La Santé Globale, tu connais ?

Publié le 16 oct. 2025 à 09:59
Article paru dans la revue « ISNAR - L'antidote . » / ISNAR-IMG - L'Antidote N°42

T'es-tu déjà demandée comment avoir une pratique plus éco-responsable? Comment mieux soigner les patientes issues de populations minorisées ? Ou peut-être comment l'état du domicile de ton·a patiente impacte sa maladie pulmonaire ?

Si tu t'es déjà retrouvé·e confronté·e à l'une de ces situations, de près ou de loin, alors tu as déjà entamé une réflexion sur la Santé Globale.

La Santé Globale est un terme « parapluie » qui englobe plusieurs autres concepts comme “Une Seule Santé”, “Santé planétaire” ou encore “Santé mondiale”.

Derrière ces termes savants se cachent des réalités concrètes, des problématiques auxquelles tous les médecins sont — ou seront — confrontées. Il semble désormais difficile d'imaginer exercer sans s'investir dans ce domaine. C'est pourquoi nous avons fait de la Santé Globale la thématique de notre congrès 2025, dont vous pouvez retrouver tous les replays sur Youtube et Spotify pour mieux cerner ces enjeux et vous y former !

On pourrait croire que pour aborder ces vastes sujets, il faut forcément réunir sociologues, journalistes, économistes, ethnologues… Mais ce travail commence aussi avec nous. Rythmées par les catastrophes climatiques, les mouvements de population et les pandémies, nos sociétés évoluent — et nous devons nous préparer à soigner dans ce monde en mutation.

Le Think Tank Santé Globale 2030, réunissant pionnieres et expertes françaises, a émis des recommandations pour mieux anticiper la santé de demain. Parmi celles-ci : la création et le renforcement de formations diplômantes en Santé Globale.

Mais concrètement, pour une interne en Médecine Générale, à quoi cela peut-il ressembler ?

Nous sommes allés à la rencontre de Maryna et Sonia, deux internes en deuxième semestre de médecine générale à Grenoble. Elles ont rejoint leur syndicat local d'internes : Aravis, membre du réseau de l'ISNAR-IMG !

Rencontre avec Maryna et Sonia, internes engagées à Grenoble

Qui êtes-vous, et comment l'écologie est-elle entrée dans vos vies ?
Maryna.- Hello, moi c'est Maryna ! Pour me décrire rapidement : je suis un petit gnome à lunettes d'1m50, passionnée de bonne bouffe, d'animaux et de randonnée (d'où mon choix de subdivision, ahah).

L'écologie est entrée dans ma vie un peu par hasard, sans déclic précis. C'est surtout à partir de la P2-D1, via les réseaux sociaux, que j'ai commencé à m'y intéresser. J'ai suivi de plus en plus de comptes engagés, regardé des vidéos, puis peu à peu, j'ai modifié mes habitudes : j'ai réduit ma consommation de viande, privilégié le bio et les produits de saison, adopté des objets zéro déchet… et j'ai arrêté de prendre l'avion.

Aujourd'hui, j'essaie encore de faire évoluer mon quotidien, de m'informer et de m'engager à mon échelle.

Sonia.- Salut ! Moi, c'est Sonia. Disons que je suis plutôt un petit troll de 1m63, amoureuse de la montagne et de la forêt sauvage.

J'ai grandi dans une famille très engagée : ma mère travaille au PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement), mon père fait de la permaculture et anime des ateliers nature.

Au lycée, j'étais investie dans l'association de développement durable de mon établissement, dans le cadre d'« Agenda 21 ».

Mon engagement personnel s'est renforcé en 2018, quand j'ai calculé mon empreinte carbone. J'ai ensuite découvert l'écoféminisme et la convergence des luttes. À la fac de médecine de Lyon Est, j'ai rejoint l'association Feeling Vibes » : on organisait des disco-soupes, des ateliers DIY, un compost, des distributions de protections menstruelles réutilisables et des ciné-débats. J'ai fait une pause associative entre la 4e et la 6e année, mais je suis ravie de reprendre aujourd'hui avec le pôle DÉDÉS d'ARAVIS.

 

La Santé Globale, tu connais ?

Sonia

Qu'est-ce que le pôle DÉDÉS ?
Maryna & Sonia.- DÉDÉS, c'est l'acronyme de « Diversité, Écologie, Développement et Engagement Solidaire ». On voulait créer un pôle tourné vers la convergence des luttes, capable de porter des actions transversales. L'écologie seule, c'est un arbre isolé dans un champ. Il faut toute une forêt pour créer un écosystème stable et résilient.

D'où est venue l'idée de ce projet, et qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer ?
Maryna.- Un peu par hasard aussi ! Avec Sonia, on était colocataires pendant notre premier semestre, et on s'est tout de suite très bien entendues.

J'ai rencontré beaucoup de membres du bureau d'ARAVIS pendant le week-end d'intégration et les journées à la fac, et ils m'ont donné envie de m'impliquer dans l'association.

Avant, le pôle s'appelait « écologie et culture ». L'écologie prenant de plus en plus de place dans ma vie, j'ai eu envie d'agir autrement.

J'avais aussi besoin d'un engagement modulable, pour garder un équilibre avec ma vie perso — surtout après l'externat, ahah !

Sonia.- Pareil : j'avais envie de m'engager, mais avec la liberté de choisir mon niveau d'implication.
J'ai longtemps hésité à militer hors du milieu médical, mais j'ai été touchée par la dynamique et la bienveillance du bureau d'ARAVIS. J'ai eu envie de faire partie de l'aventure.

Quels sont les projets que vous avez mis en place ou que vous souhaitez développer ?
Maryna & Sonia.- Pour l'instant, tout est encore en train de se structurer, mais plusieurs idées concrètes ont déjà vu le jour !

On a lancé un projet de création de t-shirts personnalisés pour chaque pôle de l'association. L'idée, c'est de récupérer des t-shirts qu'on ne porte plus ou d'en trouver d'occasion, puis de les customiser ensemble avec la technique du cyanotype, un processus d'impression photo. On prévoit de faire ça lors du week-end cohésion du bureau — à la fois écolo, fun et fédérateur !

Prévention en soirée
On va diffuser des affiches de sensibilisation contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), mises à disposition par l'association Serein.e.s.

En parallèle, on va proposer du matériel de prévention contre les IST, en partenariat avec l'association AIDES.

On aimerait aussi intégrer une sensibilisation à ces thématiques lors du week-end d'intégration des nouveaux internes.

Au début de l'année, une co-interne a lancé un groupe WhatsApp pour les internes intéressé·es par la prise en charge sociale de tout type de patient·es : minorités, personnes racisées, victimes de VSS, précarité extrême… De là sont nés les premiers “cafés sociaux”, des moments d'échanges informels une fois par mois, pour partager nos réflexions et expériences. Puis, est venue l'idée des apéros-rencontres : créer un espace où professionnelles de santé en formation et acteur ices du social et du médico-social peuvent se rencontrer et échanger : associations, travailleur·ses sociaux, médecins, structures d'accueil, etc.

Le projet est monté en collaboration avec le PEP'S, une asso d'ex- ternes grenobloises.

Parmi les thématiques que l'on souhaite aborder : la prise en charge des  patientes  trans genre, les victimes de violences sexuelles, les personnes handicapées ou racisées, les aides pour les personnes en grande précarité, ou encore… l'éco-conception des soins.

Tout cela, dans un cadre convivial, bienveillant et militant.

On souhaite aussi développer des QCM interactifs sur Instagram, pour faire des liens entre écologie, événements climatiques et santé planétaire.

Expliquer, par exemple, comment les vagues de chaleur, les inondations ou la pollution atmosphérique ont un impact direct sur la santé.

Enfin, à plus long terme, on aimerait organiser des fresques du climat et de la biodiversité sur le campus de Grenoble.

Quels obstacles avez-vous rencontré ? 
Maryna & Sonia.- Changer des habitudes n'est pas toujours facile, il y a déjà certaines choses qui ont changé au sein de l'asso! Par exemple, le gala était cette année végétarien car cela a été instauré par le précédent bureau, mais lorsqu'on a voulu ouvrir la discussion sur des repas 100% végétarien pour le WEI on s'est heurté à certaines réticences…

Par contre l'idée d'un projet t-shirt DIY a bien pris !

On a réussi à amener quelques démarches écologiques, mais il reste encore un peu de boulot !

Globalement, ramener l'écologie dans les conversations reste un défi, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle.

 

La Santé Globale, tu connais ?

Maryna

Avez-vous eu des retours des autres internes ?
Oui, beaucoup de retours positifs et encourageants !

Il y a un vrai intérêt pour les apéros-rencontres et les cafés sociaux.

Pour l'instant, c'est surtout les mêmes personnes qui reviennent, mais c'est souvent le cas dans les projets associatifs. Et c'est déjà super d'avoir ce noyau de personnes motivées.

Et pour la suite, comment imaginez-vous l'avenir du pôle DÉDÉS ?
Maryna.- Chez ARAVIS, il y a un vrai esprit de transmission entre les ancien·nes et les nouveaux·elles membres du bureau. J'aimerais qu'on puisse passer le flambeau à des internes plus jeunes, les accompagner au début, les aider à organiser les projets et leur partager notre retour d'expérience.

Et si j'ai le temps et l'énergie, je pense continuer à m'impliquer sur le long terme, notamment pour les apéros-rencontres !

Sonia.- On prépare déjà le programme des apéros-rencontres pour la rentrée de septembre. L'été est un moment plus calme, donc on en profite pour structurer les thèmes.

L'idée serait d'en organiser un tous les deux à trois mois. Et même si notre mandat au sein du bureau prend fin en janvier 2026, on compte bien continuer à suivre et soutenir le projet, en aidant la relève à prendre confiance.

L'expérience de Maryna et Sonia montre à quel point l'engagement local, concret et humain peut faire écho à des enjeux bien plus vastes.

Face à l'ampleur de ces enjeux, il est facile de se sentir petit·es, ou impuissant·es. Pourtant, comme le montrent les initiatives portées par le pôle DÉDÉS, chaque action, aussi modeste soit-elle, participe à faire bouger les lignes — dans une association, dans une promotion, dans un hôpital, ou dans un quartier. Un autre levier d'action est la formation, nous t'encourageons à aller consulter notre rubrique “Année-Recherche” pour connaître l'ensemble des formations diplômantes accessibles par les internes de médecine générale.

Parce que la santé ne s'arrête pas à la porte du cabinet ou de l'hôpital, il est temps d'assumer pleinement que soigner, c'est aussi s'engager.

PNUE : Programme des Nations Unies pour l'Environnement.

VSS : Violences sexistes et sexuelles.

IST : Infections sexuellement transmissibles.

ARAVIS : Association Représentative des Acteurs de la Vie Interne en Santé (association d'internes en médecine générale à Grenoble).

PEP'S : Partenariat Étudiants Patients Santé (association grenobloise d'externes en santé).

DIY : Do It Yourself (faire soi-même).

WEI : Week-end d'intégration.

Interview de Maryna DUPERDU & Sonia RIEUX
Propos recueillis par Atika BOKHARI & Quentin METAIS

Publié le 1760601568000