
Interview du Dr M. CHOUQUET, médecin généraliste installée et chargée de mission du syndicat ReAGJIR (Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants).
Le sujet de l'augmentation croissante de la prescription des arrêts maladies prend une place considérable dans le débat public. Que pensez-vous de ce sujet ?
Dr M. CHOUQUET.- Ce sont toujours les prescripteurs qui sont visés, comme s'il suffisait de moins prescrire d'arrêts de travail.
Ce qui est souvent médiatisé comme message c'est que les patients abusent et que les médecins généralistes ne savent pas dire non aux arrêts maladie ! Et que les médecins de contrôle mandatés par les employeurs et/ou la CPAM sont là pour rattraper les bêtises… Mais nous sommes loin de la réalité !
On a plutôt des gens qui refusent des arrêts qui seraient nécessaires, ou alors qui veulent retourner au travail mais les conditions sont dégradées et ne permettent pas de reprendre. Pour moi c'est sur ce levier qu'il faut agir pour réduire la durée des arrêts de travail.
Pensez-vous que la santé au travail pourrait être une pierre angulaire pour comprendre et jouer sur ce sujet de la hausse des arrêts maladie ?
Dr M. C.- La santé au travail a forcément un rôle prépondérant dans cette équation.
Dans ma pratique une part importante des motifs des arrêts de travail ont très souvent un lien plus ou moins direct avec le travail.
Le lien le plus évident ce sont les métiers pénibles physiquement, et au final il est parfois plus facile de contacter le médecin du travail afin de savoir si des aménagements ergonomiques sont possibles, il y a des tableaux bien fléchés de maladie professionnelle.
Pour ce qui est des motifs psychologiques des arrêts de travail, c'est beaucoup plus complexe car nous n'avons que les allégations de patients, il est plus difficile à saisir les sujets liés à l'organisation du travail, mais la souffrance décrite peut tout de même s'apparenter clairement à de la souffrance au travail et donc possiblement liée à des conditions de travail.
Personnellement, j'invite assez rapidement les patients à prendre contact avec leur médecin du travail.
Concernant les déclarations en AT/MP des pathologies de santé mentale, êtes-vous à l'aise sur ce sujet ?
Dr M. C.- J'avoue être assez peu à l'aise avec ce sujet. À la fac et en FMC on nous apprend que dans les arrêts on ne doit pas établir de lien d'imputabilité avec le travail déjà donc on a l'impression d'aller trop loin dans notre interprétation. J'ai aussi peur que si l'AT est refusé on puisse demander au patient de rembourser des indemnités journalières. Par contre je suis toujours très agacée quand des patients me rapportent que leur employeur a refusé de déclarer un AT ! Certes ils peuvent le faire eux-mêmes auprès de la CPAM mais cela est parfois un parcours difficile pour certains patients.
Je pense que le sujet de la sous-déclaration des AT/MP devrait avoir une place dans le débat public car la sous-déclaration contribue à augmenter les dépenses d'IJ du régime général, et ça améliorerait la réparation des patients. En tant que généralistes nous devrions sûrement être plus sensibles à cette déclaration pour les pathologies de santé mentale.
Comment souhaiteriez-vous qu'évoluent les liens et la coopération entre nos deux spécialités ?
Dr M. C.- Des liens certains existent et doivent exister entre nos spécialités.
Pour certains patients, notamment en arrêts de travail longs, il pourrait être important que soit créée une sorte de RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire), comme à l'hôpital, pour discuter ensemble médecin traitant, médecin du travail et médecin conseil.
Enfin, il faudrait inclure dans la formation initiale de médecine générale des stages ou des cours théoriques sur les missions des professionnels de la santé au travail afin que nous en ayons tous une meilleure connaissance, pour mieux connaître vos missions. La fac d'Angers a mis ça en place par exemple.
Par F. MASSON

