
Les premiers accords du Ségur de la Santé ont été conclus en particulier grâce à l’INPH mais ce n’est que le début du chemin. La gouvernance territoriale de la Santé doit être un des chantiers des négociations d’un Ségur 2, indispensable pour tirer tous les enseignements de cette crise.
Dr Jean-Michel BADET
SNPH-CHU Membre de l’INPH
Pendant celle-ci, alors que la première vague épidémique s’éloignait mais que nous étions encore con nés, j’avais écrit ce texte, c’était le 6 mai 2020.
Crise exceptionnelle, inédite, événement mondial pour lequel beaucoup de pays n’ont pas su réagir à temps et donner à leurs habitants les meilleures chances de guérir. Avant le début de cette crise, beaucoup doutaient que le système de santé français aurait pu être désarmé sans penser un instant que, au-delà des moyens disponibles, c’étaient les femmes et hommes de terrain qui en seraient les acteurs « privilégiés » Quelques mots vont les caractériser.
Pertinence, Compétence : Alors que tout le monde avançait dans le ou de cette nouvelle invasion invisible, les soignants ont su faire et imposer les bons choix dès le départ. Cette simple observation pose le pilier de l’évolution de notre système de santé. Médicaliser, médicaliser et médicaliser les décisions. Et faire accepter que l’administration soit à nos côtés pour les faire aboutir.
Réactivité, Souplesse : Au moment où le déconfinement se pro‑ le, la rigidité des grands corps de l’Etat réapparait. Puissent-ils prendre exemple auprès du corps médical qui a fait preuve d’une réactivité et d’une souplesse qui ont surpris tout le monde. Parce que c’est l’essence de notre métier, notre carburant. On nous a dit sclérosé dans un statut des temps passés, qui protège d’abord les moins bons. C’est tout le contraire qui est apparu en plein jour mais aussi le soir à 20 heures !
Personne n’a signé de contrat avant de venir parfois hors de son temps de travail, hors de son champ d’exercice habituel, souvent avec un niveau de protection personnelle indigne mais triste conséquence d’une Loi HPST dont personne ne dit mot aujourd’hui. Alors, laissons les médecins tranquilles avec ce statut qui a montré qu’il préservait bien l’indépendance professionnelle à condition de lui en donner les moyens matériels.
Coopération, Adaptabilité : Plasticité réunirait bien ces deux qualités. Chacun a dépassé les clivages des chapelles en acceptant le transfert de malades entre régions, en passant outre notre chauvinisme pour coopérer avec la Suisse ou l’Allemagne. Comment imaginer les efforts consentis par chacun pour faire de son service un lieu d’accueil d’une pathologie dont on est habituellement bien éloigné tout en participant activement à sa gestion hors des contraintes administratives ?
Inventivité, Générosité : Le regard porté par la population ne s’est pas arrêté à quelques applaudissements aux balcons, mais une large mobilisation s’est faite jour, tant dans la générosité d’un prêt de véhicule ou d’une livraison de pizzas, mais aussi dans l’inventivité pour permettre de disposer du matériel de protection qui faisait tant défaut. Un spécial Covid au prochain concours Lépine ? A nous de garder ce lien avec ceux qui nous font confiance, ne doutons pas que nous aurons encore besoin de leur soutien lorsqu’il faudra faire évoluer notre système de santé !
Dévouement : Un mot auquel je préfère empathie. Car tout le monde s’est aperçu (souvenu) que nous exercions un métier différent de tous les autres. Les années passant, beaucoup n’en avaient retenu que le coût élevé, le caractère désorganisé, l’inégalité des prises en charge, etc.
Cette crise a joué le rôle d’une loupe, révélant tout ce que nous n’avions pas su faire voir et aimer de notre engagement auprès des patients.
Alors qui que vous soyez et en particulier vous qui dirigez ce pays aujourd’hui, vous qui le dirigerez peut-être demain, laissez-nous libre de décider de l’avenir de notre système de santé. Un des plus beaux endroits pour défendre notre devise républicaine Liberté Egalité Fraternité.
Article paru dans la revue « Intersyndicat National Des Praticiens D’exercice Hospitalier Et Hospitalo-Universitaire.» / INPH n°19

