Analyse quantifiée de la marche, AQM = clinical gait analysis (CGA)

Publié le 29 juil. 2026 à 15:43
Article paru dans la revue « AJMER / AJMERAMA » / AJMERAMA N°10

À la fin du XIXème siècle, la chronophotographie prend forme à l'initiative des travaux simultanés du médecin physiologiste français Etienne-Jules Marey et ceux de son contemporain anglais Edward James Muybridge. Cette technique scientifique permet la capture d'images très rapprochées dans le temps rendant ainsi possible la décomposition de mouvements rapides.

Marey, Etienne-Jules. Le mécanisme du vol des oiseaux éclairé par la chronophotographie La nature : revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, n°757 - décembre 1887, p.8-14.

Si la chronophotographie permet une première description de la course ou la marche, elle va peu à peu s'enrichir des évolutions technologiques (informatique notamment) afin de laisser sa place à un enregistrement tridimensionnel du mouvement au sein d'un examen de plus en plus standardisé que nous appellerons alors analyse quantifiée de la marche (AQM).
L'AQM met en relation le mouvement des articulations/segments de membres lors de la marche avec les différentes forces appliquées, l'activité électromyographique des muscles, ainsi que le tableau clinique d'un patient. L'objectif étant alors de caractériser et comprendre les troubles de la marche pour guider la prise en charge. Le cycle de marche débute par convention au premier contact du pied avec le sol, avec environ 60 % de phase d'appui, dont 20 % de double appui, et 40 % de phase oscillante.
Pour permettre une bonne interprétation de l'analyse, un temps clinique d'examen sur table est d'abord nécessaire afin de faire préciser les valeurs anthropométriques, les amplitudes articulaires, la force motrice, ou la spasticité éventuelle. De même, l'anamnèse et d'éventuels examens complémentaires venant parfaire la compréhension du tableau clinique trouvent toute leur place.
Pour permettre sa mise en œuvre, l'AQM comprend un recueil synchronisé selon différents systèmes d'enregistrement (cf. tableau).


Analyse quantifiée de la marche, AQM = clinical gait analysis (CGA)

Après traitement des données brutes à l'issue de l'examen, les résultats sont exprimés sous la forme de courbes en fonction du pourcentage du cycle de marche (dans le plan sagittal-frontal-horizontal), avec reconstruction 3D et représentation du centre de pression. Il est aussi possible d'afficher le podoscope statique, voire dynamique.

L'analyse des groupes musculaires diffère selon :
• L'activation en chaîne cinétique ouverte ou fermée : prenons l'exemple du triceps sural qui est fléchisseur plantaire de cheville en CCO, mais qui va tracter le genou en arrière en CCF, expliquant ainsi le genu recurvatum pouvant se développer en cas d'équin de cheville.
• Leur activation en mode excentrique ou concentrique : prenons l'exemple du triceps sural qui vient freiner l'avancée de la jambe en excentrique en première partie de phase d'appui, tandis qu'il va permettre la propulsion par une flexion plantaire concentrique en fin d'appui.
Concernant l'interprétation, il est important de garder en tête que les paramètres cinématiques, cinétiques et EMG sont "vitesse de marche-dépendants" : l'analyse initiale des paramètres spatio-temporels est donc essentielle.
En mettant en lien l'ensemble de ces éléments, il est important de réussir à comprendre si les troubles mis en lumière relèvent d'un défaut primaire (cibles thérapeutiques) ou d'une compensation dite secondaire ou adaptative qu'il faudra souvent respecter au risque de détériorer davantage le schéma de marche… en sachant que la marche pathologique comprend souvent l'un et l'autre.

Analyse quantifiée de la marche, AQM = clinical gait analysis (CGA)

Principales indications de l'AQM en pratique

• Suivi de l'évolution d'un patient (échec thérapeutique, phase récupération, évolution d'une pathologie).
• Avant / après un geste temporaire (bloc moteur, toxine) ou définitif (chirurgical).
• Analyse et diagnostic de troubles complexes de la marche (enfant et adulte).
Environ 2 heures sont nécessaires pour la passation de cet examen, et environ 2h supplémentaires sont destinées au post-traitement, à l'interprétation et au choix de la stratégie à mettre en place.
Il faut malgré tout garder en tête certaines limites de cet examen, comme la précision des outils de mesure (de l'ordre du millimètre en résolution spatiale ou 5° sur le versant angulaire par exemple), ou la reproductibilité des marqueurs par exemple. Cela reste un modèle biomécanique de la marche en laboratoire et non la réalité anatomique en situation de vie.

Références
https://www.chu-lyon.fr/sites/default/files/2020_delporte_ks_marche_et_couverture.pdf
•https://pedagogie.acstrasbourg.fr/fileadmin/pedagogie/artsplastiques/Nouveau_Site/Sequences/ CHRONOPHOTOGRAPHIE.pdf
https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2015/revue-medicale-suisse-490/analyse-quantifiee-de-la-marche-mode-d-emploi
http://sofamea.org/lanalyse-quantifiee-de-la-marche-aqm/
https://www-sciencedirect-com.ezpum.scdi montpellier.fr/science/article/pii/S1779012315004775 = Kinésithérapie, la Revue. Valérie Achache. L'analyse quantifiée de la marche : un outil au service de la rééducation. Volume 16, Issue 170, February 2016, Page 38.
• https://moodle.univ-lyon1.fr/ DES de MPR - Module 3 - Pr David Gasq.

Landry DARLEY


Publié le 1785332580000