
Dr Bernard SALENGRO
Expert confédéral CFE-CGC
Pôle santé au travail, conditions de travail, handicap
Président du syndicat CFE-CGC santé au travail
De : E.. D… Date : mardi 6 septembre 2016 15:47
À : bernard salengro , « L…., A…. Objet : Demande Avis sur la CMT
Cher Confrère, Cher Collègue
Notre service de santé au travail est doté d’une Commission médico-technique comme cela est prévu par les textes de loi.
Ci-dessous, vous trouverez les missions de la CMT telles que mentionnées dans notre règlement intérieur :
• En fonction des dispositions de l’article L. 4622-13 du code du travail, la Commission Médico Technique du Service de Santé au Travail Interentreprises a pour mission de formuler des propositions relatives aux priorités et aux actions à caractère pluridisciplinaire conduite par ses membres.
• En fonction des dispositions de l’article L. 4622-14, la Commission Médico Technique du Service de Santé au Travail Interentreprises élabore un projet de service qui définit les priorités d’actions pluriannuel du service conduites par ses membres. dans le cadre du contrat d’objectifs et de moyens prévu à l’article L. 4622-10. Le projet est soumis à l’approbation du conseil d’administration.
• En fonction des dispositions de l’article D. 4622-28, la Commission Médico Technique prévue à l’article L. 4622-13 élabore le projet pluriannuel de service. Elle est informée de la mise en œuvre des priorités du service et des actions à caractère pluridisciplinaire. Elle est en outre consultée sur les questions relatives :
- A la mise en œuvre des compétences pluridisciplinaires au sein du Service de Santé au Travail ;
- A l’équipement du service ;
- A l’organisation des actions en milieu de travail, des examens médicaux et des entretiens infirmiers ;
- A l’organisation d’enquêtes et de campagnes.
Aux modalités de participation à la veille sanitaire ; elle peut également être consultée sur toute question relevant de sa compétence.
« Le fonctionnement, la composition et les modalités de mise en place de la Commission Médico Technique sont repris dans la Circulaire DGT / n°13 du 9 novembre 2012 ; au chapitre I de « L’Organisation des Services de Santé au Travail », sous section 1.2.4 « La Commission Médico Technique, une instance professionnelle ».
Cette commission est composée de médecins, infirmières, assistants en santé au travail, secrétaires, intervenants en prévention des risques professionnels. Le nombre de représentants par profession dans cette commission dépend du nombre de salariés de cette profession dans le service.
Compte tenu des évolutions démographiques en santé travail (diminution du nombre de médecins du travail, augmentation du nombre de collaborateurs non médecins), les médecins sont maintenant minoritaires au sein de l’instance.
Les médecins restent légalement coordinateurs de l’équipe pluridisciplinaires et donc responsables à notre sens des orientations stratégiques à matières de prévention et de santé. Si les décisions de cette commission sont prises à la majorité des voix, chaque membre disposant d’une voix quelle que soit sa profession, des décisions importantes pourraient être prises contre l’avis du corps médical et le corps médical pourraient se trouver à devoir coordonner une équipe pluridisciplinaire sur la base de projets établis par l’équipe et non par le corps médical. Cette situation, certes théorique pour l’instant, nous inquiète et nous souhaiterions avoir votre avis à ce sujet.
Par ailleurs, si cette instance intervient dans des décisions pouvant impacter l’activité de l’ensemble des médecins (via les orientations stratégiques, le matériels…), il nous semble important que chaque médecin conserve son indépendance médicale.
Par exemple, il nous parait impensable que des médecins se voient dicter des modèles d’ordonnances (avec la forme et le contenu) sur la base de ce qu’une commission composée de médecins et de non médecins aurait pu décider.
Nous souhaiterions avoir également votre avis à ce sujet.
Confraternellement.
Dr S. G
Médecin du travail.
Membre titulaire de la CMT.
DS CFE CGC
Dr E. D
Médecin collaborateur.
Membre suppléant de la CMT.
DS CFE CGC
Tél : 06……
Bonjour,
Je suis un peu débordé par la préparation des décrets à venir et n’ai pas pris le temps de reprendre encore toutes vos questions Cependant le texte est clair, devant le juge ce sera le médecin que l’on interpellera, on a d’ailleurs fait un colloque sur le sujet que je vous invite à visionner : https://www.youtube.com/playlist?list=PL6PX8JdMtcP7T6Qmt5VVAtjv09uFCLx-5
Certes, le service a une mission mais cette mission est assurée par l’équipe pluridisciplinaire disent clairement les textes et cette équipe c’est le médecin qui l’anime et la coordonne.
Tout doit en découler.
À bientôt,
Confraternellement
Bonjour,
Je reprends votre message, effectivement sur la base démocratique d’un homme une voix, les médecins pourraient se retrouver minoritaires sur des projets inacceptables.
Ce n’est pas par hasard que notre syndicat le SGMPSST (ou santé au travail CFE-CGC), suivi par la confédération CFE-CGC réclame que les services de santé au travail aient un contrôle plus sérieux de leur fonctionnement ! L’agrément n’a qu’une valeur de sabre de bois puisque de nombreux services fonctionnent sans et la gouvernance est toujours patronale !
Nous réclamons que l’agrément ait un réel pouvoir sur le service comme le réclame également la cour des comptes et nous réclamons un conseil d’administration des services qui soit réellement paritaire avec alternance de la présidence employeur salarié.
Ceci dit si les textes rappellent que le fonctionnement des services est bien assuré par l’équipe pluridisciplinaire elle-même animée et coordonnée par le médecin du travail et par ailleurs que le rôle du médecin du travail est bien prescrit (art. R. 4623-1) de même que son statut d’indépendance est bien conforté (art. L. 4623-5), il est rappelé explicitement dans la circulaire que « le directeur (1.2.3) est le responsable hiérarchique de l’ensemble du personnel du SSTI, dans le respect des règles déontologiques s’imposant aux médecins du travail et autres professionnels de santé ainsi que du principe d’indépendance du médecin du travail. ». Une petite analyse de l’art. L. 4622-10 est utile :
Les priorités des services de santé au travail sont précisées, dans le respect des missions générales prévues à l’article L. 4622-2, des orientations de la politique nationale en matière de protection et de promotion de la santé et de la sécurité au travail, d’amélioration des conditions de travail, ainsi que de son volet régional, et en fonction des réalités locales, dans le cadre d’un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens conclu entre le service, d’une part, l’autorité administrative et les organismes de sécurité sociale compétents, d’autre part, après avis des organisations d’employeurs, des organisations syndicales de salariés représentatives au niveau national et des agences régionales de santé.
Notez
1° Ce passage :
« dans le respect des missions générales prévues à l’article L. 4622-2 », passage qui a été rajouté à la demande de la CFE-CGC et qui précise bien que le but général du service est prioritaire ou du moins ne peut passer au second plan.
2° Le passage suivant concerne le respect du PST national et du PRST régional qui concerne tout le monde et qui a bénéficié des avis de la CFE-CGC dans les instances correspondantes du COCT, pour peu qu’on l’ait mobilisé sur le sujet.
3° On évoque ensuite le CPOM conclu entre le service (ou siège un administrateur CFE-CGC qu’il faut tenir au courant, voire former aux jeux et subtilité de la santé au travail), l’autorité administrative et les organismes de sécurité sociale (dans lesquels siègent de droit des administrateurs nommés par la CFE-CGC qu’il faut là aussi tenir au courant et mobiliser) et il est précisé après avis des organisations nationales représentatives, là aussi il faut solliciter la CFE-CGC au niveau national par le biais de son représentant politique national dédié à la santé au travail, c’est-à-dire le Dr Martine Keryer qui a pris ma suite il y a quelques années et qui pourra répercuter votre message.
Le médecin anime et coordonne donc, il ne dirige pas (ce qui était la première version du texte du sénat) l’équipe pluridisciplinaire tandis que le directeur met en œuvre les actions approuvées par le conseil d’administration en lien avec l’équipe pluridisciplinaire (art. L. 4622-16).
Comme vous le faites remarquer les textes concernant la commission médico-technique permettent de créer des situations inacceptables pour les médecins qui ne sont plus seuls porteurs de la mission comme dans les textes de 1946.
La situation créée par les nouveaux textes de 2012 introduit de nouveaux modes de fonctionnement :
- Il devient nécessaire de sensibiliser et de tenir au courant les différents acteurs pouvant intervenir comme les autres membres de l’équipe pluridisciplinaire ainsi que les administrateurs en particulier salariés, mais pas seulement, les membres de la commission de contrôle, le médecin inspecteur du travail et éventuellement les responsables d’union départementale des partenaires sociaux et les représentants de la CFE-CGC qui siègent à la sécurité sociale (carsat), ainsi que le délégué national de la confédération.
- Il est très important d’être vigilant quant à la rédaction du règlement intérieur que la DGT, lors de l’élaboration du texte, n’a pas voulu préciser. La position alors émise par la CFE-CGC était que la présidence de la commission médico-technique devait revenir à un médecin élu par ses pairs.
- Il paraît impensable que des documents comme les ordonnances utilisées par les seuls médecins ne soient pas conformes à leurs souhaits, la sollicitation de l’Ordre des médecins est une éventualité qu’il ne faut pas rejeter
Le problème que vous soulevez a été le fondement du colloque d’octobre dernier pour lequel je vous avais envoyé le lien et la question avait été posé à deux professeurs de droit « qui sera devant les juges pour la prochaine affaire amiante : le médecin du travail, le directeur ou le président ? », la réponse a été sans hésitation ce sera le médecin du travail car le plus sachant et le plus protégé !
Voilà les réflexions que m’inspire votre question qui n’est pas épuisée et qui nécessitera la vigilance de notre syndicat.
Dr Bernard SALENGRO
Expert confédéral CFE-CGC
Pôle santé au travail, conditions de travail, handicap
Président du syndicat CFE-CGC santé au travail
Article paru dans la revue « Syndical Général des Médecins et des Professionnels des Services de Santé au Travail » / CFE CGC n°54

