
Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel et ses moments clés ?
J'ai fait mon externat à Toulouse et une année d'Erasmus à Barcelone. J'ai commencé l'internat en oncologie médicale. Puis, un an et demi après, je suis partie en service national de la coopération en Afrique, au Niger, à l'occasion du service de mon mari. Au Niger, j'ai fait un an et demi de médecine générale et de pédiatrie. À mon retour en France, j'ai fait un stage en radiothérapie. J'ai eu un coup de cœur pour la radiothérapie. Très rapidement, j'ai eu envie de faire de la radiothérapie pédiatrique. C'était peu développée à l'époque. Je me suis donc inscrite au diplôme d'oncologie pédiatrique.
Ensuite, j'ai fait mon Master. J'ai d'abord fait un Master 1 en biologie, ça m'a confirmé que j'étaistrès attirée par la biologie et la physique. Puis
j'ai fait le Master 2 « rayonnement et imagerie » de Toulouse. J'ai fait mon stage de M2Rsur la segmentation automatique des lésions, en l'occurrence, de sclérose en plaques, puisque à l'époque, le labo où j'étais, travaillait beaucoup sur la sclérose en plaques.
J'ai commencé ensuite ma thèse de science après avoir eu un coup de foudre pour la spectrométrie de résonance magnétique lors de mon Master 2. Ça m'a semblé avoir un potentiel extra. Lors d'un congrès ASTRO, j'ai rencontré une jeune femme, de San Francisco, qui m'a expliqué à quel point cela pouvait être prédictif du site de rechute des glioblastomes.
Ma chef de service commençait un essai clinique sur les glioblastomes. Nous avons donc décidé d'y ajouter de l'analyse d'imagerie. J'ai donc travaillé avec elle pendant deux ans, sur la spectrométrie des glioblastomes.
Ensuite, je suis partie une année à San Francisco, pour faire ma mobilité. Là-bas, j'ai travaillé sur la spectroscopie des tumeurs cérébrales de l'enfant, des gliomes agressifs en l'occurrence. Je suis revenue à Toulouse pour ma dernière année de thèse, tout en étant chef de clinique. J'avais deux enfants en bas âge. J'ai soutenu ma thèse de science après avoir accouché de mon troisième enfant. Puis, je suis devenue praticien de centre.
J'ai ensuite démarré un PHRC, un essai randomisé de boosts sur les glioblastomes guidéspar la spectrométrie de résonance magnétique.
J'ai commencé à développer mon activité de recherche et à encadrer des M2R, et des thésards sur cette thématique. J'ai donc pu passer mon HDR.
L'idée était d'appliquer ces recherches à la pédiatrie particulièrement. J'ai obtenu un premier don caritatif qui m'a aidé à démarrer ma recherche sur les épendymomes de l'enfant. Et de là, s'est enchaîné un cercle vertueux d'études, de financements, et de publications. Aujourd'hui, je continue mon axe de recherche sur les épendymomes de l'enfant avec, un axe radiomics, et un axe sur les séquelles de la radiothérapie, tout ce qui est cognitif.
L'enseignement m'a également toujours passionnée. J'en ai toujours fait, externe, interne, chef de clinique. Je suis au bureau du conseil national des enseignants de cancérologie, à l'école européenne de radiothérapie de l'ESTRO. J'adore enseigner, encadrer les jeunes. Je suis également coordonnatrice du DES, depuis de nombreuses années. Et puis bien sûr, ma clinique reste ma priorité dans ma vie professionnelle, auprès des enfants, adolescents, jeunes adultes.
Pouvez-vous nous présenter le département de radiothérapie de l'Institut Universitaire du Cancer de Toulouse-Oncopole (IUCT Oncopole) et quelles sont ses spécificités ?
La Professeure Elisabeth Moyal dirige le service. Il comporte 8 bunkers et 7 machines. C'est le seul service public de Toulouse. Nous traitons tous types de cancers, 3000 patients par an. Nous avons trois Tomothérapies, deux Halcyons, deux Novalis. Nous faisons aussi de la curiethérapie. Nous avons une collaboration étroite avec la protonthérapie niçoise.
Nous leur adressons les patients mais c'est nous qui faisons les contours, validons la dosimétrie et faisons le suivi. Nous sommes 12 médecins, et il y a, en moyenne, 8 internes, une dizaine de physiciens. Nous avons deux axes de recherche, d'un côté radiobiologie, avec le Professeure Elisabeth Moyal et, moi, imagerie pour la balistique en radiothérapie.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un interne qui souhaite s'orienter et se former en radiothérapie pédiatrique ?
C'est de faire la FST d'oncologie pédiatrique. Celle-ci comporte un stage dans un service qui est habilité à la radiothérapie et un stage en oncologie pédiatrique. Ça c'est très important. Ensuite, je conseillerai de s'appuyer sur le groupe français de radiothérapie pédiatrique (GFRP) parce que c'est une spécialité où on est peu nombreux mais où on s'entraide énormément. Ensuite, je conseille de suivre les cours de l'école européenne de radiothérapie pédiatrique de l'ESTRO, qui est la Pediatric Radiation Oncology Society.
Par quels moyens et évènements communiquez-vous et échangez-vous avec vos collègues oncologues pédiatriques ?
Nous avons une réunion technique bimensuelle en visio, deux fois par mois, où nous présentons nos cas et nous nous posons nos questions. Cela nous permet de réfléchir tous ensemble, entre collègues radiothérapeutes pédiatriques, avec qui nous pouvons nous poser nos questions techniques, éthiques, de choix. Nous avons aussi des ateliers annuels pour optimiser la formation continue. Il y a aussi le groupe européen, le SIOP Europe – Radiation Oncology Working Group, dont je suis chair actuellement où on fait des travaux pour harmoniser nos pratiques et enfin le PROS, la Paediatric Radiation Oncology Society où on a un forum international où on peut poser des cas, il y a toujours un expert international pour répondre. Tout cela permet d'échanger avec ses pairs, de se sentir soutenus et de garder un bon niveau.
Quels conseils donneriez-vous à une femme qui souhaite avoir une carrière universitaire ? Comment avez-vous su trouver un équilibre entre votre vie professionnelle universitaire et votre vie personnelle ?
D'abord de dire que si on en a envie, il faut le faire et que c'est possible d'avoir une carrière universitaire en ayant, par exemple, trois enfants et un mari également PU. Il faut trouver un sujet qui vous passionne, qui vous motive et qui soit en relation avec votre activité clinique. Il faut aussi savoir que, être Professeur, c'est de la liberté académique. Il faut aussi se faire aider par les gens qui ont l'expérience, que ce soit des femmes ou des hommes. L'équilibre entre vie professionnelle universitaire et vie personnelle c'est aussi d'avoir un bon équilibre dans ses tâches au travail. Nous ne pouvons pas avoir la même activité clinique que quelqu'un qui n'est pas PU. La nouveauté aujourd'hui c'est qu'on peut être PU à temps partiel, à 80 % par exemple.
Ensuite, il faut que, si vous avez un partenaire de vie, elle ou il comprenne les enjeux de votre carrière. Dans mon expérience, il est essentiel de se faire aider pour tout ce qui est matériel - que ce soit le ménage ou le périscolaire - et de l'assumer pleinement. Cette organisation m'a permis d'avoir une vie professionnelle épanouissante tout en restant disponible pour ma famille, une fois à la maison. Maintenant que mes enfants ont grandi, je peux me consacrer davantage à ma carrière et à mes projets personnels. Bien sûr, j'ai dû parfois mettre certaines ambitions en pause pour privilégier mes activités cliniques et ma famille, mais c'était un choix conscient. L'essentiel était de maintenir cet équilibre professionnel qui, selon moi, est crucial pour éviter les tensions dans le couple et mieux vivre les différentes étapesde la vie familiale, y compris quand les enfants quittent le nid.
Enfin, nous faisons un métier difficile, on vit desémotions intenses et même si nous guérissons de plus en plus de patients, nous voyons des choses très tristes. C'est très important d'avoir une vie très joyeuse à côté ! Il faut s'amuser, faire du sport, faire ce qu'on aime en dehors du travail.

Dr MariON TONNEAU
Centre Oscar Lambret, Lille

