

Dr Fabienne LANGLOIS
M. D
Endocrinologue, CIUSSS de l'Estrie - Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke Professeure agrégée, Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke 3001, 12e avenue Nord, Sherbrooke, Qc, Canada, J1H 5N4
Fabienne Langlois est endocrinologue et professeure à la faculté de médecine de Sherbrooke, au Québec. Elle nous partage son quotidien entre les consultations et les cours ainsi que les spécificités du système de santé canadien.
Pouvez-vous nous parler un peu vous ?
Fabienne LANGLOIS.- J'ai 41 ans, je travaille comme endocrinologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, au Québec. Sherbrooke est relativement une petite ville d'environ 170 000 personnes et dessert la population du sud-ouest de la province. Notre faculté de médecine est très dynamique et d'avant-garde en pédagogie. J'ai su dès le début de mes études en médecine que l'endocrinologie était faite pour moi, une spécialité plutôt cérébrale, diversifiée et fascinante par les effets des hormones sur l'organisme qu'elle étudie.
Quelles études pour exercer l'endocrinologie dans votre pays ?
F. L.- Au Québec, le cours de médecine de base est d'une durée de 4 ou 5 ans. À l'université de Sherbrooke, le cours de base a duré 4 ans, la première moitié étant surtout théorique et la dernière année et demie consacrée aux stages. Le diplôme de médecine est obtenu à la fin du cours de médecine, mais il faut poursuivre en résidence (internat) vers la spécialité ou la médecine de famille. La spécialisation est d'une durée additionnelle de 5 ans, pour l'endocrinologie, soit 3 ans au sein du tronc commun de médecine interne, suivi de deux ans en endocrinologie et métabolisme. Au Québec, les endocrinologues sont aussi diabétologues.
Pour ma part, j'ai travaillé dans un hôpital régional durant 6 ans après la fin de ma résidence puis j'ai poursuivi une année de formation complémentaire (fellowship) aux États-Unis en maladies hypophysaires, avant de revenir travailler en centre universitaire depuis 7 ans.
Pourriez-vous nous expliquer rapidement le système de santé ?
F. L.- Le système de santé est public et gratuit pour tous, mais l'accès à la médecine de première ligne n'est pas si facile. Tous n'ont pas de médecin de famille, mais cela s'améliore avec la venue de groupes de médecins qui prennent en charge plus de patients et par la possibilité d'obtenir un rendez-vous avec un médecin dans un délai acceptable pour l'évaluation de conditions non-urgentes.
Il y a quelques médecins qui ne travaillent qu'en médecine privée, et les frais sont alors couverts par les patients directement. L'assurance santé est obligatoire, ainsi que l'assurance médicament, mais plusieurs ont des assurances privées pour la couverture des médicaments. L'accessibilité est donc excellente aux différents produits pharmacologiques, des conditions doivent être respectées pour certains produits mais cela est raisonnable. Le système de santé est financé 100 % par l'État, via les impôts payés par la population.

Quels sont les modèles d'exercice pour un endocrinologue dans votre pays ?
F. L.- Les endocrinologues travaillent dans les hôpitaux et en cabinet, certains ont une pratique mixte puisque la disponibilité des locaux est limitée dans les hôpitaux.
Comment exercez-vous ?
F. L.- J'exerce actuellement qu'en milieu hospitalier, tant pour le volet ambulatoire qu'intra-hospitalier. Je travaille au sein d'un groupe d'une quinzaine d'endocrinologues, nous nous partageons les tâches de garde sur deux principaux sites. Je couvre la garde en intra-hospitalier 1 semaine sur 4 environ, et 1 fin de semaine (ndlr : week-end) aux 3 mois.
Ma pratique par ailleurs est principalement en clinique externe.
Étant professeure à la faculté de médecine, je supervise aussi les externes (étudiants au pré-doctoral) et résidents (internes, en cours de spécialisation) au quotidien. Je donne aussi des cours aux étudiants en médecine, ainsi que des cours universitaires sur les hormones hypophysaires.
Quelle pathologie prenez-vous en charge ? Qu'est-ce qui est le plus fréquent ?
F. L.- Mon champ d'intérêt est la neuro-endocrinologie / maladies hypophysaires, mais je prends en charge aussi les conditions telles que le diabète, dysthyroïdies, et troubles surrénaliens, phosphocalciques. J'effectue des cliniques de nodules thyroïdiens et procède aux cytoponctions sous guidance échographique.
Les endocrinologues travaillent avec d'autres spécialités dans les cliniques spécialisées (chirurgiens – clinique d'obésité, rhumatologues – clinique d'ostéoporose, gastro-entérologues - cliniques de tumeurs neuro-endocrines). Nous avons aussi des réunions multidisciplinaires qui sont appelées comités des tumeurs en thyroïde, hypophyse et surrénales où nous pouvons discuter avec nos collègues des autres spécialités sur les cas complexes.
Y a-t-il des spécificités pour la prise en charge / remboursements des patients ?
F. L.- Les patients utilisent leur carte d'assurance-maladie valide pour leurs soins, et ne défraient donc pas de coûts directs.
Les patients peuvent-ils venir en consultation directement ou est-ce qu'il faut qu'il soit adressé ?
F. L.- Les patients vus en endocrinologie doivent être référés par leur médecin de première ligne, par un autre spécialiste, ou par une infirmière praticienne spécialisée.
Quelles sont vos relations avec les autres spécialités ? et avec les autres endocrinologues ? dans votre pays ou ailleurs ?
F. L.- Nos relations entre spécialistes sont très bonnes, nous nous côtoyons aussi dans le contexte d'enseignement à la faculté de médecine entre autres.
Il y a plus d'une centaine d'endocrinologues au Québec qui se connaissent en général assez bien. Nous avons des activités de développement continu dont le congrès annuel qui permet de se réunir et d'échanger.
Une anecdote ou une spécificité ?
F. L.- Seulement que le temps du sirop d'érable doit contribuer à plus d'hyperglycémies printannières !

