
Tout juste diplômé de Médecine Générale, remplaçant et Médecin Capitaine chez les pompiers du SDIS 79 (Service Départemental d'Incendie et de Secours des Deux-Sèvres), j'ai eu la chance de pouvoir aller aider la population de Mayotte après le passage du cyclone Chido. Ce dernier a balayé l'île le 14 décembre dernier, se montrant particulièrement dévastateur. Je postule dès le 15 pour me mettre à disposition si nécessaire et m'envole pour l'île de La Réunion le 16 au soir.
Nous sommes environ 90 pompier·ères et militaires de la Sécurité Civile venues de toute la France et notre mission sera de mettre en place et de faire tourner l'ESCRIM, l'Élément de Sécurité Civile Rapide d'Intervention Médicale. Il s'agit d'un hôpital mobile autonome pouvant se déployer sur tous les terrains. Parmi les personnels, on compte des réanimateur·ices, des IDE, des IADE, des IBODE, un chirurgien, des urgentistes, des logisticien·nes, une sage-femme et… un seul Médecin Généraliste !

L'équipe de la Sécurité Civile
L'ESCRIM nécessite une très grande logistique et des moyens importants de transport (5 avions A400M) et, dans le même temps, les capacités d'accueil de l'aéroport de Mayotte, très endommagé par le cyclone, sont réduites et la priorité est mise au transport d'eau et de nourriture pour les populations. Nous patientons donc dans une base militaire réunionnaise, ce qui nous permet de réviser des protocoles peu utilisés dans nos exercices quotidiens mais pouvant se révéler utile dans le contexte (chikungunya, choléra, dengue, …) et de renforcer notre cohésion.
Finalement nous sommes parties pour Petite Terre où se trouve l'aéroport de Mayotte le 22 décembre à bord d'un Dash-8 Q400 de la Sécurité Civile ! L'ESCRIM se positionne sur le stade synthétique de foot de Mamoudzou, sur Grande Terre. Nous nous y rendons en bus avec traversée entre les îles en barges. Nous découvrons l'étendue des dégâts durant ce trajet. Ils sont colossaux : maisons et routes détruites, végétation totalement couchée, barges et bateaux échoués…

L'équipe de la protection civile sur le tarmac
Tout le monde met la main à la pâte pour installer l'ESCRIM, quel que soit son métier et sa formation, de jour comme de nuit, avec une température moyenne de 30°C et une humidité de 80 %. L'objectif est de rendre la structure opérationnelle le plus vite possible. Elle comprend plusieurs box d'urgence, un espace gynécologie, une pharmacie, 2 blocs opératoires, une réanimation, un espace de stérilisation et même un espace de radiologie. L'organisation étant autonome, nous devons également monter les tentes de vie et de restauration, le matériel d'épuration d'eau et de gestion des déchets ainsi que les lieux d'hygiène.

L'ESCRIM
Comme un cadeau de Noël, nous avons pu ouvrir et accueillir les premier-es patientes le 24 décembre. Nous étions attendues puisque nous verrons plus de 150 patientes dès le premier jour, dont un accouchement imprévu ! La climatisation n'étant pas encore installée, il fait 38°C sous les tentes. En tant que seul Généraliste, je suis affecté quasiment uniquement à la pédiatrie, où je vois un grand nombre d'enfants et une grande diversité de pathologies. Nous tournons en garde de 12h de jour ou de nuit sur les différents postes. Avec plus de 250 passages par jour pour une structure dimensionnée pour 100, nous installons rapidement un Poste Médical Avancé à l'entrée permettant de traiter rapidement les patientes les moins graves.
Nous quittons finalement le territoire le 31 décembre après l'arrivée de l'équipe de relève, mais l'ESCRIM est resté en place jusqu'à fin février 2025, permettant au Centre Hospitalier de Mayotte et aux différents dispensaires d'être réparés.
Cette mission a été une aventure humaine incroyable pour moi, autant sur le plan médical que relationnel ! À l'opposé de mon quotidien de Médecin généraliste classique.
Je vous encourage à vous engager en tant que médecin car notre aide peut faire une grande différence !
Rédigé par
Clément PORCHER

