dans chaque pays membre, qui font le lien entre l'organisation et les internes de leur pays.
En France, l'AGOF (Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation) est membre actif de l'ENTOG et participe chaque année aux échanges, au congrès et aux débats européens sur la formation.
Du 2 au 4 juin 2025, j'ai eu l'opportunité de participer à l'ENTOG Exchange Germany, une initiative portée par le Junges Forum de la Société allemande de gynécologie et obstétrique (DGGG), en amont du congrès EBCOG à Francfort. Trois jours passés à Mannheim, en immersion au sein du service de gynécologie obstétrique, m'ont permis de découvrir une autre façon de former les gynécologues en Europe et de réfléchir aux spécificités de notre propre système.

Un regard différent sur la pratique allemande

Accueilli chaleureusement par une équipe locale bien rodée, j'ai intégré le bloc opératoire comme observateur, conformément aux règles en vigueur. J'ai eu la chance de m'habiller en stérile sur plusieurs opérations pour être au plus prêt de l'action. L'accent mis sur la sécurité, la traçabilité des actes et la coordination interprofessionnelle m'a frappé. L'approche allemande reste très structurée, avec une forte standardisation des pratiques et un respect strict des rôles hiérarchiques, le professeur dirige une équipe de médecins séniors et de médecins juniors.
Il est impossible d'opérer sans une instrumentiste, les médecins sont habillés et gantés en stérile, alors gare à nos mains si on veut se saisir d'un ciseau de Mayo. Chaque journée commence par une visite plus ou moins accompagnée, les patientes sont parfois 4 par chambre avec des problématiques d'occupation de lit similaires en France.
Puis, on enchaîne sur un staff rapide où l'interne de garde présente les hospitalisations de la nuit et où les internes se répartissent dans les différents blocs (max 3). Au bloc, les internes opèrent peu par rapport en France, la réelle formation chirurgicale a lieu quand on est chef. Et cela est le plus visible en sénologie où l'interne est seulement autorisé à fermer. Il n'y a pas le temps de manger, les blocs s'enchaînent trop vite et l'interne à la responsabilité des papiers. Ils ont en libre service boisson et gâteau, mais à leur propre aveux ils mangent peu.
Les blocs se terminent vers 16h30, s'enchaînent les papiers puis le staff du soir avec les bibliographies selon les jours.

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Les internes allemands : une formation hospitalo-universitaire en mutation

En échangeant avec mes homologues allemands, membres du JUNGGES (association nationale des jeunes gynécologues-obstétriciens), plusieurs différences notables sont apparues :
• Statut et responsabilités : Les internes allemands (Assistenzärzte) sont des médecins pleinement diplômés, en emploi salarié à temps plein, engagés dans une formation spécialisée de cinq à six ans. Ils ont donc des responsabilités cliniques importantes dès leur entrée en poste, ce qui contraste avec notre internat français, souvent perçu comme une formation pré-professionnelle progressive.
• Rémunération : Leur salaire est nettement supérieur à celui des internes français. En 2025, un interne allemand commence à environ 4 800 € bruts mensuels (selon la convention tarifaire des hôpitaux publics – Tarifvertrag Ärzte), et ce montant augmente régulièrement au fil des années d'exercice.
• Organisation du temps de travail : Bien que la charge de travail soit importante, la réglementation allemande tente au maximum de limiter le temps de travail hebdomadaire (48 h en moyenne avec des différences selon les spécialités, gardes comprises) avec un enregistrement rigoureux du temps effectif. Les gardes sont souvent rémunérées en heures supplémentaires.
• Formation continue et évaluation : L'obtention du titre de spécialiste repose sur un livret de compétences validé par un collège régional (Landesärztekammer), complété par un examen oral terminal. Chaque acte ou compétence doit être documenté, validé et signé par le formateur, renforçant la traçabilité pédagogique.

Une immersion en salle d’opération à Mannheim - Retour sur l’ENTOG Exchange 2025

Un moment fort : la Scientific Night à Mainz

Après ces trois journées en hôpital, nous avons rejoint Mainz pour la traditionnelle Scientific Night, point d'orgue de l'échange. Deux conférences inspirantes données par le Pr Banys-Paluchowski et le Pr Hasenburg ont ouvert la soirée avec respectivement un topo sur les nouveautés dans la prise en charge du cancer de l'ovaire et un topo sur les nouvelles perspectives du cancer du sein, suivies d'un dîner de gala puis d'une after-party dans un lieu historique. Un moment d'échange festif, qui a renforcé le sentiment d'appartenance à une communauté européenne de jeunes gynécologues engagés, ne doutez pas que nous avons brillé sur la piste de dance.

Ce que je retiens de cette expérience

L'ENTOG Exchange m'a permis non seulement de m'ouvrir à une autre culture médicale, mais aussi de m'interroger sur nos propres modalités de formation. Si le système français reste protecteur et structurant, il gagnerait à s'inspirer de certains leviers allemands : reconnaissance salariale, autonomie encadrée, validation transparente des compétences, valorisation du temps pédagogique.
Alors que les débats sur le statut de l'interne et l'organisation des maquettes battent leur plein en France, cette immersion allemande a agi comme un miroir révélateur : la comparaison européenne est un outil puissant pour repenser l'avenir de notre spécialité.

Un appel à la communauté

Je cherche activement mon double pour le poste ENTOG/WATOG, en effet la charge de travail est conséquente et l'avenir prolifique en termes de projets. Si tu es intéréssé(e) par les questions européennes, ou que tu serais tenté(e) par un échange dans un pays étranger, n'hésite pas à me contacter au 0647592377 !

Michel-Gabriel CAZENAVE
Pour l'AGOF

Publié le 1758717774000