
La question des conditions de travail et des droits des internes en médecine quitte rarement la sphère hospitalo-universitaire, excepté en cas de grève nationale. En novembre 2025, le service des urgences du CHU de Caen a fait malgré lui la Une des médias nationaux et locaux en perdant son agrément pour accueillir les internes faute d'encadrement senior suffisant. Les journalistes évoquent un « système hospitalier en souffrance » et les internes en médecine sont présentés (et c'est un fait – même si ça n'est pas censé être le cas dans la loi) comme « indispensables » pour faire tourner l'hôpital public.

AG de Lille décembre 2025.
Angélique Le Douarin, juriste à l'ISNI, se souvient bien de ce dossier. « L'ISNI est intervenue en soutien au Syndicat des Internes Bas-Normands (SIBN) pour apporter son poids au niveau national car les choses ne bougeaient pas au niveau local malgré les alertes répétées du SIBN auprès de l'établissement hospitalier, de l'ARS et de la faculté de médecine », explique-t-elle. En amont, durant des mois, l'équipe du SIBN a fait « un énorme travail pour documenter la situation et pour récupérer les plannings afin d'avoir des pièces qui confirment le manque de seniorisation chronique », précise la juriste de l'ISNI. Grâce à ce travail d'équipe, les internes ont été redéployés dans les services des urgences des hôpitaux périphériques. Le service du CHU de Caen a récupéré son agrément en mai dernier, « mais la situation est hautement surveillée », ajoute Angélique Le Douarin.
Défendre le droit de tous les internes à poursuivre leur cursus
Dans son rôle de défense des droits des internes, l'ISNI accompagne aussi les internes en situation de handicap et/ou présentant un suivi poussé relatif à leur santé. Carla Magaud, chargée de mission Handicap à l'ISNI pour 2025/2026 a accompagné un néo interne en amont de son premier semestre d'internat. L'objectif était d'assurer une intégration la plus optimale au sein de sa nouvelle subdivision et lui permettre de continuer son suivi médical lourd. Un travail transversal car il a fallu prévenir les autorités locales, demander des aménagements de stage, prendre contact avec le service de la médecine du travail, le terrain de stage, etc. Un cas qui n'est pas aussi isolé que l'on pourrait croire, les internes en médecine, comme le reste de la population étudiante et professionnelle française, sont aussi touchés par le handicap.
En septembre 2025, l'ISNI mettait en lumière les chiffres du handicap chez les internes : parmi les internes en situation de handicap, 39,1 % déclaraient un handicap psychique, 27,6 % une maladie invalidante, 21,7 % un handicap mental et 13,6 % un handicap physique et moteur. Ces résultats ont été rendus possibles grâce à la première enquête nationale menée sur les internes et le handicap. Car l'ISNI sert aussi à cela : travailler sur des sujets de fond pour mieux connaître les
internes, leurs besoins, leur état de santé physique et mentale puis communiquer à travers des guides, des enquêtes, des communiqués de presse, des posts sur les réseaux sociaux ou des articles dans le magazine.

Mme Macron, qui a rencontré les étudiants en santé à Santexpo a reçu une lecture de choix.

Table ronde animée par l'ISNI et l'ISNAR-IMG sur les problématiques rencontrées par les jeunes médecins pendant Santexpo.

À Santexpo, (de gauche à droite) : Nicolas DOUDEAU, VP Affaires Juridiques,
Angélique le DOUARIN, juriste et Jérémie LESPINASSE, secrétaire général.

Représentation de l'ISNI au congrès annuel du World Medical Association avec Kilian L'HELGOUARC'H, président ISNI 2024/2025 (à gauche) et Arthur PONCIN, président en 2026.

C'est ainsi que l'ISNI a largement communiqué en 2024 sur la santé mentale des internes en médecine suite à une enquête co-pilotée avec l'ISNAR-IMG et l'ANEMF. Les résultats furent édifiants : 52 % des internes évoquaient des symptômes anxieux, 27 % des épisodes dépressifs et 21 % avaient déjà eu des pensées suicidaires au cours de l'année écoulée…
Alerter les pouvoirs publics
L'ISNI communique et alerte régulièrement les pouvoirs publics de l'importance de la santé mentale des internes en médecine et relaie les numéros et les dispositifs d'aide sur son site et les réseaux sociaux. Des dispositifs en soutien aux syndicats locaux qui se sont, pour beaucoup, investis en créant des lignes d'écoute pour les internes. D'autres initiatives, plus générales, permettent aux internes de souffler comme celle des week-ends Guérir en mer, relayée dans le magazine de l'ISNI de février 2026. Parfois, la préservation de la santé mentale d'un interne passe aussi par un changement de spécialité (droit au remords) ou de subdivision en cas de motif impérieux. « Le motif impérieux est examiné au cas par cas, souligne Angélique Le Douarin, juriste de l'ISNI. Il peut s'agir d'un interne qui doit se rapprocher d'un proche de sa famille malade dont il est aidant, de l'extraction de son stage actuel hostile en cas de plainte pénale pour harcèlement ou de difficultés liées à la santé mentale ».

« Finalement, l'ISNI c'est nous, mais c'est surtout vous ! abonde Arthur Poncin, président de l'ISNI. Tout ça est rendu possible grâce à des dizaines d'internes qui, bénévolement, prennent de leur temps pour faire avancer nos conditions d'études et d'exercice. Tant d'avancées ces quasi 60 années d'ISNI : le repos de sécurité, les revalorisations salariales (les gardes après le COVID), les repos compensateurs et demi-journées de formation, la parentalité (surnombres, extension de l'absence autorisée), les autorisations spéciales d'absence début juillet (enfant malade, allaitement, décès d'un proche, PACS et mariage), le handicap… Tout ça n'est possible qu'avec des internes motivés pour rejoindre les syndicats locaux et l'ISNI ! ».


