Première femme à la présidence de l’Académie Nationale de Chirurgie

Publié le 21 juil. 2025 à 10:50
Article paru dans la revue « AGOF / Le Cordon Rouge » / AGOF N°27

Léa Descourvières : Bonjour Professeur Mathelin, merci d'avoir accepté cet entretien. Avant d'entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous nous rappeler votre parcours ?

Carole Mathelin : Bien sûr ! Je suis Carole Mathelin, professeure des universités et cheffe de service à l'ICANS (Institut de Cancérologie Strasbourg Europe), une structure issue de l'al- liance entre un centre de lutte contre le cancer et un Centre Hospitalier Universitaire.

J'ai effectué l'intégralité de mon cursus à Strasbourg, où j'ai été interne, cheffe de clinique, praticienne hospitalière, puis professeure des universités. Très tôt dans ma carrière de gynécologue-obstétricienne, je me suis spécialisée en sénologie. J'ai eu la chance de travailler aux côtés du Professeur Robert Renaud, un pionnier du dépistage du cancer du sein. D'ailleurs, il est intéressant de rappeler que ce programme a été initié par un gynécologue et non par un radiologue, ce qui souligne l'importance de notre discipline dans ce domaine.

L'Académie nationale de chirurgie
Léa Descourvières : Depuis peu vous êtes à la présidence de l'Académie de chirurgie, quelle est cette institution ?

Carole Mathelin : L'Académie nationale de chirurgie est une institution ancienne, fondée le 18 décembre 1731 sous le nom d'Académie royale de Chirurgie par Georges Mareschal, premier chirurgien de Louis XV, et François Lapeyronie, son successeur.

Aujourd'hui, c'est une association de type loi 1901 dont la mission est de promouvoir l'excellence du savoir et du savoir-faire chirurgical français, en France comme à l'international. Elle accompagne les chirurgiens face aux évolutions profondes de leur métier, notamment avec l'essor des nouvelles technologies, qui ont transformé la pratique opératoire depuis 1731.

L'Académie remplit plusieurs missions essentielles :

Informer le grand public et les professionnels de santé sur les avancées chirurgicales, via des publications et communiqués.

Assurer la formation continue des chirurgiens grâce à des sessions hebdomadaires diffusées sur sa chaîne YouTube. Par exemple, une session dédiée aux avancées en chirurgie gynécologique a eu lieu le 29 janvier dernier.

Jouer un rôle éthique en garantissant les bonnes pratiques chirurgicales.

L'Académie repose sur trois piliers fondamentaux : la transmission de l'histoire de la chirurgie, l'accompagnement de son évolution et la préservation de son éthique.

Son blason représente trois jarres symbolisant la science, l'observation et la dextérité. Ces valeurs me tiennent particulièrement à cœur, car elles reflètent parfaitement notre métier de gynécologue.

Le fonctionnement et la place des femmes

Léa Descourvières : Comment fonctionne l'Académie au quotidien ?

Carole Mathelin : Chaque mercredi matin, le bureau de l'Académie ou son conseil d'administration se réunit pour discuter des sujets majeurs qui structurent l'année. L'après-midi, des séances scientifiques sont organisées sur des thématiques variées, en lien avec les 13 disciplines chirurgicales reconnues en France, parmi lesquelles la chirurgie infantile, plastique, thoracique, maxillo-faciale, urologique, ou encore la gynécologie-obstétrique.

Léa Descourvières : Combien de membres compte-t-elle ?

Carole Mathelin : L'Académie regroupe actuellement 641 membres répartis en plusieurs catégories :

150 membres titulaires (dont 142 en poste).

326 membres associés.

54 membres honoraires, souvent retraités mais toujours impliqués.

Environ 10 % de membres internationaux.

Léa Descourvières : Vous êtes la première femme présidente, et en plus gynécologue-obstétricienne. Que représente cette nomination pour vous ?

Carole Mathelin : Il me semble naturel que les femmes accèdent à des postes à responsabilité, que ce soit en chirurgie, en médecine universitaire ou dans l'administration hospitalière. Pourtant, lorsqu'on regarde les cheffes de service, les doyennes de faculté ou les présidentes de CME, on constate qu'elles restent rares.

Et il a fallu près de 300 ans pour qu'une femme préside l'Académie nationale de chirurgie ! Heureusement, j'ai reçu un large soutien de la part de mes confrères académiciens. Aujourd'hui, une autre femme, Arlette Colchen Personne, est également membre du bureau et contribue à porter la voix des femmes dans nos décisions.

Les grands axes de votre mandat
Léa Descourvières : Votre mandat dure un an.

Quels sont vos principaux axes de travail ? Carole Mathelin : J'ai défini quatre priorités : Renforcer la place des femmes en chirurgie et faciliter leur carrière hospitalo-universitaire. Aujourd'hui, une gynécologue qui souhaite devenir professeure des universités doit souvent effectuer une mobilité, parfois à l'étranger. Quand on est jeune maman avec deux enfants, partir plusieurs mois devient un véritable défi.

Promouvoir l'innovation en chirurgie. Nous vivons une révolution technologique avec la chirurgie robot-assistée, la réalité augmentée et les dispositifs médicaux intelligents. L'Académie doit accompagner ces avancées et soutenir la recherche.

Développer les relations internationales. La médecine s'enrichit énormément grâce aux collaborations avec nos homologues étrangers, notamment francophones.

Encourager l'éco-responsabilité en chirurgie. Les blocs opératoires doivent évoluer pour réduire leur impact environnemental. Il est aussi crucial d'explorer les liens entre pollution et pathologies, notamment en matière de fertilité et de cancers hormonodépendants.

Encourager les jeunes à rejoindre l'Académie

Léa Descourvières : Y a-t-il d'autres projets qui vous tiennent à cœur ?

Carole Mathelin : Oui, notamment rendre les carrières hospitalo-universitaires plus attractives. Nous devons proposer des parcours qui fassent rêver, en concertation avec les jeunes générations. Il est essentiel de construire ensemble la gynécologie de demain, qui sera majoritairement exercée par des femmes.

Léa Descourvières : Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la chirurgie et d'intégrer l'Académie ?

Carole Mathelin : L'envie de faire de la chirurgie se manifeste souvent très tôt. Dès l'internat, certains se dirigent spontanément vers l'obstétrique, l'échographie ou la fertilité, tandis que d'autres, comme moi, se passionnent pour la chirurgie.

Ce qui rend ce métier formidable, c'est la reconnaissance des patientes. C'est une source de motivation quotidienne.

Léa Descourvières : En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés particulières ? Carole Mathelin : Personnellement, non. Mais je sais que cela arrive. En gynécologie-obstétrique, la présence féminine est bien acceptée, ce qui n'est pas forcément le cas dans d'autres spécialités chirurgicales, comme la neurochirurgie ou l'urologie.

Léa Descourvières : Un dernier mot pour encourager les jeunes gynécologues-obstétriciens à rejoindre l'Académie ?

Carole Mathelin : L'Académie est un lieu d'échange unique entre spécialités. J'encourage les jeunes à venir y présenter leurs travaux et à intégrer les comités, notamment celui du “tissu mou”, auquel appartient la gynécologie. Il est important de s'impliquer tôt pour contribuer à l'évolution de notre discipline et enrichir notre formation au contact d'autres chirurgiens.

Enfin, l'Académie a besoin de se rajeunir. Pour vous donner une idée, l'âge moyen y est aujourd'hui de 63 ans. Alors, venez nombreux ! Même si vous ne serez pas titulaires immédiatement, montrez votre intérêt pour cette discipline et impliquez-vous dès maintenant.

Léa Descourvières : Merci pour cet échange passionnant !

“liens utiles” / évènements à venir

Site de l'académie de chirurgie : www.academie-chirurgie.fr/ Plateforme académie de chirurgie : www.fmc.live/fr/reference/9 Chaîne Youtube : http://ucnukhr2j9mim4rlsirqusbw/ “Chirurgie 4.0” : www.congres-chirurgie-4-0.com

RICF : Les Rencontres Internationales de la Chirurgie Francophone à Strasbourg les 9 et 10 octobre : https://www.academie-chirurgie.fr/admin/uploads/media/photo/0001/07/52c72430e145fcc74 2d8548bc68b1abcd6537058.pdf

Pour aller plus loin
“Je vous invite à aller lire une étude qui me tient à cœur : en tant que spécialiste du cancer du sein, je m'intéresse de près aux études internationales sur ce sujet. Une récente étude canadienne, menée sur 13 ou 14 types de chirurgie, a montré que lorsqu'une femme opère une patiente atteinte d'un cancer du sein, les taux de complications post-opératoires et de mortalité sont réduits, et le résultat esthétique est souvent meilleur. Bien sûr, il ne s'agit que d'une étude, et les chirurgiens hommes sont tout aussi compétents ! Mais cela souligne que les femmes ont toute leur place en chirurgie.

Lien de l'article : Association of Surgeon-Patient Sex Concordance With Postoperative Outcomes

https://jamanetwork.com/journals/jamasurgery/fullarticle/2786671

Première femme à la présidence de l’Académie Nationale de Chirurgie

Pr Carole Mathelin 

Publié le 1753087814000