Un sujet non dichotomique

Publié le 02 déc. 2025 à 09:29
Article paru dans la revue « SNPST » / SNPST N°73

Le Dr David Mussard, médecin du travail et conseiller technique national Risque Chimique à la caisse centrale de MSA, est venu discuter des pesticides à notre congrès. En plus d'être un sujet médico-scientifique complexe et en constante évolution grâce aux nouvelles données toxicologiques régulières, il est aussi un sujet brûlant de politique française et européenne avec le maintien nécessaire d'une compétitivité de l'agriculture communautaire.

Les pesticides regroupent 3 familles de molécules : les produits phytosanitaires (pour le traitement et la protection des cultures), les biocides (désinfectants, lutte contre les nuisibles) et les médicaments vétérinaires antiparasitaires externes. L'utilisation de la chimie en agriculture a pour ainsi dire toujours existé : le soufre était déjà utilisé en Grèce antique. Néanmoins, l'accélération de la production agricole d'après-guerre a marqué son grand essor. La consommation de pesticides a quasiment doublé en 30 ans en France (+28 % en Europe et +670 % en Amérique du Sud sur la même période), mais reste dans la moyenne de l'UE quand cette consommation est pondérée au nombre d'hectares agricoles du pays.

Mais les mesures prises au Grenelle de l'environnement de 2008 (dont le plan ECOPHYTO), ainsi que la mise en place de la redevance pour pollution diffuse (RPD) en 2018, dont le principe est « pollueur-payeur » ont tout de même permis d'amorcer une baisse de leur utilisation depuis 2017, accompagnée d'un effondrement de l'utilisation des produits phytos CMR1A/1B  (suite au retrait des approbations européennes et donc des AMM  pour la France).

La règlementation des produits phytosanitaires a éno­rmément évolué. Elle est contrainte d'une part par une pression sociétale forte, un principe de précaution vis-à-vis de la santé humaine, animale et environnementale, mais aussi par un lobbying très fort et souvent réfractaire aux évolutions. De plus nous faisons face à une opposition de plus en plus marquée entre la toxicologie règlementaire (création des règles et des standards) et à la toxicologie académique (se basant sur les données des sciences fondamentales récentes).

Le paradigme retenu à ce jour pour l'exposition aux ­pesticides est celui d'une exposition se voulant contrôlée car une exposition zéro semblerait illusoire. C'est d'ailleurs ce que fixe le cadre règlementaire par la définition des valeurs toxiques de référence (que ce soit dans le cadre d'exposition professionnelle, ou des populations).

Le réchauffement climatique aurait tendance à accroître le risque des pesticides sur la santé du fait de modifications physiologiques (meilleur passage de la barrière cutanée notamment du fait de l'ouverture des pores cutanés et hyperventilation en période de chaleur), mais également du fait de la prolifération de nuisibles et de l'émergence possible de maladies des plantes. Les données de la phyto-pharmacovigilance feront dans le futur sans nul doute de nouveaux liens entre pathologies graves et/ou chroniques (maladies neuro-dégénératives, cancers…) et les expositions aux pesticides.

Le FIVP (Fond d'Indemnisation des Victimes des Pesticides) et la reconnaissance en maladie professionnelle tentent de réparer une partie du préjudice subi. Mais face à tant de zones d'ombre scientifiques, règlementaires et politiques, le concept essentiel reste celui de la prévention comme seule certitude, et les professionnels de la santé au travail en sont les acteurs principaux.

Dr Mussard
en conférence. 

Publié le 1764664164000