

Cécile ANCOUSTURE LAVIE
Docteure Junior en EDN
Docteure Junior en EDN
La plupart d'entre nous [endocrinologues] pratiqueront en ville, et j'ai toujours regretté que nous n'ayons pas l'opportunité de se familiariser avec ce mode d'exercice au cours de notre formation pratique. C'est ainsi que m'est venue l'idée de faire ouvrir un stage, qui devait nécessairement être couplé avec un mi-temps hospitalier afin de valider mon semestre de docteure junior.
Au cours de mon internat, j'ai rapidement demandé ma licence de remplacement quand j'ai acquis le minimum de stages validants ; cela a été enrichissant mais manquait de cadre et de modèle car on y est laissé en autonomie.
J'ai été accueillie avec beaucoup de bienveillance, de patience et guidée progressivement vers l'autonomie, par un médecin qui m'a transmis sa passion et son énergie. Nous préparons à l'avance nos consultations, ce qui apporte de la réassurance : cela permet de discuter en amont des situations ou des pathologies sur lesquelles je ne suis pas à l'aise ou de valider la stratégie thérapeutique.
La gestion de la salle d'attente était un peu inhabituelle pour moi, mais j'ai rapidement appris à gérer le flux et la prise de rendez-vous des patients présents.
L'utilisation du logiciel de consultation a été aisée et plutôt intuitive. L'utilisation de la carte vitale (ou du dégradé), et le système de cotation m'a demandé un petit temps d'adaptation mais l'habitude s'est vite installée (il m'arrive encore de demander parfois conseil ou de l'aide en cas de doute ou de problème technique).
J'apprécie les échanges avec le réseau de médecins généralistes et médecins spécialistes, par téléphone ou via le mail sécurisée (j'utilise le mail du médecin).
J'ai trouvé très intéressantes les consultations couplées avec un IPA au cabinet, lors les prises en charge de diabète et obésité.
Je me suis sentie investie dans l'activité du cabinet grâce à la confiance du médecin, pour répondre aux avis, gérer mon planning de RDV, traiter les résultats biologiques reçus par bioserveur, mais aussi participer aux tâches de secrétariat et administratives (reconvoquer les patients, scanner les documents, etc.).
La diversité des pathologies traitées et le lien spécial créé avec les patients ont été un souffle de fraîcheur pour moi, après plusieurs stages en secteur d'hospitalisation.
Mes connaissances en pathologie thyroïdienne étaient plutôt basiques car c'est une thématique rarement côtoyée lors de stages hospitaliers d'internes. Ainsi j'ai beaucoup appris tant sur le plan théorique que pratique ; le médecin m'a familiarisée avec les bases de l'échographie cervicale (j'avais déjà validé un DU d'écho mais orienté sur les explorations du pelvis en fertilité et endométriose). J'ai particulièrement apprécié cette progression et jongler avec la diversité des pathologies endocriniennes que nous suivons en ville (diabète, thyroïde, parathyroïde, hypophyse, surrénale, gonades, dyslipidémie, risque cardio-vasculaire, obésité, etc.).
La pratique mixte au CHU permet de faire un lien entre la ville et l'hôpital : je peux présenter les dossiers difficiles en RCP, il m'est arrivé de convoquer en ville des patients pour lesquels j'avais eu une demande d'avis du CHU (délais de consultation très prolongés au CHU), récupérer des résultats (anticorps, génétique) ou courrier dans le dossier de l'hôpital (avec accord du patient bien sûr), adressage de patients vus en ville vers une consultation au CHU.
Je suis très reconnaissante d'avoir pu rencontrer cette équipe libérale (médecin et IPA), et reconnaissante pour cette expérience qui m'a nourrie sur le plan professionnel et personnel.
J'ai aussi eu la chance d'avoir pu valider un internat atypique mais qui correspondait à mes envies (davantage d'interCHU que prévu et dans des services de référence, FST médecine de la reproduction, DU d'échographie pelvienne, stage en clinique privée, stage en libéral). Cela est la preuve de la grande richesse et diversité de pratique de la médecine en France. Pour la suite de mon parcours, c'est une source d'espoir et d'inspiration !

Dr Maryse PHOLSENA
EDN libérale, La Réunion
Maryse Pholsena
Endocrinologue en libéral, installée à La Réunion depuis 25 ans, j'ai été contactée par Cécile AL en 2023 pour savoir si j'acceptais de l'accueillir sur un poste de Dr Junior en novembre 2025. Le Dr Simonson, CCA au CHU Sud Réunion, m'a proposé de monter le dossier ensemble car c'est une première expérience sur notre territoire.
En aval du stage
J'ai déposé un dossier à l'Université de La Réunion, fait une formation de MSU et aménagé une salle de consultation supplémentaire au cabinet.
Le dossier à l'université est chronophage mais a été déposé à temps pour la commission d'attribution des postes. J'ai décrit la patientèle du cabinet : essentiellement des diabètes, et autres problèmes métaboliques, SOPK, thyroïde et autres pathologies endocriniennes, activité d'échographie thyroïde et parathyroïdes, cytoponctions.
La formation de MSU (Maître de Stage des Universités) a été réalisée sur l'île, animée par des collègues spécialistes en médecine générale qui n'avaient pas d'expérience du Dr Junior car c'est une disposition nouvelle dans leur spécialité. Coût : 1500 euros car la prise en charge DPC est réservé aux seuls généralistes (…), réalisé sur 2 jours.
Nous avons pris connaissance de la maquette des études de médecine et des dispositions légales, de la pédagogie du tutorat ; le DJ consulte progressivement en autonomie, des débriefing sont organisés quotidiennement au début.
L'aménagement de la salle de consultation + petit matériel a coûté environ 2000 euros ; la CCA (et son bébé de 18 mois) ainsi qu'une représentante des internes sont venus pour le visiter.
Déroulement du stage : Le DJ effectue une semaine alternativement au CHU dans le service d'endocrinologie et une semaine au cabinet en libéral, il/elle est rémunéré.e par le CHU. Les honoraires du DJ sont encaissés par le médecin titulaire, sans rétrocession.
Le stage : Le Dr Junior a démarré en novembre 2025, nous avons réalisé quelques consultations ensemble, d'abord elle a observé, puis ensuite j'ai observé, débriefing entre les patients et en fin de journée avec un temps dédié.
Assez rapidement elle a assuré sa propre consultation, nous partageons les mêmes jours de consultation.
Les textes stipulent que le MSU peut s'absenter lors des consultations du DJ à condition d'être toujours joignable et de pouvoir revenir en 30 mn au cabinet si besoin.
Le secrétariat (téléphonique) lors de la prise de rendez-vous demande l'aval du patient pour la consultation avec le Dr Junior ; lors de la consultation avec le patient, le DJ se présente et demande à nouveau l'aval du patient : il y a peu de refus.
Nous échangeons régulièrement sur les patients, la stratégie diagnostique et de traitement ; il est à noter que les échanges sont à double sens : Le DJ a fait le DU de Médecine de la Reproduction du Kremlin Bicêtre, connaît bien la PMA et la nutrition, domaines dans lesquels elle m'apporte beaucoup.
Elle a également fait un semestre dans le service d'endocrinologie du KB où j'ai fait un clinicat en 1991. Même si j'ai fait entre temps le DU de Médecine de la Reproduction du Pr Young, c'est passionnant de discuter avec elle les dossiers d'hypophyse, des hypogonadismes hypogonadotropes, 35 ans plus tard et de mesurer l'évolution de notre spécialité !
La DJ fait les échographies de la thyroïde, de la même façon nous avons fait des écho ensemble au début, rapidement, elle est devenue autonome.
Compte tenu de son intérêt pour la thyroïde, j'ai investis dans un second échographe : le Vscan Air de chez GE qui permet de belles images de nodules thyroïdiens (5000 €). Le matériel se résume en une sonde de 250 g, les images sont acquises via Bluetooth sur une tablette et peuvent être rangées dans l'observation du patient.
L'acquisition des images en panoramique n'est pas possible : les écho de goitre supérieur à 30g environ doivent être réalisées avec un échographe classique, si on veut un calcul fiable du volume.
La DJ a appris les cotations de notre spécialité, elle utilise une carte CPE pour la facturation (E pour employé), les honoraires me sont versés intégralement, il n'y a pas de rétrocession car le DJ est rémunéré par le CHU.
La Dr Junior fait des consultations conjointes avec l'IPA (Infirmier de Pratique Avancée),
Elle présente des dossiers aux RCP thyroïde (en visio avec l'Institut Gustave Roussy), aux RCP hypophyse et RCP endocrino au CHU.
Elle a participé à une journée de dépistage du diabète sur une course organisée par la CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé).
En conclusion, la présence d'un DJ est dynamisante, demande un certain investissement en temps et argent au départ, mais compensé par le plaisir de partager des connaissances et les consultations avec des jeunes médecins bourrés de talents et de joie de vivre.

