Prévention HPV et vaccination - Une mission prioritaire pour la société française de colposcopie et pathologie cervico-vaginale

Publié le 14 oct. 2026 à 10:18
Article paru dans la revue « SYNGOF / Les cahiers du SYNGOF » / Les cahiers du SYNGOF N°119

La vaccination des adolescents a démontré son efficacité pour la protection contre plusieurs cancers liés aux HPV : col de l'utérus, vulve, anus et ORL.

Prévention HPV et vaccination - Une mission prioritaire pour la société française de colposcopie et pathologie cervico-vaginale

Interview du Dr Julia MARUANI

En France, la couverture vaccinale des jeunes filles et jeunes garçons demeure insuffisante malgré l'entrée en vigueur de la campagne de vaccination gratuite non obligatoire en collège depuis 2023. La SFCPCV, sous la présidence de Julia Maruani, fait de la sensibilisation à la vaccination une mission prioritaire pour les trois années à venir.

SYNGOF : Pouvez-vous nous rappeler les missions de la Société française de Colposcopie et pathologie cervico-vaginale (SFCPCV) ?
Dr J. Maruani : La Société française de Colposcopie et pathologie cervico-vaginale a été fondée en 1977 par Fernand Coupez. Nous célèbrerons les 50 ans de l'association l'année prochaine. Elle regroupe des médecins impliqués dans les pathologies cervico-vaginales : gynécologues, anatomopathologistes, chirurgiens gynécologiques et médecins généralistes.

La société poursuit deux axes majeurs : tout d'abord l'enseignement, à destination des médecins au niveau regional et national : congrès, soirées de formation, DPC et ateliers pratiques sont proposés sous l'égide de la SFCPCV. Et parallèlement, la diffusion d'informations sur les pathologies liées aux papillomavirus (HPV) et leur prévention, à destination des professionnels et des patients (site web, FAQ, fiches d'information).
Gynécologue médicale à Marseille, spécialisée en pathologie cervicovaginale liée aux Human Papilloma Virus et en pathologie vulvaire dermatologique et infectieuse.

S. : La prévention HPV est un enjeu de santé public avec l'entrée en vigueur de la vaccination dès le collège. Où en est-on en France ?
Dr J. M. : La prévention des pathologies HPV-induites repose sur trois piliers : la vaccination des adolescents, le dépistage (cytologie ou test HPV) et le traitement des lésions précancéreuses. En 2023, la France a proposé la vaccination gratuite et non obligatoire en collèges, calquée sur des pays européens ayant dépassé 80 % de couverture. Cela a amélioré les taux, mais demeure insuffisant. Atteindre 80 % pourrait prendre encore plusieurs années si l'on se base sur les données 2025 de Santé

Publique France pour les adolescents de 15 ans : 60 % des filles et 46 % des garçons ont reçu au moins une dose, nous sommes loin des 80-90 % atteints dans de nombreux pays à revenus élevés. La France progresse de 3-4 % par an, ce qui reste insuffisant.

S. : Concernant le dépistage et le diagnostic, comment sont répartis les rôles entre les professionnels de santé ?
Dr J. M. : Il est essentiel de délimiter les deux champs de compétences : dépistage et diagnostic.
En ce qui concerne le dépistage, tous les professionnels de santé impliqués dans la santé des femmes (sages-femmes, médecins généralistes, gynécologues) peuvent le réaliser (cytologie, test HPV). En cas d'anomalie clinique (par exemple, un col visuellement anormal ou une lésion vulvaire) ou de test de dépistage anormal, les sagesfemmes et médecins généralistes orientent les patientes vers des médecins specialistes.

La colposcopie est l'examen diagnostic en cas d'anomalie. Elle est effectuée par des médecins ayant un diplôme spécifique de colposcopie (gynécologues ou médecins généralistes formés).

Un mot sur l'auto-prélèvement pour le dépistage : il est possible pour le dépistage par test HPV à partir de 30 ans uniquement et reste peu répandu en France. Il est utile quand un examen gynécologique est refusé par la patiente ou difficile (handicap, contraintes logistiques). Certains pays utilisent de plus en plus l'autoprélèvement mais la France pour l'instant privilégie le prélèvement par un professionnel au cours d'une consultation qui permet un échange plus large que le simple dépistage. L'auto-prélèvement est amené à se développer notamment pour les patients vivant en zones où l'accès à un professionnel de santé est limité afin d'augmenter la participation au dépistage du cancer du col.

S. : Vous évoquiez une vaccination encore insuffisante chez les adolescents. Comment souhaitez-vous contribuer à son développement ?
Dr J. M. : En effet, pour mes trois années de mandat, je me fixe comme priorité de mettre en oeuvre des actions d'information pour tenter d'augmenter significativement la couverture vaccinale des 11–14 ans en France. Il est essentiel de former les praticiens et d'informer le grand public sur l'efficacité de la vaccination pour se protéger contre plusieurs cancers liés aux HPV : col de l'utérus, vulve, anus et voies aérodigestives supérieures (ORL). La cible principale de la vaccination concerne les enfants de 11–14 ans (avant le début de la vie sexuelle), avec un rattrapage possible jusqu'à 26 ans dont l'efficacité est inférieure.

Le besoin crucial est d'offrir une information fiable et compréhensible aux parents et adolescents pour faciliter la décision vaccinale, en soulignant l'efficacité et l'innocuité du vaccin et la “perte de chance” en cas de non-vaccination.
Nous allons déployer plusieurs actions dans ce sens avec un effort particulier pour la formation des professionnels de santé afin qu'ils intensifient la sensibilisation des parents et des jeunes, et une mobilisation des médias et des réseaux sociaux.

Plus d'informations : https://www.societe-colposcopie.com/

Publié le 1791965913000