
Le retard diagnostic du cancer dû à la déprogrammation et au confinement instaurés par le gouvernement a eu un impact considérable sur le pronostic des patients, Atteints de cancer et des non Covid de manière générale.
Première cause de décès chez les hommes et deuxième chez les femmes, le cancer a tué 157 000 personnes en 2018 et 382 000 nouveaux cas ont été détectés la même année, selon les dernières estimations publiées par Santé publique France.
La gestion des autorités sanitaires, tatillonne et verticale de la crise sanitaire due à la pandémie du Covid-19 lors de la première vague a apporté plusieurs données prises en compte immédiatement par le corps médical hospitalier, les experts de la spécialité, les hommes et les femmes du terrain aussi bien au niveau de leur organisation que sur la prise en charge du cancer. Tirer une leçon de cette crise sans précédent, pour l’avenir nous a permis de mieux gérer la deuxième vague d’autant plus que nous ne sommes pas à l’abris d’autres catastrophes sanitaires. Quel meilleur moyen pour les praticiens hospitaliers, que celui de se remettre en question afin d’améliorer nos pratiques et notre système de santé ?
Pour un mois de retard, le risque accroît environ de 10 % selon le type de traitement et le cancer. Une première méta-analyse canadienne s’est intéressé à l'impact du retard de prise en charge pour trois modalités de traitement - la chirurgie, le traitement systémique (dont la chimiothérapie) et la radiothérapie -, et ce, pour sept localisations de cancer, à savoir la vessie, le sein, le côlon, le rectum, le poumon, le col de l'utérus, et la tête et le cou. Pour les trois modalités, un retard de quatre semaines entre le diagnostic et les premiers traitements est associé à une augmentation du risque de décès pour 13 des 17 indications étudiées. Pour la chirurgie, une augmentation de 6 à 8 % du risque de décès a été estimée pour chaque période de quatre semaines de retard. Pour la radiothérapie de la tête et du cou et le traitement systémique adjuvant du cancer colorectal, le risque de décès est accru de 9 et 13 % respectivement. Plusieurs autre études internationales (Chine, Grande Bretagne ainsi que françaises (Unicancer, APHP, Nord-Pas-de-Calais, AP HL) vont dans le même sens. 30 000 cancers non détectés à la deuxième vague, et donc autant de personnes non traitées estime la ligue nationale contre le cancer.
Ces faits sont d'autant plus inquiétants dans le contexte actuel, où lors de la deuxième vague de Covid-19, le report de certains soins et la déprogrammation ont été une nouvelle fois le mot d’ordre de nos dirigeants.
Nos sociétés savantes ont rapidement réagi et ont fourni les recommandations adaptées pour la priorisation du traitement du cancer là alors que nos dirigeants nous incitaient à confiner et reprogrammer ce qui a probablement pénalisé les patients non COVID et mis notre système de santé déjà sous tension dans une situation encore plus compliquée.
L’étude française ONCOCARE-COV a confirmé une réduction d’activité en termes de dépistage (-86 %), prélèvements histopathologiques (-48 %), analyses biomoléculaires (-69 %), consultations d’annonce (-54 %), évaluations Onco-gériatriques (-86 %) et nouveaux patients discutés en RCP (-39 %). La baisse d’activité thérapeutique était également importante sur le plan chirurgical (-30 %) et a un niveau moindre pour la radiothérapie (-16 %) et la chimiothérapie (-9 %). Les conséquences pronostiques de ces retards diagnostiques et thérapeutiques ne sont pas encore connues mais les analyses de modélisations sont inquiétantes.
Ainsi, en situation de reprise épidémique COVID-19 il semble indispensable de maintenir si possible les traitements du cancer en préservant une offre de recours en cancérologie (y compris par sanctuarisation de la chirurgie oncologique) et d’une filière d’accès aux soins de réanimation « Hors COVID » permettant la continuité des soins et la gestion d’éventuelles complications des traitements oncologiques.
En collaboration avec les réseaux régionaux de cancérologie et les ARS. Les hospitaliers ont proposé de créer des Comités Régionaux COVID et Cancer dont le rôle sera de partager l'information entre les différentes structures de prise en charge et d’éviter ou limiter les conséquences de la crise COVID-19 sur les délais de diagnostic et de traitement du cancer.
Les propositions doivent être interprétées en fonction des capacités locales, de l’intensité de l’épidémie et de son retentissement sur l’organisation des structures de soins selon les régions.
Les recommandations politiques sans concertations des professionnels de santé ne se substituent pas à la décision médicale experte et prise en pleine responsabilité sur des bases scientifiques et éthiques. Aussi, cette décision est nécessairement pluridisciplinaire et c'est l'élément positif de la crise avec pour effet, en vue des propositions des sociétés savantes, la demande du ministre de tutelle de garantir que les patients pris en charge pour cancer le soient dans les meilleures conditions possibles, soit en hospitalisation, soit en ambulatoire.
Des stratégies d'établissement ont alors été décidées en amont, lors de réunions de crise, elles sont partagées avec les ARS et épaulées le cas échéant. Les tactiques à hauteur d'homme, dites de terrain semblent encore une fois la solution à privilégier dans le futur. Ainsi très peu de traitements seront annulés ou reportés, y compris pendant des pics épidémiques.
Références
• TNCD - Chapitre 21 bis : Prise en charge des cancers digestifs et 2ème vague COVID-19 - 06/11/2020 : www.tncd.org www.snfge.org
• Énoncé de position ESGE et ESGENA sur l’endoscopie gastro-intestinale et la pandémie COVID-19 : Ian M. Gralnek et col. (Https://doi.org/10.1055/a-1155-6229). Endoscopie 2020 ; 52.
• Unicancer.fr : 2ème vague Covid-19 : continuité des soins et appel à la prévention des cancers.
• AFP : Cancer : un retard de prise en charge à cause du Covid-19 et du confinement (Publié le 08/12/2020).
• Covid-19 : la Ligue contre le cancer craint un nouveau retard dans la prise en charge des malades et estime
qu'"il y a environ 30 000 cancers non détectés". Publié le 26/10/2020 07 :00. Mis à jour le 26/10 /
France Télévisions.
Dr S. BRAMLI
PH en Hépato-gastroentérologie et cancérologie
Centre Hospitalier d'Avignon
Article paru dans la revue « Intersyndicat National Des Praticiens D’exercice Hospitalier Et Hospitalo-Universitaire.» / INPH n°20

