
« L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde ».
« La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! ».
Magritte
Magritte, La trahison de l’image (Ceci n’est pas une pipe)
Cela devait être au départ un dossier sur les résultats des élections. Facile, tranquille : on fait un copié-collé des résultats publiés par le CNG et la DGOS et voilà Le MAG de l’INPH le plus rapide et le plus complet jamais produit en 6 ans.
Sauf que, malgré la sobriété des résultats officiels (l’empan de vocabulaire est réduit à 3 items : nombre de voix, pourcentage des votes totaux, nombre d’élus) et leur factualité1 (des chiffres, tous écrits avec la même police et de la même taille), plusieurs interprétations ont surgi selon que 10730 (nombre de votes obtenus par notre alliance SNAM-HP et CMH (Convergences-HP) / INPH) et 62 (nombre de sièges obtenus par cette alliance) étaient considérées comme supérieurs ou pas à respectivement 9570 (nombre de votes obtenus par nos confrères Action pH et jeunes médecins) et 34 (nombre de sièges obtenus par nos confrères).
10730 est-il vraiment supérieur à 9570 ? et 62 l’est-il à 34 ?
Vastes questions !
« - Vous voyez ce cheval ? Dites-moi ce que c’est.
- C’est un cheval.
- Non, c’est un vaisseau spatial. »
Le 23 janvier 2017, le journal The Guardian illustrait ainsi les « faits alternatifs », (en VO « alternative facts ») un concept inauguré la veille sur NBC par Kellyanne Conway, la conseillère à la Maison Blanche de Donald Trump.
« La vérité n’est jamais amusante sinon tout le monde la dirait »
DE QUOI S’AGIT-IL ?
Le porte-parole de la Maison Blanche avait affirmé que la cérémonie d’investiture de Donald Trump « fut la plus grande en termes d’audience » (mais les photos prises lors de la cérémonie montraient que celles d’Obama avaient attiré bien plus de monde), tandis que Donald Trump lui-même affirmait qu’aux premiers mots de son discours, la pluie avait cessé et laissé place au soleil. Notons qu’aucun ange n’est descendu s’agenouiller à ses pieds : certainement parce que la pluie était continue sur toutes les vidéos et que cela perturbait sans aucun doute le système GPS des anges concernés. Il s’agit bien sûr de mensonges grossiers, mais que la communication de la Maison Blanche a traduit par « faits alternatifs », niant ainsi tout à la fois le mensonge... et la réalité.
QUEL EST LE SUJET ?
Cette « anecdote » (présentée tout de même par de nombreux journalistes comme une menace pour la démocratie via le dénigrement de leur profession) soulève deux sujets.
Le premier est que ce qui est qualifié de « faits alternatifs » n’a rien de faits (puisqu’ils n’ont pas existé). Pour autant, ils se placent au même niveau que des faits, qui eux sont une réalité : Clémenceau ne disait-il pas des faits qu’ils ont « le regrettable inconvénient d’être » ? Il s’agit là d’une réaction pour le moins malhonnête a la confrontation brutale entre la réalité (les faits) et un scénario plus ou moins fantasmé de la réalité.
Le second est que ce « concept » s’intègre dans une stratégie de communication. Dans le domaine des petits arrangements avec la réalité, la communication pouvait déjà s’ennorguellir, par ordre croissant de sophistication du mensonge : des HOAX (canular viral souvent diffusé par email), des Intox (affirmation erronée volontairement présentée comme vraie) et crème de la crème, des Fake News, ou, en français Infox3 (fausses informations prenant l’apparence d’un vrai article de presse) (voir référence 2 pour leurs définitions respectives). N’oublions pas les mythiques « éléments de langage » (voir MAG14 : Réquiem pour un son), qui, en jouant sur les confusions phonémiques et en s’adressant à un implicite inconscient, sont en quelque sorte la version subliminale des fakes news.
Ces deux sujets sont liés : la communication, en s’appuyant sur des mensonges déguisés en vérité, prépare un terrain plus propice 3. JORF n°0229 du 4 octobre 2018 texte n° 113. Recommandation sur les équivalents français à donner à l'expression fake news. L’acceptation des faits alternatifs
- continuité logique du mensonge construit par la communication - tout en dévalorisant leur ennemi mortel commun : l’information. Ainsi se développe la « post-vérité » (théorie selon laquelle l’émotion et la croyance comptent désormais plus que les faits) et émerge la nécessité d’une ré information, chère aux activistes d’extrême-droite.
(Michel Audiart)
Victor Klemperer (lingua Tertii Imperii) : « Les mots sont comme de minuscules doses d’arsenic on les avale, sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ».
D’ACCORD ME DIREZ-VOUS, MAIS QUEL EST LE LIEN AVEC NOUS, PRATICIENS HOSPITALIERS ?
Le premier lien, vous répondrai-je, est que nous sommes des citoyens et qui plus est des agents publics, donc nous sommes doublement concernés par tout ce qui touche à la vie de la démocratie.
Le deuxième lien se réfère plus spécifiquement à la représentation syndicale des PHs et aux diverses interprétations qui put être données des résultats. Disons-le clairement : L’INPH, avec l’alliance SNAM-HP et CMH a remporté ces élections. Et tant mieux car notre voix sera ainsi entendue haut et fort. Et la suite va nous montrer à quel point il est important que cette voix porte loin et avec force.
Le troisième lien enfin est une de ces conjonctions que d’aucuns appellent « synchronicité ». La parution cet été d’une véritable œuvre d’art : le tome 2 du rapport de la direction interministérielle de la transformation publique, dont le titre « Dessinons les métiers de demain » est en fait une déclinaison à l’infini des potentielles utilisations de l’intelligence artificielle. Comment ignorer la conjonction sémantique entre « Artificiel » : (qui est fabriqué par l’homme et/ ou qui n’est pas conforme à la réalité) et « fake » (contrefaire, faire un faux, imiter, falsifier truquer, feindre) ? Conjonction qui apparaît plus criante encore quand on considère « l’intelligence artificielle : Ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine ». Et les « fake news (pardon : Infox) (fausses informations prenant l’apparence d’un vrai article de presse).
« On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis »
(Toujours Michel Audiard)
DE QUOI S’AGIT-IL ?
• La direction interministérielle de la transformation de la fonction publique a été créée en 2017 et ses missions sont un florigèle d’éléments de langage, un véritable cas d’école. Nous pouvons ainsi noter des associations classiques telles que « Nous portons une nouvelle vision de la transformation de l’action publique » et « agents(qui) deviennent entrepreneurs de leur transformation » ... En clair les agents deviennent responsables de décisions qu’ils n’ont pas prises. Autre perle : les agents deviennent responsables mais « en même temps » ils doivent « faire confiance » : à qui ?... Ben à « NOUS ».
• Qui est NOUS ? Nous reviendrons sur l’enveloppe charnelle du « NOUS » plus en avant, pour l’heure, penchons-nous sur son contenu « spirituel » : NOUS est visionnaire « Nous portons une nouvelle vision de la transformation de l’action publique » ... NOUS est créatif « Nous imaginons des solutions nouvelles » ... NOUS serait-il mystique ? « Nous créons les conditions du mouvement ».
• Grâce à tous ces dons, NOUS pense pour nous « La transformation de l’Etat passera par une transformation numérique : cela ne fait plus aujourd’hui débat. C’est devenu une attente des citoyens, une conviction profonde des agents publics eux-mêmes et un axe assumé des programmes de transformation ».
• NOUS a beaucoup réfléchi, NOUS s’est beaucoup investis, à tel point qu’il a cru nous demander notre avis (mais non !) « Cette étude… a résolument adopté le point de vue des métiers des agents, de leurs activités et tâches quotidiennes ».
• NOUS a alors lancé une étude sur la base des informations que nous n’avons pas données en réponse aux questions que l’on ne nous avait pas posées : « …à analyser, pour seize grandes familles de métiers, les potentiels offerts par le numérique et les perspectives d’évolution du métier que leur utilisation pourrait dessiner ».
• Dont NOUS nous livre le résultat... et nous comprenons alors pourquoi nous devons faire confiance à NOUS : « Il ressort que plus de 70 % des effectifs parmi les plus de 3.5 millions d’agents du périmètre de l’étude pourraient voir l’exercice de leur métier sensiblement voire radicalement transformé grâce au numérique »
En clair NOUS veut 2 choses - introduire le numérique et transformer notre métier - tout en se donnant beaucoup de mal pour nous persuader qu’il s’agit de notre demande… allant jusqu’à manier les sentiments : ne s’agit-il pas là d’une « promesse de réinvention du service public » ?
• Mais en réalité tous ces mots ne sont que des éléments de langage, la pseudo-demande des agents est une infox, et la transformation du service public un fait alternatif : car la vraie raison de tout ce montage est très claire « Pour les agents, elle présente un formidable potentiel pour résoudre l’injonction paradoxale à laquelle ils font face d’apporter toujours plus de service tout en optimisant les moyens ».
« Nous étions trop occupés à analyser les images projetées sur le mur pour remarquer que le mur même avait été vendu » (Naomi Klein : No Logo).
Cela nous ramène à l’enveloppe charnelle de NOUS : s’il est impossible de trouver sur le site de la DITP le nom des personnes interrogées, « Dans des circonstances que je tiendrai secrètes, une personne dont je tairai le nom m’a dit des choses que je ne peux pas répéter » (encore M. Audiart)
En revanche, le nom de ceux qui ont traité leurs réponses y figure très clairement (cela serait béta de perdre cette occasion de se faire de la publicité) « Cette étude, menée avec l’aide des cabinets Roland Berger et Wavestone sur la base de données publiques et d’une série d’entretiens ». Des noms qui se retrouvent sur le CV de certains des directeurs de la DITP, mais aussi dans beaucoup d’autres ministères « au point que certains chercheurs parlent de « consultocratie » pour montrer l’emprise des experts privés des cabinets de conseil sur le pilotage des politiques publiques et la modernisation de l’action publique »
Consultants qui sont employés par un gouvernement qui a remplacé le terme « modernisation de l’action publique » par celui de « transformation publique » et dont l’ambition affichée est celle d’une « start-up nation »
QUEL EST LE SUJET ?
Il s’agit de nous, exclusivement de nous ! Penchons-nous sur le portrait du médecin de demain selon la DITP. (cf. Un pas de côté pages 16-17)
• Les principales tâches des médecins sont détaillées par niveau de complexité croissante et d’emblée on se dit que les PH interrogés sont de fieffés farceurs : placer en queue du peloton la cause majeure de la perte d’attractivité des hôpitaux (management, gouvernance), il fallait oser !
Et si ce ne sont pas des PHs qui ont répondu cela (peut-être des consultants ?) quels qu’ils soient, penser que la contribution à la vie de l’hôpital est la tâche la plus simple pour un médecin hospitalier est un peu inquiétant sur le niveau de connaissance du terrain.
• Bien que, n’en doutons pas, l’innovation soit au cœur des préoccupations de la DITP,
il n’y a rien de plus banal aujourd’hui que de travailler avec des programmes d’ordinateurs : enregistrement des patients avec des mots clés, recherches bibliographiques pour étayer le diagnostic, dossier médical partagé. Donc OK, les programmes d’ordinateurs nous aident et ce n’est pas nouveau. Mais de là à avancer que l’IA va pouvoir générer des cohortes de malades à partir des données du PMSI et donc du codage… les DIM consultés en doutent et s’interrogent même sur leur participation compte tenu du développement du métier de « data-scientist ».
• Les items 2 (reconnaissance vocale) et 3 (gestion des agendas) ne sont pas non plus des innovations (puisque déjà utilisés) mais, de plus, ils ne se soldent pas non plus par un progrès dans la réalité.
Pourquoi ? Parce que les logiciels de dictée vocale qui devraient permettre aux secrétaires de développer le versant « lien » de leur métier et d’instaurer une étape de contrôle et de bon sens humain dans tout le processus automatisé (l’organisation, l’aide, la communication interservices et extra hospitalière), dans les faits aboutissent à la suppression de leur poste. Quand au médecin qui doit dicter sans le concours de la secrétaire, où est l’efficacité ? Dans la suppression du poste de la secrétaire ? Ou dans le temps passé par le médecin à dicter, corriger, temps qu’il ne passera pas auprès du malade ? In fine, c’est une augmentation de la charge de travail qui se double d’un isolement : deux mauvaises idées pour l’équipe. Deux fausses bonnes idées ?
• Les items 1 (automatisation de la saisie des données), 4 (chats), 5 (internet des objets... qui sont les objets ?), 6 (téléconsultation) sont franchement des vraies mauvaises idées sauf si la finalité en est d’instaurer un périmètre de sécurité auprès du malade. Cela sous-tend aussi que tous les citoyens ont internet et un ordinateur ou un smartphone avec un abonnement internet conséquent. Notons la perversité de l'item 14 qui en sus rend les patients responsables de leur mauvaise prise en charge.
• Item 7 : DMP : top on va avoir un relevé de Données très riche (quantitatif) : qui va en faire la synthèse ? L’analyse ? Sans avoir ni touché ni écouté (pas entendu : écouté) le patient ? (Qualitatif).
• Le déploiement des robots chirurgicaux : ils permettraient d’assurer un plus grand nombre d’opérations avec plus de sécurité pour le patient : le problème c’est qu’il n’y a pas de données scientifiques qui étayent cette affirmation, on en connait le coût mais pas le rendement au sens médical (qui est celui qui nous importe en premier lieu). Ajoutons à cela le rapport de l'Académie de médecine12 qui souligne « La formation en robotique, gérée jusqu’ici par l’industriel, comme pour la conduite automobile au début du XXe siècle, doit maintenant être prise en main par les professionnels, sociétés savantes, collèges d’enseignants et universités ». Enfin, la cotation des actes de robot, n’existe pas pour le moment. La CPAM met en place un dispositif qui permettra à terme de le faire, ou pas (cf. le rapport « Charges et produits » 2020 de la CPAM), puisque l’efficience de ces premiers n’est pas démontrée.
Mais il s’agit d’une discipline en pleine expansion, rien n’est fixé. Mais pourquoi aller si vite ? Pourquoi ne pas prendre le temps de l’évaluer, de former les médecins, d’établir une cotation ?
Et pourquoi se limiter à la technique dans la définition de la mission des médecins ? dans l’utilisation des programmes informatiques ? Il serait certainement intéressant au contraire d’enrichir la prise en charge par le médecin, qu'elle soit de soin ou de prévention d’une vision systémique de l’individu avec la prise en compte à la fois de ses déterminants de santé, de son exposition environnemental (lieu de vie, conditions économiques, ...) pour mieux adapter son parcours de santé (au sens de l’OMS). L’IA peut devenir un appui certain à la pratique clinique à condition que la dimension du relationnel soit respectée.
EN QUOI CELA NOUS CONCERNE-T-IL ?
« Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une »
Une nation ou une start-up ?
Ce qui change tout, d’autant que directeur de la DITP a écrit un ouvrage dont le titre est « l’État en mode start-up ». Que peut bien signifier, pour nous service public, une nation qui serait une start-up ?
Une nation « garantit à tous la protection de la santé, la sécurité matérielle et le droit à des congés. Toute personne qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »
Une start-up telle que définie par Steve Black15 c’est « une organisation temporaire conçue pour rechercher un modèle économique reproductible et évolutif ». En plus clair (Wikipédia) « Une start-up, jeune pousse ou entreprise en démarrage en français, est une nouvelle entreprise innovante, généralement à la recherche d’importants fonds d’investissement, avec un très fort potentiel éventuel de croissance économique, et de spéculation financière sur sa valeur future (création d’entreprise… son taux de risque d’échec est très supérieur à celui d’autres entreprises, de par son caractère novateur, sa petite taille et son manque de visibilité » et en encore plus clair « une start-up est une entreprise faite pour avoir une croissance de 5 à 7 % par semaine »
Bref, l’association des deux, si elle est un élément de langage porteur, tient beaucoup de l’infox, car si une nation devient une start-up, alors elle n’est tout simplement plus une nation au regard de ses devoirs envers les citoyens et notamment en termes de service public. Rappelons à cette occasion les piliers du service public qui sont la continuité, l’adaptabilité, l’égalité d’accès, le prix le plus juste et l’existence de corps professionnels chargés de sa mise en œuvre. L’exact contraire d’un start up.
Alors pourquoi l’avoir fait ? Parce que le marché le demande.
L’économiste Renaud Vignes explique cela ainsi :
La finalité du consommateur, c’est de produire de la satisfaction (sa satisfaction) au moindre coût pour lui. « Pour un bien donné, la quantité de satisfaction produite sera fonction de la quantité consommée du bien et de la quantité de temps mise en œuvre ». Le prix du temps dans l’absolu est fonction du prix du salaire mais il est aussi dépendant du prix des biens à consommer. Quand le prix de ces derniers baisse (modèle techno capitaliste), comparativement le prix du temps augmente, ce qui permet de maintenir une consommation quantitative de biens. Mais le maintien d’un rendement requiert que la croissance et donc que les dépenses des consommateurs toujours augmentent. C’est la base de l’accélération : moins de délais pour obtenir une nouveauté (religion de l’innovation versus le progrès), moins de durée d’utilisation d’un bien ou système (religion de la transformation versus l’amélioration). La rapidité d’action est survalorisée par rapport à la qualité de ce qui est produit.
« Le modèle de la start-up est symbolique du principe d’accélération qui caractérise notre monde ». Mais, ajoute l’auteur « pour qu’il s’applique à l’ensemble de nos sociétés, cette vision impose l’idée que le temps du droit, du politique, du social est lui aussi capable d’accélérer. Cette idée revient à ignorer, voire à remettre en cause, le rôle des institutions démocratiques, judiciaires et sociales qui, par nature, procède d’une autre temporalité ».
Cette exigence de l’accélération va de pair avec la disparition des permanences, des relations sociales et l’émergence d’une société « ultra concurrentielle »
« L’État n’est plus qu’une machine à suivre ce que le marché décide. Dans ce sens, la déformation sociale du temps est l’un des tout premiers facteurs explicatifs de l’impuissance du politique ».
Evidemment, à la lumière de cette analyse, le fait que l’un des services de la DITP se nomme « Accélération des transformations » prend un sens tout à fait particulier.
De même dans le portrait du médecin hospitalier selon la DITP, à la page 15 dans le chapitre intitulé « le médecin pourrait se recentrer sur ses fonctions de soin » on trébuche sur cette phrase « Ces robots pourraient, en effet, permettre aux médecins de gagner en efficacité et d’augmenter le nombre de patients soignés ».
Enfin, que penser de ces phrases, qui, en quelques éléments de langage transforment un soin en recueil de données, un patient en « du vivant » et un médecin avec une indépendance professionnelle garantie par le code de déontologie en un ingénieur du vivant subordonné... à l’accélération ?
« A partir de ces leviers numériques et technologiques, deux visions complémentaires du médecin pourraient se développer simultanément, selon les différentes spécialités et domaines d’expertise.
Certains médecins se spécialiseraient dans la réalisation d’actes médicaux ponctuels, fortement outillés et nécessitant une double expertise, à la fois ingénieure et médicale. Le métier de médecin pourrait ainsi tendre vers celui d’un « ingénieur du vivant », à la pointe des technologies de soin du patient.
D’autres médecins seraient en plus grande proximité avec les patients. Ils assureraient leur suivi continu, aidés par les outils de télémédecine et le DMP, qui leur permettraient d’accéder aux données importantes en tous lieux ».
CONCLUSION
Commentaires du sémiologue François Brune devant le tableau de Magritte « La trahison de l’image »18 …Mais, si l’image renvoie à la réalité de la pipe, elle n’est pas une pipe. La preuve ? On ne peut pas fumer avec… Alors, de grâce, ne confondons pas ! Cette confusion entre le signe et la chose signifiée est pourtant tenace. Elle est à la base d’une convention qu’on nomme le réalisme, pour laquelle voir c’est croire. Convention qui peut avoir sa justification dans l’ordre artistique, mais qui devient, dans son utilisation publicitaire, une véritable culture de l’illusion.
Nous portons une nouvelle vision de la transformation de l’action publique, pour construire un service public renouvelé : plus efficace, plus juste, plus adapté aux besoins des usagers.
Accélérateur de la transformation publique, nous apportons notre savoir-faire pour que les administrations et leurs agents deviennent entrepreneurs de leur transformation : mettre l’usager au centre, libérer la créativité, faire plus simple, être transparent sur les résultats, faire confiance.
Nous imaginons des solutions nouvelles pour aider les administrations et leurs managers à faire des choix, à trouver des marges de manoeuvre, à sortir du cadre.
Nous créons les conditions du mouvement en favorisant la confrontation des idées, la libération et la mobilisation des énergies, la valorisation des savoir- faire à tous les niveaux.
C’est ainsi que nous réussirons à transformer l’administration pour le plus grand bénéfice des citoyens et des agents.
1. « Qui s’en tient aux faits, qui les présente sans les interpréter : Information factuelle ». Dictionnaire Larousse.
2. LES DÉCODEURS
Faits alternatifs, fake news, post-vérité… petit lexique de la crise de l’information par William Audureau, Le Monde, publié le 25 janvier 2017.
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/25/faits-alternatifs-fake-news-post-verite-petit-lexique-de-la-crise-de-l-information_5068848_4355770.html
3. JORF n°0229 du 4 octobre 2018 texte n° 113. Recommandation sur les équivalents français à donner à l'expression fake news.
4. Produit par le travail de l’homme et non par la nature : Lac artificiel. Fleurs artificielles.
Qui résulte de la vie en société et n’est pas essentiel : Besoins artificiels.
Qui n’est pas conforme à la réalité : La psychologie artificielle d’un roman.
Qui est affecté, manque de naturel : Sentiments artificiels.
5. https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/intelligence_artificielle/187257
6. Pour comprendre l’importance de l’utilisation du mot « transformation » plutôt que celui d’ « amélioration » : voir MAG14.
7. NOTRE MANIFESTE (portail de la DITP)
8. Etude prospective novembre 2018 : transformation numérique : dessinons les métiers publics de demain synthèse pages 5 et 6 DITP.
9. la réforme de l’État est progressivement devenue le terrain de chasse des grands cabinets de conseil généralistes et polyvalents au niveau mondial (Accenture, Capgemini Invent, Wavestone, Mazars, etc.) et des cabinets de conseil en stratégie (Roland Berger, McKinsey, Boston Consulting Group, etc.).
https://www.horizonspublics.fr/etat/innovation-publique-de-la-consultocratie- la-transformation-plus-agile
10. « Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une ». Emmanuel Macron : Le 10 octobre 2018.
11. PLoS One. 2018 Jan 23;13(1):e0191628. doi: 10.1371/journal.pone.0191628. eCollection 2018.
Robot-assisted laparoscopic surgery versus conventional laparoscopic surgery in randomized controlled trials: A systematic review and meta-analysis.
Roh HF1,2, Nam SH3, Kim JM2.
12. Bull. Acad. Natle Méd., 2017, 201, nos 7-8-9, 1045-1057, séance du 19 septembre 2017.
13. « Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une ». Emmanuel Macron : Le 10 octobre 2018.
14. https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Accueil-et-accompagnement/La-nationalite-francaise/La-charte-des-droits-et-devoirs-du-citoyen-francais.
15. https://le-shift.co/c-est-quoi-une-startup-definition-difference-entreprise/
16. https://le-shift.co/c-est-quoi-une-startup-definition-difference-entreprise/
17. https://theconversation.com/la-valeur-du-temps-au-coeur-du-grand-bouleversement-de-nos-societes
18. https://jetudielacom.com/semiologie-la-trahison-des-images/
Article paru dans la revue « Intersyndicat National Des Praticiens D’exercice Hospitalier Et Hospitalo-Universitaire.» / INPH n°17

