
Auteurs
Aurelie Poisson1 *, Floriane Jochum2, 3 *, Paul Gougis3, 4, Raphaelle Savarino3, Florence Coussy3, Charlotte Sonigo5, Enora Laas3, 6, Damien Roux7, Fabien Reyal3, 6, Christine Rousset-Jablonski8, 9, 10 £, Anne-Sophie Hamy3
Aurelie Poisson and Floriane Jochum* contributed equally to this work. Anne-Sophie Hamy and Christine Rousset-Jablonski££ contributed equally to this work.
Affiliations
1Centre médical de la Femme, CHU Grenoble Alpes, Université Grenoble Alpes, Grenoble, France.
2Département de chirurgie gynécologique, Hôpital Universitaire de Strasbourg, Strasbourg France.
3Laboratoire Réponse au Traitement et résidu Tumoral (RT2Lab), INSERM, U932 Immunité et Cancer, Institut Curie, Université Paris Cité, 75005 Paris, France.
4Département d'Oncologie Médicale, Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière, Paris, France.
5Département de Médecine de la Reproduction, Hôpital Antoine Béclère, Clamart, France.
6Département de Chirurgie Sénologique et Gynécologique, Institut Curie, Université Paris Cité, 75005 Paris, France.
7Département de Médecin intensive et Réanimation, Université Paris Cité, Hôpital Louis Mourier, Bois Colombes, France.
8Département de Chirurgie Gynécologique, Centre Léon-Bérard, Lyon, France.
9Département de Gynécologie Obstétrique, Centre Hospitalier Lyon Sud, Hospices Civils Lyon, Lyon, France.
10INSERM U1290 RESHAPE (RESearch in HealthCare Performance), Claude Bernard University Lyon 1, Lyon, France.
Résumé
Introduction : La rédaction et la soutenance de la thèse d'exercice de médecine sont des éléments obligatoires du cursus des études médicales pour obtenir le diplôme de docteur en médecine. Les attentes des internes en gynécologie médicale concernant leur thèse de médecine n'ont pas été évaluées.
Méthodes : Un formulaire de 10 questions a été diffusé au cours de l'enseignement national de phase d'approfondissement du diplôme d'étude spécialisé (DES) de gynécologie médicale (correspondant à la 2ème et la 3ème année d'internat). Les réponses ont été collectées grâce au logiciel Wooclap.
Résultats : Au total, 131 internes ont participé à l'enquête sur 170 internes sollicités. Environ 2/3 des étudiants interrogés avaient un sujet de thèse de médecine au moment de l'enquête. Parmi les étudiants ayant un sujet de thèse, les directeurs de thèse étaient le plus souvent des praticiens universitaires (MCU-PH/PH-U/PU-PH, 37,4 %), suivis des praticiens hospitaliers (22,8 %). La qualité de l'encadrement par le directeur de thèse était évaluée à 6,9/10 et la qualité de l'encadrement par l'université était évaluée à 3,3/10. Au total, 53.4 % des étudiants souhaitaient valoriser leur thèse par une publication scientifique. La quasi-totalité des étudiants (94 %) souhaitait un encadrement au moins sur l'un des sujets suivants : écriture d'article scientifique (83 %), statistiques de base (83 %), recueil de base de données (75 %), formation à l'utilisation de Pubmed (68 %), Excel (65 %), Zotero (63 %), gestion de projet (53 %), Word (15 %).
Conclusion : L'accompagnement des internes en gynécologie médicale pour leur thèse de médecine pourrait être amélioré, notamment par des modules d'aide à la publication scientifique, la bibliographie, et la bureautique.
Le Diplôme d'études spécialisées (DES) de gynécologie médicale a été créé en 2003 (Serfaty, 2000) (Agopiantz et al., 2013, 2013). Il comporte actuellement une formation spécialisée de 4 ans, qui peut être complétée par une année de formation spécialisée transversale (FST) dans les domaines de la cancérologie, la médecine et biologie de la reproduction – andrologie ou la pharmacologie médicale / thérapeutique. En marge des stages hospitaliers, un volume horaire de deux demi-journées par semaine d'enseignement théorique est prévu, et comporte notamment une demi-journée en autonomie. L'enseignement théorique est dispensé sous forme de cours magistraux en présentiel, cas cliniques sur la plateforme numérique du collège de la spécialité et des sessions en e-learning validées par les coordonnateurs régionaux.
En 2015, une évaluation de l'enseignement théorique du DES avait été menée auprès de 145 étudiants. Malgré une évaluation plutôt satisfaisante, des pistes d'amélioration avaient émergé, avec notamment la création des modules d'enseignement spécifiques, de mises en situation, et de travaux pratiques (Agopiantz et al., 2015).
En France, la délivrance du titre de docteur en médecine est conditionnée par la rédaction d'un manuscrit de thèse d'exercice de médecine, défendue publiquement lors d'une soutenance devant un jury. Bien qu'encouragée, la publication de la thèse de médecine n'est pas obligatoire. À notre connaissance, aucune donnée n'a été publiée sur les thèses effectuées par les internes du DES de GM depuis sa création en 2003, et les attentes des internes en gynécologie médicale concernant leur thèse d'exercice n'ont pas été évaluées.
Le but de cette étude est de dresser l'état des lieux des attentes des internes du DES de gynécologie médicale en phase d'approfondissement concernant l'encadrement de leur thèse de médecine et leurs souhaits de publication ultérieure.
Matériel et méthodes
Dessin de l'enquête et population sondée
Nous avons mené une enquête le 9 mars 2023 au cours de l'enseignement national de sénologie du DES de gynécologie médicale. Cet enseignement était réalisé en distanciel, synchrone, via la plateforme Teams (Microsoft), et concernait les internes en phase d'approfondissement. Les internes ont été invités à répondre à un questionnaire interactif réalisé via la plateforme Wooclap.
Questionnaire
Le questionnaire (Tableau 1) était composé de 10 questions : 6 questions à choix unique, 2 questions à choix multiples, tandis que 2 questions utilisaient des échelles de notation sur 10. La réponse au questionnaire dans son intégralité nécessitait moins de 10 minutes et son remplissage était anonymisé.
Surveillance éthique
Le comité d'examen institutionnel local de l'institut Curie a examiné ce projet le 16/12/2024 sous le numéro DATA240346 et a confirmé qu'il ne nécessite pas de surveillance éthique formelle, car il peut bénéficier d'une exemption en vertu des directives éthiques applicables pour la recherche non invasive et anonymisée. La décision du comité a été la suivante : la surveillance éthique levée pour cette étude.
Analyse statistique
Les variables quantitatives subjectives étaient recueillies à l'aide d'une Échelle allant de 0 à 10. Les médianes (écarts interquartiles, interquartile range, IQR) et les fréquences (pourcentage) ont été calculées pour décrire respectivement les variables continues et catégorielles. Les proportions ont été comparées en utilisant des tests du chi-deux. Les données ont été analysées en utilisant le logiciel R, version 3.2.1.

Résultats
Caractéristiques de la population
Au total, 131 internes ont participé à l'enquête (sur 170 internes inscrits en phase d'approfondissement), dont 106 ayant complété le questionnaire dans son intégralité. Les 3 subdivisions les plus représentées étaient la subdivision de Paris, suivie de Lille et Bordeaux (Figure 1). La majorité des internes avait un sujet de thèse de médecine (n=66, 62.3 %), tandis qu'environ un tiers des étudiants (n=34) interrogés n'avaient pas de sujet de thèse de médecine (ne sait pas 5.6 %).
Abandon sujet thèse de médecine
Vingt-neuf étudiants (27,6 %) avaient déjà abandonné un ou plusieurs sujets de thèse, les 2 raisons principales invoquées étant la mauvaise définition initiale du sujet (37,0 %) et le défaut d'accompagnement (33,3 %) (Figure 2).

Encadrement de la thèse de médecine
Parmi les étudiants ayant un sujet de thèse, les directeurs de thèse étaient le plus souvent des praticiens universitaires (MCU/PHU/PUPH, 37.4 %), suivis des praticiens hospitaliers (22.8 %), tandis que l'encadrement de thèse par des CCA et assistants était peu fréquent (6.5 % et 2.4 % respectivement).
En majorité, les encadrants ne faisaient pas partie du service dans lequel l'étudiant souhaitait effectuer son post-internat (n = 54 soit 66 % au total), tandis que 28 encadrants (34 %) en faisaient partie.
Évaluation de la qualité de l'encadrement de la thèse de médecine
La qualité de l'encadrement par le directeur de thèse était évaluée à 6.9/10, tandis que la qualité de l'encadrement par l'université était évaluée à 3.3/10 (Figure 3). Au total, 53.4 % des étudiants souhaitaient valoriser leur thèse par une publication scientifique, 24.3 % ne savaient pas et 22.3 % ne le souhaitaient pas.
Besoins déclarés des internes sur l'encadrement de la thèse de médecine
La quasi-totalité des étudiants (114/131, 87.0 %) souhaitait au moins un encadrement sur l'un des sujets suivants : Écriture d'article scientifique (83 %), statistiques de base (83 %), recueil de base de données (75 %), formation à PubMed (68 %), Excel (65 %), Zotero (63 %), gestion de projet (53 %), Word (15 %) (Figure 4).

Discussion
Notre enquête a permis d'analyser les attentes des internes de gynécologie médicale de phase approfondissement concernant leurs thèses de médecine. Cette étude apporte plusieurs éléments importants.
Tout d'abord, la majorité des internes avait déjà un sujet de thèse en phase d'approfondissement, en accord avec la réforme du 3ème cycle des études médicales qui impose le passage de la thèse de médecine avant le début de la 4ème année. Les étudiants étaient encadrés en premier lieu par des praticiens universitaires titulaires, soulignant la participation active du personnel universitaire à l'encadrement des thèses d'exercice de médecine. Seuls 34 % des encadrants faisaient partie du service où l'interne projetait d'effectuer son post-internat, suggérant une relative indépendance entre l'interne et son encadrant par rapport à son futur parcours professionnel.
Si la note des étudiants concernant l'encadrement direct par leur directeur de thèse semblait satisfaisante, l'encadrement dispensé par l'université semble pouvoir être amélioré. À notre connaissance, peu de programmes spécifiquement destinés à l'accompagnement des étudiants de 3ème cycle pour le passage de leur thèse de médecine sont proposés dans les différentes facultés. En Allemagne, un programme a été initié par un groupement d'universités, permettant : (i) d'identifier les besoins des étudiants ; (ii) d'établir un programme d'accompagnement à la recherche ; (iii) ; d'appliquer un procédé d'amélioration continue prenant en compte l'évolution de la littérature et la satisfaction des étudiants. Les champs nécessitant un accompagnement comportaient notamment les principes des bonnes pratiques scientifiques, la recherche bibliographique, l'organisation des références, l'organisation et la structure d'un travail de thèse, le formatage des documents de traitement de texte, l'épidémiologie clinique et la gestion de données (Paulitsch et al., 2016 ; Sennekamp et al., 2016). L'implémentation de tels programmes en France semblerait intéressante.
Près d'un interne sur 5 rapportait avoir abandonné un sujet de thèse, majoritairement par mauvaise définition initiale du sujet, ou par manque d'encadrement. Dans une enquête réalisée par un jeune groupe coopérateur en oncologie (Dig'In pour le GERCOR), 27,4 % des 143 internes en oncologie rapportait avoir déjà abandonné un sujet de thèse de médecine, la raison principale invoquée étant également une mauvaise définition initiale du sujet. À cet effet, une formation universitaire des encadrants de thèse de médecine pourrait également être envisagée pour diminuer la proportion de sujets de thèse abandonnés.
Enfin, la majorité des internes semblait intéressée par la valorisation de leur thèse sous la forme d'une publication scientifique. En France, peu de travaux ont évalué les taux de publications des thèses d'exercice de médecine. L'analyse des données de la faculté de médecine de Lille (2001-2007) retrouvait un taux de publication de 11.3 %. Selon d'autres travaux, les taux de publication des thèses d'exercice se situaient aux alentours de 6 % (Baufreton et al., 2012 ; Carpentier et al., 2012) pour les thèses de médecine générale et de 20 % pour les thèses des autres spécialités (Fabre, 2015), avec une moyenne estimée à 17 % toutes spécialités confondues (Salmi et al., 2001). En radiologie, les taux de publications des internes diplômés en 2009-2010 était de 35.3 % (Chassagnon et al., 2016), celui des thèses d'exercice des internes affectés en oncologie médicale entre 2010 et 2015 étant de 29.7 % (de Nonneville et al., 2022). En gynécologie médicale, il n'existe aucune donnée sur le taux de publication des thèses de médecine, mais notre étude suggère une volonté de publications de la majorité des promotions actuelles d'internes de gynécologie médicale.
En conclusion, les internes de gynécologie médicale semblent désireux de modules d'encadrement pour la réalisation de leur thèses de médecine. Ceux-ci pourraient faciliter la valorisation de leur travail sous forme de publications scientifiques. Un programme pilote rentrera prochainement en phase de test à l'université Paris Cité.
Références
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https://doi.org/10.1016/S1297-9589(00)00035-7

Aurelie POISSON
Docteur Junior en gynécologie médicale
Marseille

Anne-Sophie HAMY
Assistante en gynécologie médicale
Paris

