Actualités : L’ENMG pour les nuls

Publié le 16 oct. 2025 à 09:50
Article paru dans la revue « AJMER / AJMERAMA » / AJMER - AJMERAMA N°9

Toi aussi, tu t'es déjà senti nul en recevant un compte rendu d'ENMG que tu avais demandé, sans comprendre la moitié des résultats ? Après la lecture de cet article, l'ENMG n'aura plus de secrets pour toi ! Allons ensemble déchiffrer cet examen en pratique.

Qu'étudie un ENMG ?

L'ENMG permet d'étudier le fonctionnement du système neuromusculaire (nerfs périphériques, jonction neuromusculaire, muscles). Il ne renseigne que sur les fibres nerveuses myélinisées à conduction rapide (ex : nerfs radial, médian, ulnaire).

En cas de neuropathie à petites fibres, l'examen sera normal.

Il est réalisé par un médecin spécialisé en neurophysiologie (neurologue, rhumatologue, MPR, etc.). L'examen se fait en 2 temps, d'abord la neurographie sensitive et motrice puis la détection ou électromyographie à l'aiguille.

Quelles sont les indications générales et les non indications à l'ENMG ?

L'ENMG est utile dans :

• Les syndromes canalaires : un canal carpien, une compression ulnaire au coude, la compression du nerf fibulaire commun au col de la fibula. 
• Une radiculopathie cervicale ou lombaire avec un déficit moteur ou sensitif. 
• L'atteinte du plexus brachial. 
• Le diagnostic étiologique d'une polyneuropathie périphérique (diabétique, vascularite, génétique, amylose, lymphome, paranéoplasique...). 
• Le diagnostic d'une polyradiculonévrite : Guillain barré, PIDC. • Devant l'orientation étiologique d'une hypotonie néonatale ou un retard à la marche chez l'enfant. (nerf ou muscle ? central ou périphérique ?). 
• Les pathologies de la jonction neuromusculaire : myasthénie, Lambert Eaton.
• Les myopathies : inflammatoire, métabolique ou dystrophique. 
• Les atteintes de motoneurone : SLA, syndrome post poliomyélite... 
• Évaluer le pronostic fonctionnel : dénervation et réinnervation après une lésion traumatique, en cas de paralysie faciale.

L'ENMG n'est pas utile dans :

• Les radiculalgies sans déficit moteur ou sensitif. 
• Les neuropathies centrales : AVC, SEP, Parkinson. 
• La neuropathie diabétique classique : polyneuropathie distale, symétrique, purement sensitive, chronique et indolente chez un diabétique connu de longue date (il n'y a pas d'enjeu thérapeutique ou diagnostic immédiat). 
• La neuropathie clairement diagnostiquée sur l'imagerie : syndrome de queue de cheval.

Comment se déroule un ENMG ?

L'examen dure entre 30 et 60 minutes selon les nerfs/muscles explorés. Il commence par des électrodes autocollantes (neurographie), puis utilise des aiguilles fines (EMG).

L'examen est bien toléré : on ressent de légères décharges ou fourmillements.

Il faut préciser la présence d'un stimulateur ou d'un pacemaker (contre-indique les stimulations proximales), et un traitement anticoagulant curatif (contre-indique l'étude EMG de certains muscles).

Qu'étudie la neurographie motrice ?

Elle étudie la conduction nerveuse, la jonction neuromusculaire et la réponse musculaire.

On stimule un nerf moteur avec un léger courant électrique et on enregistre la réponse musculaire grâce à l'électrode collée sur le muscle récepteur (ex : on stimule le nerf médian au poignet et on enregistre la réponse sur le muscle court abducteur du pouce). Les paramètres mesurés sont :

- L'Amplitude (en mV) :

• Reflète le nombre de fibres musculaires activées (et ainsi d'unités motrices donc indirectement du nombre d'axones moteurs intacts et fonctionnels). 
• Une faible amplitude = une atteinte axonale (perte de fibres nerveuses). 
• Si la stimulation du nerf en amont (proximal) donne une réponse plus faible qu'en aval (distal), on parle de bloc de conduction. Cela traduit souvent une atteinte démyélinisante, comme dans le syndrome de Guillain-Barré.

- La latence distale (en ms) :

• Temps entre le stimulus et le début de la réponse musculaire. 
• Une atteinte démyélinisante diminue la vitesse de conduction nerveuse et augmente ainsi la latence distale.

- Vitesse de conduction motrice (m/s) :

• Elle est calculée entre deux points de stimulation du nerf (ex : on stimule le nerf médian au poignet puis on remonte au coude et on calcule la distance entre le coude et le poignet). 
• Elle est ralentie dans les neuropathies démyélinisantes.

Courbe normale de neurographie motrice du nerf médian et son analyse dans le tableau

Qu'étudie la neurographie sensitive ?

Elle étudie la fonction d'un nerf sensitif. On stimule un nerf sensitif et on enregistre la réponse électrique directement sur ce même nerf (ou parfois à distance). Ce que l'on obtient, c'est un potentiel d'action sensitif ou SNAP (sensory nerve action potential).

Les principaux paramètres étudiés sont identiques à l'étude motrice, on analysera l'amplitude, la latence distale et la vitesse de conduction.

Ces réponses sont difficiles à obtenir chez les personnes âgées ou en cas d'oedème.

Droit Médiane Orthodromique

Courbe normale de neurographie sensitive du nerf médian et son analyse

Qu'est-ce que la détection à l'aiguille ?

Dans cette partie on n'envoie pas de courant électrique mais on explore l'activité électrique des muscles in vivo à l'aide d'une électrode aiguille insérée directement dans le muscle. On étudie des fonctions électriques du muscle, à l'origine des propriétés mécaniques.

On étudie l'activité de repos des fibres musculaires. Chez la personne normale, on n'enregistre aucune activité. En cas d'atteinte neurogène on peut entendre une activité pathologique de repos tel que des fasciculations dans la SLA ou des fibrillations dans un muscle dénervé.

Puis on demande au patient de contracter le muscle étudié et on analyse des potentiels d'unité motrice (PUM). L'oeil et l'oreille expérimentés du neurophysiologiste permettront de différencier un tracé neurogène (PUM de grande taille et de fréquence élevée), d'un tracé myogène (PUM de petite taille avec recrutement temporel et spatial augmenté). 

Cette partie d'examen étant dynamique, des exemples sont disponibles sur la chaîne youtube : “neuromuscular teaching”.

Comment se construit la conclusion ?

Selon les résultats de l'ENMG, on peut distinguer une atteinte axonale d'une atteinte démyélinisante, ainsi qu'une atteinte sensitive, motrice ou sensitivomotrice. En analysant la topographie des anomalies, il est possible de déterminer s'il s'agit d'une polyneuropathie, d'une mononévrite multiple, et si cette atteinte est longueur-dépendante ou non. 

Selon le type d'atteinte identifié, on pourra s'orienter vers certaines étiologies. 

Par exemple, une polyneuropathie axonale sensitive, longueur-dépendante, d'évolution chronique oriente vers une origine toxique, carentielle, métabolique, infectieuse ou inflammatoire. 

Un autre exemple est celui des syndromes canalaires, comme le syndrome du canal carpien. L'ENMG permet de localiser le site de compression et d'évaluer la sévérité de l'atteinte :

• Une atteinte démyélinisante correspond à un stade précoce, pour laquelle on recommande généralement le port d'une attelle de posture pendant 3 mois. 
• En revanche, une atteinte axonale témoigne d'une atteinte plus avancée ; dans ce cas, une libération chirurgicale est souvent indiquée.

Pour aller plus loin

Site web détaillant l'ENMG en MPR : https://www.enmgdekorvin.fr/

Maria ZAKHEM

Publié le 1760601023000