
Pour vous aider à naviguer dans tout ça, voici quelques idées clés et tips piochés dans l'expérience de quelques-un(e)s !

Devenir parent avant ou pendant le clinicat : qu'est-ce qui était le plus compliqué dans l'organisation personnelle ? Plus compliqué que pour les ami(e)s non médecins ?
Par où commencer ? Vous vous en doutiez sûrement, mais ce qui ressort bien sûr est la gestion de la garde avec horaires atypiques, imprévus de chirurgien(ne) et gardes de nuit. L'option crèche est un challenge voire mission impossible, à part pour les chanceux ayant accès aux crèches hospitalières (qui cependant ont elles aussi leurs limites…).
Le combo couple de médecins rajoute du piment dans ce casse-tête chinois et n'ajoute pas de facilité d'accès en cas de candidature en crèche hospitalière. Ainsi, on peut se tourner vers une assistante maternelle compréhensive et flexible. Et gérer son planning de garde en alternant l'un et l'autre, en sacrifiant malheureusement son temps de couple, au moins temporairement !
Aussi, la maquette de l'internat représente un défi certain notamment avec les changements de stage tous les 6 mois qui nécessitent un déménagement dans certaines régions avec périphéries éloignées. Cette gymnastique déjà compliquée à titre personnel devient une charge mentale considérable pour trouver une crèche acceptant de prendre en charge un enfant à la volée pendant 6 mois, pour autant que l'on connaisse son terrain de stage en un délai raisonnable. Heureusement, on peut tout de même compter sur ses cointernes pour certaines occasions et alléger ce poids des responsabilités.
Qu'est-ce qui peut aider dans les démarches : sites d'info, témoignages d'amis ou de proches, collègues ?
Les amis médecins restent bien sûr une précieuse mine d'informations, de part la particularité des profils déjà discutés plus haut. Sinon, les sites du gouvernement vous aideront pour naviguer dans les démarches administratives : Ameli, monenfant.fr pour le mode de garde etc. Facebook reste votre ami avec des groupes bien actifs comme : “les Mamans Médecins”, “parents internes et externes de France”. Bref, communiquez, parlez autour de vous pour poser vos marques surtout dans une nouvelle région !
PS : Avez-vous pensé à souscrire à une prévoyance pour anticiper la perte de revenus ?
Comment annoncer la nouvelle au travail ? Y a-t-il encore du jugement ou des obstacles sur le lieu de travail ? Avec les co-internes/collègues directs ?
La question peut paraître paradoxale du fait de nos échanges quotidiens avec des femmes enceintes… Mais on n'oublie pas que la culture du travail et la pression importante peuvent ajouter un élément de charge mentale aux futurs parents. Protégez-vous et renseignez-vous sur vos droits en cas de conflit dans le service. Anticiper l'annonce avant le tour de gardes si c'est possible ne pourra que vous aider à gérer une bonne entente avec tous.
Quid du terme auquel stopper les gardes ? Le travail en général ? Y a-t-il eu facilement des adaptations de poste (préciser CHU ou périph) ?
Être gynéco-obst : facteur de risque de MAP… ? On se poserait parfois la question mais l'étude (ou la thèse !) reste à faire… Être en dehors du CHU est d'expérience plutôt protecteur et certains futurs parents ont préféré préserver leur temps pour accueillir leur bébé. Pour cela, la mise en disponibilité fait partie de nos droits par exemple. Pour les moins chanceuses, notre utérus nous rappelle parfois à l'ordre.
Quid des statuts particuliers : surnombre, mise en dispo pendant la grossesse ? Quid de la validation de ton stage ? Comment avoir de l'aide sur les statuts ?
Parce que parfois la vie nous rattrape, il n'est pas évident d'anticiper les statuts. Sur cela, internet et le site du syndicat des internes de la subdivision concernée peuvent être bien utiles. La démarche classique est de prévoir un stage en surnombre. En pratique, un poste en surnombre permet l'ajout d'un poste supplémentaire au nombre de postes déterminés pour un lieu de stage agréé, et donc de ne pas perturber le bon fonctionnement du lieu de stage, notamment par l'aménagement des conditions de travail. Si l'interne quitte le service en cours de semestre, l'équipe demeure complète. Il permet également pour l'interne de ne pas être déclassé même si le stage n'est pas validé (en cas d'absence de + de 2 mois par exemple). Donc calcul simple : le stage est validant s'il dure plus de quatre mois (Article R632-32 – Code de l'éducation). La démarche peut en théorie se faire jusqu'au jour du choix de stage en transmettant les informations et justificatifs médicaux attestant de la situation (déclaration de grossesse par exemple) à l'ARS concernée, la direction des affaires médicales et la scolarité. Mais attention à la communication de groupe : un seul surnombre par service est possible en même temps. Et attention : un surnombre n'est pas justifiable sur un congé parental.
Et quid de l'après : avais-tu prévu un poste d'aval ? As-tu pris une dispo pour t'occuper de ton bébé ?
Ce type de choix est très personnel. Certains parents choisissent d'ouvrir une parenthèse pour s'occuper de leur bébé, mais parfois la longueur de l'internat et les engagements pris peuvent rebuter certains… Les postes partent parfois vite ou changent rapidement selon les subdivisions.
Attention aux pièges des statuts d'interne : le temps partiel n'est pas possible du fait de notre statut d'étudiant. Sur le statut CCA-AH, l'Ordre des Médecins statue ainsi : « Les congés de maladie sont pris en compte pour le calcul des deux années de fonctions effectives dans la limite maximale de 30 jours. En revanche, le CCU-AH ayant bénéficié d'un congé de de maternité, d'un congé de paternité, d'un congé d'adoption, des congés de maladie prévus à l'article 26-7 (congés de longue maladie, congés pour maladie ou accident imputable au service...) ne peut justifier des deux années de fonctions effectives requises. Il doit alors demander son maintien en surnombre pour la durée du congé obtenu pour pouvoir porter le titre d' "ancien chef de service-assistant des hôpitaux" après la cessation de ses fonctions (article 26-5 du décret n°84-135 du 24 février 1984) ».
Quitte à se répéter : il est essentiel de penser à souscrire à une prévoyance avant la grossesse en faisant attention aux délais de carence et compenser une partie de la perte de revenus avec l'arrêt de l'activité de gardes.
Et puis parce qu'une évidence ne l'est pas toujours : c'est peut-être l'occasion de lever le pied sur les FST/ DIU/DU qui nous occupent bien le reste du temps. Un peu de stress en moins ne fait pas de mal… !
Et voilà pour cette interview remaniée regroupant des infos qui je l'espère vous seront utiles pour préparer votre projet parentalité ! C'est beaucoup de bonheur et, comme tout grand changement dans la vie, plein de bouleversements qui demandent de l'adaptation et de l'anticipation pour que tout se passe pour le mieux ! Bon courage aux futurs parents qui se lancent dans l'aventure à leur tour après en avoir accompagné tant d'autres.
Remerciements
Un grand merci à Clara, Manon et Yohan pour s'être prêtés au jeu des questions et d'avoir enrichi cet article de pleins d'infos et de retours d'expérience ! Plein de bonheur et bon courage à eux pour la suite de l'aventure ;) !
Liens utiles
https://www.ameli.fr/assure/droits-demarches/famille/maternite-paternite-adoption/grossesse
https://monenfant.fr/
https://www.saihl.org/fr/demarches-legislation
https://www.saihm.org/grossesseconge-maternite-stage-en-surnombre/
https://siaimp.fr/validation-de-stages/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000044206415/2021-12-26
Morgane GOETZ-FU
Rédactrice en chef de la revue le Cordon Rouge

