
Pays européen frontalier à la France, à la Belgique et à l'Allemagne, le Luxembourg à une population de 681 973 habitants. Son système de santé est caractérisé par l'affiliation obligatoire à la Caisse nationale de santé (CNS) - secteur public - pour l'ensemble des résidents et des travailleurs frontaliers. Les assurés restent libres de souscrire ou non à une assurance complémentaire.
La CNS, en articulation étroite avec le pouvoir politique, concentre un grand nombre de décisions structurantes, notamment en ce qui concerne la nomenclature des actes et le développement de l'offre des structures hospitalières. Le parcours de soins passe également par le médecin généraliste mais peut aussi être accessible directement chez le spécialiste. Découvrez ce pays à travers une interview avec le Dr Morini Sivia et Dr José Pereira, médecins MPR au Rehazenter, le Centre de Rééducation National du Luxembourg.
Pouvez-vous nous décrire votre activité quotidienne en tant que médecin MPR au Luxembourg ?
S. M.— Nous exerçons tous les deux au Rehazenter – Centre National de Rééducation Fonctionnelle et de Réadaptation, centre national de référence en Médecine Physique au Luxembourg. Nous sommes une structure extra-hospitalière à proprement parler, mais le bâtiment est situé à proximité de l'Hôpital Robert Schuman ce qui facilite les échanges avec les autres spécialités.
Au Rehazenter, il existe actuellement deux secteurs distincts : la rééducation neurologique et la rééducation orthopédique-trau-traumatologique. De ce fait, un même médecin ne prend pas en charge l'ensemble des pathologies (par exemple, hémiplégies et amputations).
L'activité est exclusivement clinique, à temps plein. La journée débute à 8h00 par la revue des patients hospitalisés, puis se poursuit par des consultations ambulatoires, des suivis, des avis externes dans les hôpitaux de la ville.
Chaque médecin suit environ 80–90 patients ambulatoires actifs, en plus des hospitalisations, avec des profils variés : orthopédie, neurologie, douleurs chroniques et réadaptation complexe. Une demi-journée hebdomadaire est dédiée aux patients hospitalisés, le reste du temps est dédié aux patients ambulatoires.
J. P.— Chacun a sa spécialité : la pédiatrie, l'EMG, la douleur, la spasticité, la marche, l'urodynamique, le laboratoire de marche.
Nous avons une activité très diverse, ce qui nous permet d'être complémentaires dans la prise en charge et le suivi de ces patients. L'aide de l'équipe paramédicale (infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, éducateurs, orthoptistes, neuropsychologues, assistantes sociales, professeurs d'école) est très importante et nous permet de faire un réel travail de qualité.

Comment évalueriez-vous la charge de travail hebdomadaire ?
J. P.— Il s'agit malgré tout d'un véritable temps plein, avec un rythme soutenu et une charge clinique élevée. Nous suivons des patients blessés médullaires, des éveils de coma, des fractures compliquées, des amputés, des neurochirurgies complexes, etc. Les défis sont grands avec beaucoup de demandes partout dans le pays. Notre vraie valeur ajoutée est d'exercer avec une technique de pointe.
S. M.— Le Rehazenter est le Centre de Rééducation National du Luxembourg qui se veut être une référence Européenne donc nous traitons des pathologies neuro-orthopédiques complexes et un volume important de patients à un rythme soutenu. Nous avons la chance d'avoir l'infrastructure et le personnel qui permet une prise en charge intensive et de qualité. C'est de notre devoir d'implémenter la meilleure prise en charge possible et de promouvoir une médecine de qualité.
D'autres centres luxembourgeois présentent une activité plus légère (rééducation gériatrique) et des charges horaires moindres.
Quelles sont les principales spécificités d'organisation (horaires, gardes, administratif) ?
S. M.— Les horaires sont organisés du lundi au vendredi. Les consultations se déroulent essentiellement de 8h00 jusqu'à 17h. La fin de journée est ensuite consacrée au travail administratif (comptes rendus, coordination, dossiers), avec une charge variable selon les jours.
J. P.— Il n'existe pas de gardes classiques de 24 heures, mais une semaine d'astreinte environ tous les deux à trois mois pour les patients hospitalisés. Pendant la journée, les médecins référents sont responsables de leurs patients. Pendant la nuit, le médecin de garde peut être appelé en cas de besoin.
Quels sont les avantages de travailler au Luxembourg ?
S. M.— Pour moi, c'est clairement une organisation claire du temps de travail, une grande autonomie clinique, un accès facile aux explorations fonctionnelles (et aux soins médicaux en général) et un climat de confiance avec les collègues et les patients.
Un autre point important à mettre en valeur concerne le développement très avancé des explorations fonctionnelles, notamment l'analyse du mouvement, l'évaluation pelvi-périnéale, ainsi que les gestes diagnostiques et thérapeutiques guidés par échographie. Avoir tellement de spécialités MPR concentrées dans un même centre est un réel atout.

Quelles sont les désavantages de travailler au Luxembourg ?
J. P.— À part les bouchons, l'assurance dépendance (équivalent de la sécurité sociale française), un des problèmes majeurs qui existe au Luxembourg (et qui a toujours existé) est le peu d'échange informatique entre les différents hôpitaux car la politique de protection des données est très développée.
Il faut notifier qu'au Luxembourg il n'existe pas de dossier médical global partagé au niveau national (comme en Belgique) ou de dossier médical partagé (comme en France). Chaque hôpital détient et est responsable de ses propres documents médicaux (rapports, imageries, listes). L'échange inter-hospitalier est très très difficile et lent, et ce malgré une proximité géographique de quelques kilomètres seulement. Parfois l'impuissance face à ce système est difficile à accepter car partout en Europe les échanges sont plus faciles.
Au vu que le Rehazenter est un centre de rééducation (et non un hôpital avec des services de médecine aiguë), nous ne pouvons pas accéder directement aux imageries des autres hôpitaux. Les autres hôpitaux ne peuvent pas non plus accéder à nos documents en un seul clic. À ce système, il y a deux avantages : la responsabilisation du patient face à sa pathologie et au fait qu'il détient tout son dossier médical et le renforcement de la communication avec les collègues via le bon vieux téléphone.
Quelle place pour la formation continue ?
S. M.— Chaque médecin dispose d'environ dix jours par an dédiés à la formation. Cela permet de participer à des congrès, des formations spécialisées et de développer des compétences techniques ou académiques selon ses intérêts. En général nous allons aux congrès français (SOFMER, EMPR Montpellier) et européens.
J. P.— La formation continue est la responsabilité de chacun. Au Luxembourg, la loi prévoit un certain nombre de crédits que nous devons réaliser par année, cependant chacun s'organise comme il le désire.
Les échanges entre collègues sont-ils facilités au Rehazenter ? Et en dehors ?
S. M.— Les échanges sont simples et accessibles. Chaque médecin reste toutefois responsable de ses propres patients ; il ne s'agit pas d'un travail en équipe au sens d'une responsabilité partagée. Le référent médical demeure clairement identifié. En cas de besoin, les collègues et spécialistes sont facilement joignables pour des avis.
J. P.— Au Luxembourg c'est réellement facile de communiquer au vu de l'importante diversité culturelle. Nous avons également la chance de travailler avec plusieurs origines (portugais, belges, allemands, français) ; cela représente une richesse mais ça demande aussi une adaptabilité importante. Je dirais que cette qualité facilite la prise en charge des patients car ça favorise les échanges et la communication.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune MPR intéressé par le Luxembourg ?
S. M.— Bien se renseigner sur la structure choisie, car chaque centre a ses spécificités (orthopédie, neurologie, gériatrie, etc.). Pour un médecin motivé, c'est un environnement exigeant mais très formateur, qui permet de développer rapidement autonomie et compétences cliniques.
J. P.— Rester curieux, réfléchi, avec un goût pour le travail est une réelle aide. Savoir ce que l'on veut faire comme activité médicale, s'orienter en fonction de ce qu'il vous plait mais également vers le domaine où l'on est bon. « C'est en faisant notre travail avec responsabilité et plaisir que l'on a la meilleure satisfaction ». J'encourage les jeunes à ouvrir leur champ de vision et de possibilités.
Ioana BRADATAN

