
C'était en 2021, on sortait d'une pandémie, c'était fracassant, c'était impactant. L'enquête Santé Mentale faisait du bruit. Menée de concert par les syndicats nationaux représentant les étudiants et étudiantes en médecine, l'ANEMF, l'ISNI et l'ISNAR-IMG.
C'était l'une des premières enquêtes de grande envergure, dirigée avec autant de rigueur scientifique, au sujet de la santé mentale de tous les étudiants et étudiantes en médecine, de la deuxième année à la faculté à la dernière année d'internat.
75 % d'entre nous souffrent ou ont souffert de symptômes anxieux ou dépressifs dans les 12 mois précédant le questionnaire. Si on parle d'un épisode dépressif caractérisé, c'est 25 % d'entre nous.
Un quart d'entre nous ont enduré une humiliation ou une agression sexuelle, et ces actes étaient commis en majorité sur le lieu de travail, en stage, par des médecins thésés.
Enfin, 19 %, parmi nous, ont pensé à se donner la mort.
Ces chiffres sont noirs. Ces chiffres sont durs. Ils viennent habillés du masque hideux que revêt parfois la réalité. Pourtant tout ceci est tristement réel. C'est le reflet, d'années passées à plonger des hommes et des femmes, plein de rêve au départ, dans un monde toxique, fait de compétition, d'indignité ordinaire pour reprendre le vocabulaire de la philosophe Cynthia Fleury.
Et pourtant, ces chiffres sont incroyablement mobilisateurs. Ils nourrissent l'indignation, la colère, qui se transforment parfois, par l'alchimie de la lutte syndicale, en envie de construire un monde plus juste. Des gens se sentent traversés par l'urgence de dénoncer ce qui a lieu aujourd'hui dans l'intimité des études de médecine.
C'est tout ce qui fait la sève de la nouvelle enquête santé mentale 2024 !
Car oui, regroupés autour du Dr Ariel Frajerman, psychiatre et chercheur, travaillant auprès de l'INSERM (Institut National de Santé et de la Recherche Médicale), les trois syndicats de l'enquête 2021, l'ANEMF, l'ISNI et l'ISNAR-IMG, se retrouvent pour réactualiser les chiffres.

Qu'en est-il en 2024 de l'état de santé des étudiants et étudiantes en médecine ?
L'enquête s'est enrichie de plusieurs questions abordant le recours au soins, les violences sexistes et sexuelles, la solitude, les troubles du comportement alimentaire.
Chaque question se pose autour de questionnaires validés scientifiquement et utilisés à de plus larges échelles, ce qui permettra une compatibilité des données avec d'autres enquêtes nationales telle que celle du Baromètre de Santé Publique France.
L'enquête a pu être diffusée auprès de milliers d'étudiants et étudiantes de juin à juillet 2024. Au terme de ce travail d'enquête et d'analyse, c'est tout un portage politique que pourront réaliser les syndicats pour continuer à dénoncer oui, mais aussi à mettre les politiques et les structures en face de leurs contradictions, et avancer vers les dessins d'un monde du soin et d'études, moins violent, moins compétitif, plus doux, plus soignant, plus vivant, tout simplement.
Rédigé par
François VILAIN

