
QUOI QU’ON EN DISE AVEC L’IA, JE PENSE QU’ON EST LOIN, TRÈS LOIN DE SE PASSER DES RADIOLOGUES ET QU’IL Y AURA ENCORE LONGTEMPS DES LIBÉRAUX ET DES HOSPITALIERS...
CLÉMENT WATTEL
D’un point de vue médical
Il est primordial à mes yeux d’avoir une partie de l’activité spécialisée, bien souvent en relation avec son clinicat. En effet, le rythme est soutenu en libéral, la surspécialité permet d’aller plus vite, moins tergiverser sur les dossiers difficiles et d’avoir des relations privilégiées avec des correspondants spécialistes qui ainsi nous donnent le retour sur les dossiers.
Ce retour sur les dossiers est un des manques que l’on ressent sinon lorsqu’on passe de l’hôpital au libéral. De plus la spécialisation permet d’avoir une réelle plusvalue à offrir. Certains groupes fonctionnent en totale surspécialisation, cela n’est pas toujours possible en fonction des territoires, donc cela ne doit pas être l’Alpha et l’Omega d’une décision d’installation mais il faut au moins une partie d’activité « très orientée ».
Il faut évidemment remplacer pas mal dans un groupe avant de s’associer pour voir le fonctionnement, être sûr qu’il nous convient, que le rythme ne nous semble pas trop dur
à suivre, que les associés sont sympas, que les perspectives d’avenir sont bonnes… On ne doit pas être trop pressé de signer une association, qui bien souvent engage de nombreuses années. C’est ce que j’ai fait en arrivant chez Radioniort à Niort, j’ai pris le temps de cette période d’observation avant de m’associer dans ce groupe, j’en avais testé plusieurs et réciproquement il est normal et sain que vos futurs associés veuillent vous observer avant de vous intégrer.
Voir aussi si on veut garder un pied dans l’hôpital :
Les avantages : garder la stimulation de l’hospitalier, l’accès aux « nouveautés » (pas toujours vrai... de nombreuses équipes libérales sont bien plus dynamiques que l’hôpital et ont du matériel de meilleure qualité), éventuellement participer aux staffs notamment pour recruter pour sa spécialisation.
Les inconvénients : chronophage et cette activité ne doit pas être concurrente de celle qu’on réalise dans son propre groupe.
D’un point de vue organisationnel
Le travail en libéral comprend aussi une partie de « gestion de l’extramédical » qui n’existe pas du tout à l’hosto ou alors uniquement pour les chefs de service, on peut y voir une pure contrainte mais aussi un coté intéressant du libéral, on apprend plein de choses auxquelles on n’est pas formés initialement : gestion des ressources humaines, comptabilité, autorisation ARS, choix des machines, etc. Lorsqu’on s’installe, il faut aussi savoir qui fait quoi dans un groupe, comment est organisée la gouvernance, etc. Chez Radioniort, nous sommes 13 radiologues associés (bientôt plus !) à gérer ces aspects. C’est très enrichissant et on apprend un aspect managérial très différent de notre formation d’origine.
D’un point de vue financier
Point non négligeable, attention ce point est plus complexe que prévu et on n’est pas préparé à cela en général en sortant de l’internat ou clinicat ! Il ne suffit pas de comparer les revenus pour se faire une idée.
Déjà le prix des parts (ratio par rapport aux revenus) est important car vous allez rembourser pendant plusieurs années cet investissement, donc gros revenus mais gros emprunt cela ne fait pas forcément gros « reste à vivre », surtout vu le niveau d’imposition en France donc pour se faire un avis, il faut simuler ce qu’il vous reste après remboursement d’emprunt et impôt sur le revenu sinon cela reflète mal !
Il faut voir ce qu’on achète aussi : propriétaire ou non des machines ? propriétaire des murs ? Tout ceci est complexe, et un avis extérieur d’expert-comptable (spécialisé dans les radiologues) n’est pas du luxe, et pour cela il faut que le groupe soit transparent, ce n’est jamais bon si on cache des choses ou qu’on ne veut pas être transparent sur le côté financier...
Il faut aussi rapporter le salaire au temps de travail, l’intensité des journées est variable en fonction des groupes, à chacun de savoir où il veut placer le curseur notamment par rapport à la préservation d’une vie personnelle ; je prêche pour ma paroisse mais s’installer dans les plus grandes villes est souvent un moins bon plan : immobilier et parts de société plus chers et vie perso plus chère, le seul avantage que j’y vois c’est de travailler sur du recrutement très très spécialisé et d’avoir une « acceptabilité » du secteur 2 plus élevé, après c’est propre à chacun. Bon nombre de professions rêvent de pouvoir travailler ailleurs qu’à Paris par exemple, nous on peut se le permettre sans véritable différence Paris/Province, ça serait dommage de s’en priver mais ça n’est que mon point de vue (ça dépend évidemment aussi du job du conjoint...).
Enfin, il existe multitudes de types de sociétés et montages financiers : emprunt perso ou de la société, SPFPL, SELARL, SCM, SCI, holding et autres termes complexes, il vous faudra un avis et des explications extérieures pour savoir où vous mettez les pieds, les avantages et les inconvénients. Pour ça dans le groupe Vidi (dont fait partie le centre Radioniort avec 36 autres centres) on peut bénéficier des conseils d’un avocat et d’un expert-comptable. Utile quand ce n’est pas sa formation d’origine et qu’on ne veut pas se tromper dans ce choix essentiel.
D’un point de vue sécurité / gestion
Quoi qu’on en dise avec l’IA, je pense qu’on est loin, très loin de se passer des radiologues et qu’il y aura encore longtemps des libéraux et des hospitaliers même si on travaille de plus en plus ensemble (GIE, plateau mutualisé, etc.). Les décotes de nos actes sont fréquentes, il faut savoir s’adapter. La conséquence pour un futur associé est d’éviter de payer une fortune ses parts, à moins d’être dans un territoire à forte proportion de secteur 2 ce qui facilite l’adaptation aux décotes.
Pour la mobilité, vendre ses parts pour se déplacer géographiquement n’est pas simple mais pas impossible, ça dépend de l’attractivité du groupe que l’on choisit initialement ; c’est là aussi un des atouts du groupe Vidi, le réseau et son maillage territorial favorise les mobilités géographiques.
LE COMPAGNONNAGE PAR LES PLUS « ANCIENS » PERMET DE SE RASSURER QUANT À LA GESTION D’ACTES RADIOLOGIQUES PLUS FRÉQUENTS EN MILIEU LIBÉRAL QU’À L’HÔPITAL...
PIERRE ALEXANDRE GANNE
D’un point de vue médical
Lors de mon choix d’installation, j’ai privilégié un exercice de groupe en intégrant le centre d’Imagerie Médicale Claude Bernard à Metz (nous y sommes 15 radiologues associés) qui fait partie du groupe Vidi et je pense que cette organisation est et sera privilégiée par les futurs jeunes installés.
En effet, le compagnonnage par les plus « anciens » permet de se rassurer quant à la gestion d’actes radiologiques plus fréquents en milieu libéral qu’à l’hôpital, même si bien sûr il faut veiller à ne pratiquer que ce que l’on sait faire, et pour cela le bilan de compétences initial est primordial, même s’il y a une base d’actes que tout radiologue doit savoir réaliser.
Ensuite, l’organisation en « partage d’honoraires » (SELARL) me semble essentiel car cela permet à chacun de développer des compétences différentes sans être « bridé » par des considérations financières...
Par exemple au cours de mon expérience libérale initiale j’ai pu me renforcer en imagerie et thérapeutique ostéo-articulaire (alors que mon clinicat était orienté Visceral et thoracique), j’ai développé l’imagerie cardiaque libérale, en scanner et IRM, sur Metz, avec l’aide d’un de mes jeunes associés m’ayant rejoint 6 mois après. Et je me suis aussi fait plaisir à débuter et développer la radiofréquence pulmonaire et hépatique...
Mes associés ont quant à eux développé les vertebroplasties et renforcé l’interventionnel vasculaire par exemple. Pour aider cette activité thérapeutique, nous avons instauré une activité de consultations radiologiques spécialisées et créé des RCP que nous animons toutes les semaines... nos activités diagnostiques et interventionnelles ne cessent d’évoluer au gré des nouveaux associés, des nouveaux correspondants, des nouvelles machines (EOS par exemple).
Notre groupe répond à une astreinte diagnostique (confortable grâce à la télé radiologie à la maison !) et thérapeutique pour les radiologues formés et volontaires.
En bref, et c’est ce qui est plaisant et qui cimente le groupe, il est indispensable que chaque associé éprouve du plaisir dans son activité, et cela passe par la sur-spécialisation qui évite d’être en échec avec ses patients.
D’un point de vue organisationnel
Bien sûr il faut veiller à l’équité du temps de travail et de rémunération. Je suis à temps plein ce qui correspond dans mon centre à 4 jours 8-18h, avec 8 semaines de congéscongrès / an.
Certains de mes associés qui m’ont rejoint par la suite ont préféré un temps partiel, soit pour raison familiale, soit pour garder un poste d’attaché à l’hôpital pour continuer à y exercer leur activité spécialisée : dans ces deux cas nous avons facilité ce mode d’exercice, en gardant bien sûr la proportionnalité temps de travail / salaire / apport de parts / dividendes.
En revanche, pour ma part je ne conseille pas le mi-temps qui ne permet pas assez de s’impliquer dans la structure que l’on rejoint.
De plus en plus de partenariats privé / public se développent, que ce soit pour une activité diagnostique, interventionnelle ou pour la permanence de soins (astreintes). Cela nous permet de garder un lien essentiel avec les CHU.
D’un point de vue financier
Tout d’abord et à la limite peu importe le prix d’achat des parts de la société que l’on rejoint, les banques prêtent toujours facilement et cela restera un bon calcul avec un retour sur dividendes encore heureusement avantageux...
La rémunération en milieu libéral me semble être plus en rapport avec nos formations et nos responsabilités, et est bien sûr plus attractive qu’en milieu hospitalier...
Me concernant, j’ai opté en accord avec mes associés pour une période de pré-association de 1 an (mais cela aurait pu être 6 mois) avant d’acheter mes parts, pendant laquelle je percevais le même salaire que tous, avec bien sûr le même rythme de travail. Cela permet de prendre ses marques, et de se laisser le choix éventuel de revenir en arrière au cas où...
Même si le fait d’être titulaire de parts permet d’être réellement décideur de la vie de l’entreprise (choix machines, personnel, etc.) et bénéficiaire des dividendes (non négligeables !) il est aujourd’hui possible de rejoindre un groupe libéral avec le simple statut de radiologue collaborateur salarié.
Le prix d’achat des parts est très variable et dépend essentiellement de l’endettement de la société d’exercice d’accueil ; mais en gros plus c’est cher et plus la rentabilité est élevée !
Concernant mes collègues féminines (de plus en plus nombreuses) nos statuts et règlement intérieur couvrent la grossesse : leur salaire est versé pendant l’arrêt dont la durée est établie par écrit. De même la solidarité des associés se manifeste par le versement du salaire pendant les 3 premiers mois de l’arrêt maladie. Chez Vidi il y a un gros travail en cours sur ces aspects ressources humaines pour améliorer encore l’attractivité des centres auprès des jeunes.
D’un point de vue sécurité / gestion
Les groupes radiologiques actuels de taille moyenne (10-20 radiologues) possèdent une structure solide : en général les charges Urssaf et la caisse de retraite Carmf sont gérées en amont par le partenaire comptable et le salaire perçu est « net » (reste plus que les impôts sur le revenu... ;).
La démarche qualité Labelix (dont je m’occupe dans mon centre) permet une approche pragmatique de toute l’organisation de la société (40 salariés !) : radioprotection, hygiène, ressources humaines, accueil, sécurité, parcours patient, satisfaction patientèle...
Enfin, là aussi la structure commune VIDI (centrale d’achat et surtout label organisationnel et de qualité) est une vraie garantie d’appartenance à un ensemble de radiologues portés par des valeurs communes : qualité de soins, indépendance, innovation, proximité.
Article paru dans la revue “Union Nationale des Internes et Jeunes Radiologues” / UNIR N°35

