
Ce court manifeste de 64 pages paru en mars 2022 et co-écrit par Barbara Stiegler (Professeure de philosophie politique à l’Université de Bordeaux Montaigne) et François Alla (Professeur de santé publique, directeur de l’ISPED à l’Université de Bordeaux et chef de service au CHU de Bordeaux), se propose de donner des pistes de réponse à la question suivante :
« Allons-nous enfin, dans un cadre républicain, affronter ensemble le bilan scientifique, éthique et politique de deux ans de crise sanitaire ? ».
Cette analyse est publiée précisément deux ans après ce que fût l’évènement historique (ma fille cadette m’a dit ce jour-là, « tu te rends compte papa, on vit un truc de ouf qui va être dans les livres d’histoire ! ») que fût le décret le 17 mars 2020 d’un confinement sur tout le territoire national, et ceci sur un ton très militaire. Ce confinement a par là-même ouvert une longue période de suspension de la vie démocratique au nom du risque pandémique et de la santé publique, pour gérer dans l’urgence une situation qui n’avait pu être anticipée.
Les deux auteurs de cet essai, une philosophe et un praticien de santé publique, commentent l’opposition qui a été engendrée entre santé et liberté. Ils proposent une lecture et une interprétation d’un nouveau libéralisme autoritaire, contraire à l’esprit de la « Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé » (1986), qui remettrait en cause tous les acquis de notre histoire récente.
Santé publique année zéro
Auteurs : Barbara Stiegler, François Alla
Date de parution : 24/03/2022
Editeur : Gallimard, Collection Tracts (n°37)
ISBN : 207299294X
EAN : 9782072992940
Nombre de pages : 64
En relevant l’argument d’autorité et de l’erreur politique, leur interprétation retient, parmi d’autres effets délétères, une transformation du terrain, déjà bien miné, de la santé publique en un grand champ de ruines. Revenir à cette faute originelle, source de certaines défaillances dans la gestion de la crise, serait réaffirmer la centralité des déterminants sociaux et environnementaux de la santé publique, lesquels n’auraient jamais dû cesser d’inspirer et d’orienter les politiques, au nom même de l’intérêt général. Après De la démocratie en Pandémie de Barbara Stiegler (janvier 2021), ce Tract, quelque peu péremptoire, offre au moins une première lecture critique philosophique et de santé publique de ces deux années COVID.
Extrait introductif
« Le 17 mars 2020, le confinement était décrété sur tout le territoire national pour une durée indéterminée. La France, comme beaucoup d’autres pays, faisait le choix de suspendre une liberté fondamentale, celle d’aller et venir dans l’espace public, et elle le faisait au nom de la santé. Pendant les deux années qui ont suivi, le gouvernement français n’a pas cessé de justifier ce premier arbitrage. Au nom de la santé publique, il a continuellement remis en cause les libertés individuelles et collectives, en inventant sans cesse de nouvelles restrictions : port du masque obligatoire, télétravail contraint, couvre-feux, interdiction de s’assembler, fermeture des commerces et des lieux publics, mise à l’isolement, imposition d’un « pass » contraignant à la vaccination pour conserver le droit de participer à la vie sociale. Et il l’a fait en suspendant la démocratie, choisissant de remettre le destin de toute une population entre les mains d’un seul homme et de son conseil de défense. ».
…Cependant, comme la République Française n’est malgré tout cela pas une dictature, la réflexion dont nous avons le loisir et surtout la liberté maintenant, mérite d’être menée. C’est même notre devoir
Bonne lecture et bonnes réflexions !
Le monde sans fin
Le monde sans fin
Auteurs : Blain Christophe, Jancovici Jean-Marc
Date de parution : 29/10/2021
Editeur : Dargaud
ISBN : 2205088165
EAN : 9782205088168
Nombre de pages : 152
C’est à l’occasion d’un de nos CA de l’INPH que Bertrand Diquet nous a fait l’éloge de cette bande-dessinée (BD) sortie en novembre 2021 et déjà rééditée pour plus de 250 000 lecteurs en date de mars 2022.
Christophe Blain, auteur de BD multi-lauréat du festival d’Angoulême, notamment en 2013 pour le deuxième volume de "Quai d'Orsay", et Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien, éminent spécialiste des questions énergétiques et de l'impact sur le climat, créateur du concept de « bilan carbone » développé au sein de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie), signent avec cette BD une analyse très pertinente et sans concessions de l’impact énergétique de l’humanité sur l’écosystème de sa propre survie.
Avec pédagogie, clarté, intelligence et même humour, cet ouvrage étaye une vision remarquablement argumentée en plaçant la question de l'énergie et du changement climatique au cœur de la réflexion humaine tout en évoquant les enjeux économiques, écologiques et sociétaux.
La lecture, accessible même aux non-polytechniciens, utilise des métaphores diverses comme les personnages de « Iron-Man » pour illustrer notre avidité/dépendance énergétique, ou de la « Mère Nature » pour représenter la manne terrestre.
La BD nous explique qu’en dehors du bois, énergie potentiellement renouvelable, mais qui fût surexploitée puis progressivement remplacée par le charbon à partir du XIXe siècle, toutes les autres sources d’énergie (pétrole, gaz, hydro-électrique, nucléaire, éolien, solaire, autres…) sont venues s’ajouter les unes aux autres sans jamais se remplacer, afin de répondre à l’avidité énergétique croissante de la population mondiale.
La BD nous explique de façon simple le rendement comparatif de chaque énergie et leur « économie » au sens large, impact « écologique » compris. Un comparatif énergétique est même réalisé en KWh entre 1 litre d’essence à 1,9 euros, qui a la même capacité de transformation de l’environnement que 10 à 100 jours de travail de force d’un être humain, en fonction du « convertisseur d’énergie » (machine ou outil) utilisé. De la même manière il est réalisé un comparatif de dépendance énergétique aux énergies fossiles en les comparant à l’énergie humaine d’avant le XIXe siècle. Ce comparatif explique donc que chaque terrien actuel est en moyenne dépendant énergétiquement de l’équivalent de 200 esclaves qui travailleraient pour lui en permanence. En France la dépendance énergétique serait plutôt de 600 esclaves par habitant, mais elle peut culminer à 2250 pour un islandais. Par exemple un vol transatlantique correspond à 5000 jours esclaves pour une personne, mais l’ensemble de ses achats de biens sur une année consomme en énergie de production 25 000 à 50 000 jours esclaves. Le « pouvoir d’achat » qui est très énergivore, n’est donc définitivement pas écologique !
Le grand paradoxe économique, c’est que les sources d’énergie sont finalement gratuites. Ce qui coûte c’est l’extraction et la production de l’énergie. Cependant ces coûts d’extraction et de production, qui peuvent être très variables d’une énergie à l’autre, ne représentent que 5% des coûts pour une entreprise qui produit, voire du PIB ou même des coûts pour un ménage. Malheureusement 100 % des productions dépendent de l’énergie. Si l’on réduit l’énergie on réduit certes le coût énergétique et les émissions de CO2, mais on réduit surtout la production et ça, ce n’est pas compatible avec la doxa économique actuelle.
On pourrait éventuellement taxer cette BD d’un certain parti pris pro-nucléaire, si tant est que le nucléaire puisse remplacer les autres énergies (et non s’additionner à elles) et qu’un stockage énergétique efficace puisse être organisé pour les énergies intermittentes (éolien, solaire). Cependant la vraie dette pour l’humanité n’est pas une dette financière, car celle-ci reste très virtuelle (cf. le « quoiqu’il en coûte »), mais une dette énergétique dont l’urgence vitale aujourd’hui est la dette carbone… bien avant la dette des déchets nucléaires ou de l’épuisement de sa matière première, pour les générations à venir… s’il y en a qui survivent.
L’équation qui résumerait la situation serait : GES = GES/E x E/ PIB x PIB/POP x POP. GES est la quantité totale de gaz à effet de serre émise par les activités humaines. GES/E est la quantité de GES émise par quantité d’énergie. E/PIB est la quantité d’énergie nécessaire à la production totale de biens et de services dans le monde. PIB/POP est la quantité de biens produits par personne, soit le niveau de vie moyen. Et bien sûr POP la population. Pour notre survie on estime que le GES devrait être divisé par 3 en 2050, reste à savoir comment… en divisant la population par 3 ?!... ce qui de toutes façons risque d’être une des conséquences de sa non diminution ou de l’épuisement des ressources.
L’hypothèse qui est développée dans la seconde partie du livre est que l’humain doit tenter de régler le conflit qui existe entre son Striatum et son Cortex Cingulaire, entre déni, désirs sans limites, immédiats et quête de sens, de cohérence, d’équilibre dans la vie… et pas égoïstement seulement la sienne de vie.
Attention la médecine et le soin ne sont pas exemptés de ce conflit, puisque les hôpitaux sont très énergivores et représenteraient jusqu’à 5 % de l’empreinte carbone du pays.
Alors comment l’humanité sortira-t-elle du mythe de l’énergie et de la production infinies ?
Cette BD n’est certainement pas un manifeste fumeux « vert-écolo-BoBIO », mais malheureusement une analyse sans concessions de l’état actuel de « l’humanité » dans son écosystème global.
Un pavé illustré de 152 pages indispensable pour mieux comprendre notre monde, tout simplement !
Bonne lecture !
Dr Eric OZIOL
Lecteur bienveillant, amical
et solidaire.
Article paru dans la revue « Intersyndicat National Des Praticiens D’exercice Hospitalier Et Hospitalo-Universitaire.» / INPH n°24

