Sous les bouclettes : rencontre avec Mélaka, co-auteur

Publié le 13 mai 2022 à 10:03

BOUQUINADE

Comment est né ce projet de roman graphique ?
Mélaka - Il s'est imposé à moi, comme un besoin. Quand ma mère a disparu, que j'avais la tête farcie de tout ça, la maladie, le déroulement des choses.. Je ne voulais pas oublier. Et en même temps, j'avais besoin de raconter, pour me débarrasser du poids qui pesait dans ma tête. Narrer tout sous forme de BD a été un formidable exutoire pour moi !

N'était-ce pas trop dur de revivre ces mois de maladie ?
M.- Bien sûr, ça a été dur, mais comme peut l'être une thérapie, qui va chercher à nous faire revivre notre traumatisme pour le désincarner, pour le comprendre mieux. Et en même temps, ça a été un soulagement : organiser mon récit sous une forme lisible par tous, même ceux qui ne connaissent pas notre famille, c'est une manière de mettre de l'ordre dans tous ces souvenirs douloureux. De ranger ce qui traîne, de classer. Et d'assainir.

Comment avez-vous rassemblé tous les souvenirs de jeunesse de votre maman ?
M.- Quand ma mère était au début de sa maladie, elle a entamé le tome deux de ses "grands moments de solitude", un livre dont le tome un est sorti chez Rivière Blanche, qui raconte pleins de petits moments de gène de sa vie. Elle n'a pas eu le temps de le terminer.. Je me suis contentée de piocher dans ces histoires, que je connaissais déjà bien.

Vous parlez très peu des médecins et de l'hôpital, est-ce volontaire ?
M.- Oui, ça l'est. Déjà, parce que ma mère voulait éviter au maximum de "médicaliser" sa situation : elle vivait une histoire d'amour toute neuve, elle sortait également de deux ans d'hôpital, chimio et tout le bazar avec le cancer de son compagnon, Sylvain. Elle ne voulait pas aller à l'hôpital ni laisser des infirmières investir son espace. De plus, ce livre, c'est MON interprétation. Je n'ai que peu assisté aux entretiens avec les médecins. Mon récit concerne les moments où j'allais la voir.. Je n'étais pas dans sa tête lors des visites hebdomadaires à l'hôpital.. Donc mon histoire fait relativement peu référence au médical, c'est vrai.

Propos recueillis par Vanessa Pageot 



FIN DE VIE SANS PERDRE L’HUMOUR : UNE AUTRE BD

EST-CE QU’ON POURRAIT PARLER D’AUTRE CHOSE ?
Un trait de dessin décapant pour la dessinatrice américaine, Roz Chast, qui raconte la fin de vie de ses parents new-yorkais
au caractère bien trempé. Une bande dessinée autobiographique où l’humour remplace le pathos.
Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ? De Roz Chast, éd. Gallimard, 240 p, 25 euros.

Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°20

Publié le 1652429009000