Actualités : Des projets de recherches révolutionnaires : la stimulation du nerf vague - Interview d’une chercheuse en neurosciences

Publié le 29 juil. 2026 à 19:15
Article paru dans la revue « AJMER / AJMERAMA » / AJMERAMA N°10

Bonjour Juliette LECLERC peux-tu présenter ton parcours ?

Après ma licence de biologie et mon master en neurosciences à Rouen, j'ai commencé une thèse de Sciences. Je suis actuellement doctorante en 4e année au sein du Groupe de Recherche sur le Handicap Ventilatoire et Neurologique à l'Université de Rouen (GRHVN).

Peux-tu nous dire sur quel sujet tu travailles en quelques mots ?

Ma thèse porte sur la stimulation du nerf vague (SNV), un traitement neuromodulateur permettant d'améliorer la récupération fonctionnelle en phase chronique après un AVC. Dans ma thèse, j'étudie son impact sur l'activité cérébrale par des approches d'EEG invasives sur un modèle murin. Repositionnée par la FDA (Food and Drug Admnistration, institution américaine chargée de la surveillance des produits pharmaceutiques entre autres) depuis 2021 pour l'application en phase chronique de l'AVC, la SNV s'est avérée très efficace chez certains patients, même des mois, voire des années après leur lésion, alors qu'ils avaient atteint leur plateau de récupération fonctionnelle spontanée.
Toutefois, près de la moitié des patients n'y sont pas sensibles, et il est donc nécessaire de mieux comprendre les mécanismes neuro-réparateurs à l'origine de ces bénéfices pour étendre son utilisation au plus grand nombre. Ainsi, mes recherches consistent à reproduire chez la souris le protocole de stimulation employé chez l'Homme afin d'analyser s'il peut renverser le déficit d'activité neuronale unitaire et oscillatoire observé dans le cortex péri-lésionnel, avec un degré de précision très fin puisque j'enregistre la réponse de chaque neurone individuellement dans une zone du cortex péri-lésionnel, ce qui est très difficile à étudier chez l'Homme.

Comment la SNV fonctionne ?

La SNV est une technique de neurostimulation qui consiste à envoyer des impulsions électriques à une intensité prédéfinie à travers une électrode enroulée autour du nerf vague, implantée au niveau du cou et reliée à un stimulateur sous la peau. Ces impulsions modulent l'activité des voies afférentes du nerf vague (80 % de ses fibres) et, par extension, celles de certaines régions cérébrales par l'intermédiaire de plusieurs noyaux neuromodulateurs situés au niveau du tronc cérébral. L'activation spécifique de ces circuits, principalement noradrénergiques et cholinergiques, aboutissent à une modulation fine de l'activité corticale, associée à une augmentation de l'éveil cortical. Cette activation cérébrale répétée à chaque train de stimulation (souvent délivré en parallèle des sessions de rééducation motrice) se traduit par une réorganisation des réseaux neuronaux impliqués dans la récupération fonctionnelle qui selon nos résultats, serait soutenue par une amélioration de l'activité cérébrale.

Pourquoi selon toi la SNV est un outil novateur et peut-être d'avenir ?

Après une potentielle intervention initiale par fibrinolyse ténectéplase ou thrombectomie, mis à part la rééducation, il n'existe pas de traitement efficace pour améliorer la récupération après un AVC. Après l'échec de nombreuses approches pharmacologiques, la neuromodulation se présente comme une approche alternative et prometteuse. La SNV se démarque d'autres approches similaires par certaines caractéristiques essentielles : les effets résultent de l'activation de circuits neuronaux spécifiques et physiologiquement pertinents, et surtout, elle peut être pratiquée quotidiennement par les patients en autonomie à domicile.

Penses-tu qu'un jour la SNV sera utilisée en pratique courante en médecine après une lésion cérébrale ?

Le recul de plusieurs décennies de pratique de cette intervention chez les patients épileptiques, dont le CHU de Rouen a été l'un des porteurs de projet en France, atteste de sa sûreté et de la quasi-absence d'effets secondaires.
L'unité de recherche (GRHVN) où je réalise ma thèse a pour particularité de favoriser le partage d'expertises pluridisciplinaires entre chercheurs fondamentalistes et cliniciens issus des services d'ORL, de neurochirurgie et de MPR. Le transfert des connaissances acquises en recherche préclinique jusqu'à la phase clinique est en discussion avec les services concernés, avec l'espoir d'initier un essai clinique d'ici quelques années. Actuellement, la principale limitation de ce traitement réside dans la nécessité d'une intervention chirurgicale, mais le développement d'alternatives non-invasives reposant sur l'activation de fibres vagales par stimulation transcutanée au niveau auriculaire commencent à faire leur preuve et faciliterait le déploiement de la SNV.
L'objectif à long terme est de nous positionner à nouveau comme précurseurs en France dans l'application de la SNV, cette fois-ci pour le traitement des lésions cérébrales acquises (y compris le traumatisme crânien) sur lesquels nous travaillons également au laboratoire.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter à l'avenir ?

Après ma thèse, j'ai pour intention de poursuivre mon parcours de recherche par un post-doc à l'étranger pour continuer à explorer comment notre cerveau peut se réorganiser et comment l'utilisation de techniques innovantes (interfaces cerveau-machine) peut modifier l'activité cérébrale.

Où peut on retrouver tes travaux ?

Mes travaux ne sont pas encore publiés, mais devraient l'être d'ici fin 2026 / début 2027.

Anne-Charlotte LERICK


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