Mayotte : Au coeur des tourmentes…

Publié le 17 oct. 2025 à 11:00
Article paru dans la revue « ISNAR - L'antidote . » / ISNAR-IMG - L'Antidote N°42

Tout d'abord un peu de contexte…

Dans l'Océan Indien, subdivision que l'on peut choisir à l'internat, nous avons deux îles sur lesquelles les internes peuvent réaliser des stages : La Réunion (retrouvez en ligne un retour sur cette île dans l'Antidote n°41) et Mayotte.

Dans ce numéro nous allons vous partager un témoignage d'Agathe HERMENT, une interne ayant réalisé des stages d'internat à Mayotte, puis revenir sur les actualités tragiques de l'île à travers l'expérience de Clément PORCHER, médecin généraliste pompier parti en mission de soutien pendant les événements.

Agathe, interne à Mayotte, nous fait découvrir l'île

Mayotte, cette île haute en couleurs qui a ravi mon coeur dès mes premiers pas ?

Je suis Agathe, interne en 6e semestre de Médecine Générale dans l'Océan Indien et je vais vous parler de l'internat à Mayotte !

À peine sorties de l'habitacle dans la chaleur tropicale, c'est toute une nouvelle culture qui s'étale devant nous. Les bouénis attendent les arrivant·es avec des colliers de jasmin odorants qui seront passés autour des cous des voyageur·euses par les familles et amies venues les récupérer.

Karibu Maore ! ou bienvenu à Mayotte !

Bagage en main, on saute dans un taxi brousse avec une dizaine d'autres voyageur·euses direction La Barge pour rejoindre

Mamoudzou, la capitale de l'île.

Il nous faudra embarquer sur “la barge”, ce moyen de transport étonnant qui est pour certaines utilisé au quotidien.

On monte au dernier étage à gauche sous les auvents pour profiter de la magnifique vue sur le lagon et voir la ville de Mamoudzou se dessiner à mesure qu'on se rapproche de Grande Terre.

 

Mayotte : Au coeur des tourmentes…

Coup de chance, j'ai tiré la carte “réveil vue mer” pour le semestre !

L'internat est à 5 minutes de l'hôpital à pied, ce qui nous évite les embouteillages effroyables de la ville aux heures de pointe (comprendre de 5h à 9h du matin) car ici tout le monde se lève tôt ! On vit au rythme de la mosquée et de ses 5 prières quotidiennes, la grande majorité de la population étant de confession musulmane.

Ici, pas d'abaya ni de cheveux couverts ! Les femmes portent le traditionnel salouva, un tissu coloré en forme de tube qu'elles nouent au niveau de la poitrine. Certaines choisissent de couvrir une partie de leur tête. Le jeûne pendant le Ramadan est de rigueur pour les pratiquantes, mais ne sera en aucun cas imposé aux autres, et le moment de la rupture du jeûne (foutari) se fera de manière conviviale dans tous les services.

Les deux langues prédominantes chez les patientes étant le shimaorais et le shibushi, des langues dérivées du swahili, le recours à une traducteur·rice sera de rigueur dans la plupart des interactions avec les patient·es (qui elles et eux comprennent souvent les bases de la langue française).
Les premiers pas à l'hôpital effectués, la semaine passe à la vitesse de l'éclair, c'est parti pour la découverte de tout ce que cette île a à offrir !

 

Mayotte : Au coeur des tourmentes…

Mayotte étant connue pour son lagon (le plus beau du monde), elle attire beaucoup pour les activités de snorkeling ou de plongée au milieu des poissons, raies, dauphins, poulpes et des coraux multicolores.

L'île est jalonnée de plages de sable blanc ou noir où l'on peut faire des voulés (pique-nique barbecue du weekend), bronzer, se baigner (ici pas de requins, le lagon offre une protection à toutes les plages) et passer une journée en toute tranquillité.

Le centre de l'île permet des activités terrestres comme des randonnées (toujours en groupe, insécurité relative oblige).

Entre internes nous sommes parties à l'assaut du Mont Choungui, 600m d'altitude, avec une belle dernière montée verticale dans la gadoue. Très peu pratique à 4h du matin à la frontale, mais mes efforts seront récompensés par le lever de soleil à couper le souffle qui nous a été offert.

Mayotte ce n'est pas qu'une île mais aussi plein d'îlots ! Comment ne pas vous relater les magnifiques weekend passés en bivouac sur M'tsamboro ou Choizil ?

Mayotte regorge de villes et villages pleins d'histoires à raconter. Tsingoni cache la plus vieille mosquée de l'île, Sada est pleine de maisons aux couleurs vives au bord de l'eau, Hamouro compte de nombreux kwassa qui attendent la marée pour porter ses pêcheur·euses vers les viviers.

 

Mayotte : Au coeur des tourmentes…

Au coeur des (petites) montagnes de Combani, le Relais Forestier permet de se ressourcer au coeur de la malavouni (la forêt) le temps d'un week-end.

La découverte de la culture mahoraise au travers de journées cuisine, beauté et bien-être, avec Mayotte immersion, te permettra d'apprécier encore plus la culture locale. Complète cette journée par une visite de plantation de vanille ou d'ylang ylang et Mayotte n'aura plus de secret pour toi !

Finis par aller manger le soir au brochetti avec des mabawas, du fruit à pain frit et du manioc grillé et te voilà acclimaté·e à la vie mahoraise.

À Mayotte, on redécouvre le temps qui passe, on apprécie les petites choses du quotidien (avoir de l'eau au robinet est un réel luxe qu'on oublie trop vite). On est aussi confrontées à la précarité au sens large ; on fait de la médecine à la limite de l'humanitaire avec les moyens du système de santé français. On découvre des maladies tropicales qu'on voit peu en hexagone, comme le paludisme, la typhoïde, la lèpre, le choléra, les maladies du globule rouge avec énormément de drépanocytose et de déficit en G6PD, ou des pathologies connues mais très décompensées, type diabètes très avancés avec amputations, insuffisances rénales terminales à des âges très jeunes (moins de 50 ans).

Mayotte c'est toute la contradiction de la France, mais c'est surtout un atout dans la formation offerte par la subdivision de l'Océan Indien.
J'espère avoir pu vous montrer ce qu'était l'internat à Mayotte et vous avoir fait découvrir quelque peu la géographie et la culture de l'île.

Rédigé par
Agathe HERMENT

Publié le 1760691611000