Médecins et infirmiers en santé au travail : un secteur qui recrute par Philippe Goj

Publié le 18 sept. 2026 à 14:48

La médecine du travail manque de bras, alors que ses missions n'ont jamais été aussi larges. Pour les médecins comme pour les infirmiers, c'est une voie professionnelle à reconsidérer. Philippe Goj, président du CIAMT, explique pourquoi.

Par Philippe Goj, président du CIAMT

Quand on pense carrière en santé, la santé au travail arrive rarement en tête. Elle garde une image administrative, héritée de la « visite médicale » expédiée en quelques minutes. Cette image ne correspond plus au terrain.

Au CIAMT, service de prévention et de santé au travail interentreprises créé en 1953, 365 collaborateurs accompagnent 28 000 entreprises et plus de 408 000 salariés en Île-de-France. Et nous avons besoin de soignants.

Moins de médecins, plus de missions

Les chiffres du ministère du Travail sont clairs. La France comptait 5 108 médecins du travail en 2012 et 4 265 en 2023, soit une baisse de 15 % en dix ans. Les projections en annoncent 3 565 en poste à l'horizon 2030.
Dans le même temps, la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a élargi le champ des services : prévention de la désinsertion professionnelle, visite de mi-carrière, ouverture du suivi aux travailleurs indépendants et aux chefs d'entreprise.
Moins de médecins, plus de missions : l'équation ne se résout pas sans repenser l'organisation du suivi.

Le suivi repose désormais sur des équipes

Le médecin du travail n'exerce plus seul. Le Code du travail confie le suivi individuel des travailleurs au médecin du travail et, sous son autorité, au collaborateur médecin, à l'interne en médecine du travail et à l'infirmier. La visite d'information et de prévention, par exemple, peut être réalisée par un infirmier en santé au travail.

Autour du médecin gravitent désormais des infirmiers, des psychologues du travail, des ergonomes, des toxicologues ou des diététiciens. Au CIAMT, nous avons fait ce choix tôt : binômes médecin-infirmier dès 2000, arrivée des psychologues et des ergonomes en 2004, téléconsultation généralisée en 2019. C'est cette équipe pluridisciplinaire de santé au travail que nous continuons de renforcer.

Infirmier en santé au travail : un métier à part entière

Le métier s'est structuré. Depuis le 31 mars 2023, les infirmiers recrutés en service de santé au travail doivent suivre une formation spécifique :

• au moins 240 heures d'enseignements théoriques ;

• 105 heures de stage pratique ;

• une formation financée par l'employeur et assurée par une université ou un organisme certifié Qualiopi.

Pour un infirmier, c'est un exercice tourné vers la prévention plutôt que vers le soin aigu. Il mène des entretiens, repère les expositions professionnelles, oriente vers le médecin et participe aux actions en entreprise. C'est aussi une façon de mettre son expérience clinique au service de publics très variés.

Médecin du travail : une spécialité qui a changé

Le médecin du travail d'aujourd'hui coordonne une équipe, arbitre les situations complexes et travaille au maintien dans l'emploi des salariés fragilisés. Il est l'interlocuteur des employeurs sur les risques professionnels, bien au-delà de l'aptitude.

Les pouvoirs publics ont aussi ouvert la porte aux profils venus d'ailleurs : en 2024, 65 postes ont été ouverts en médecine du travail aux médecins diplômés hors Union européenne dans le cadre de la procédure d'autorisation d'exercice.

Ce que la santé au travail offre aux soignants

• Du sens : agir avant la maladie, pas seulement après.

• Du collectif : travailler au sein d'une équipe médicale et technique, plutôt qu'isolé.

• De la diversité : suivre des salariés de TPE comme de grandes entreprises, dans tous les secteurs.

• De la montée en compétences : formation spécifique, délégation de missions, nouveaux champs comme la désinsertion professionnelle.

Une voie d'avenir, pas une voie de repli

La santé au travail n'est pas une sortie du soin. C'est une autre manière de soigner, en amont, au plus près des conditions de travail réelles. Face au recul des effectifs médicaux, elle a besoin de soignants qui choisissent la prévention. Les services qui sauront les accueillir et les former seront ceux qui protégeront le mieux les salariés demain.

Philippe Goj est président du conseil d'administration du CIAMT, service de prévention et de santé au travail interentreprises d'Île-de-France, où il siège au titre de l'U2P.



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