La MPR dans le monde : Zoom sur La Réunion

Publié le 10 mai 2022 à 02:09

Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques phrases ?
Alexis Chevy, 28 ans, interne de MPR Océan Indien depuis 1 an. Je suis originaire de Rennes, où j’ai fait toutes mes études avant l’internat.

Pourquoi as-tu choisi d’exercer à La Réunion ?
J’ai toujours vécu à Rennes. J’avais envie de profiter de l’internat pour voir du pays, et tant qu’à faire, changer radicalement d’environnement ! En bon breton, la proximité de la mer restait un critère important pour mon choix de ville (et je ne suis pas déçu !). Je n’avais jamais mis les pieds à La Réunion, mais ma soeur vit à l’île Maurice (qui est juste à côté), et je savais que niveau climat, cela allait me changer ! Depuis le début de mon externat, j’espérais pouvoir venir à La Réunion.

Pourrais-tu présenter la spécialité à La Réunion (nombre de centres de rééducation, nombre de médecins MPR, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, APA). Y a-t-il des spécificités locales ?
La Réunion présente des différences démographiques et culturelles importantes avec la Métropole :

L’île a connu une transition démographique très rapide dans les années 50. La population est donc plus jeune qu’en Métropole mais elle connaît actuellement un vieillissement rapide et important. C’est un défi pour l’île qui nécessite le développement rapide de structures adaptées.

Le diabète est également plus fréquent, et plus souvent mal contrôlé, avec les complications qui en découlent (notamment en termes d’amputations et d’AVC pour la MPR).

Š On y retrouve une diversité ethnique, culturelle et religieuse importante, liée aux différentes vagues migratoires : les « Yabs » descendants des premiers colons européens ; les « Kafs » descendants des esclaves africains ; les « Malbars » d’origine indienne de régions hindoues ; les « Zarabs » d’origine indienne de régions musulmanes ; les « Sinois » d’origine chinoise ; les comoriens et les « Zoreils », métropolitains fraîchement arrivés. La situation géographique de l’île est aussi particulière. Nous sommes à plus de 11h d’avion de la Métropole et il faut aller à plusieurs milliers de kilomètres pour trouver des centres médicaux aussi modernes que les nôtres. L’île se doit donc d’avoir une grande polyvalence dans ses prises en charge car les transferts sont exceptionnels. Nous recevons également des EVASAN (évacuation sanitaire) de Mayotte (qui a une structure hospitalière limitée) dont des patients comoriens qui présentent parfois des pathologies que l’on ne rencontre plus dans nos sociétés avec une médecine moderne (généralement dû à des retards de prise en charge ; par exemple, j’ai reçu un patient qui a eu un accident à l’âge de 8 ans avec une fracture du bassin non traitée et qui est arrivé dans notre service à l’âge de 25 ans avec une ankylose des deux hanches et flessum de presque 90°).

Il y a environ 25 médecins MPR à La Réunion, répartis sur 2 CHU et 4 cliniques privées. L’île est également très attractive pour les jeunes para-médicaux (on ne compte plus les nouveaux kinésithérapeutes fraîchement arrivés sur l’île !). Comme je le disais plus haut, La Réunion doit s’adapter rapidement au vieillissement de la population et donc à l’augmentation de la demande de soins. Tous les centres de rééducation sont récents ou ont été refaits récemment et bénéficient d’un équipement moderne. Je connais encore mal les cliniques privées pour pouvoir vous les présenter. En revanche, le CHU de Saint-Denis est le centre de référence Grands-Brûlés de l’Océan Indien et le CHU de Saint-Pierre est spécialisé dans la prise en charge des blessés médullaires et des amputés. Mais encore une fois, tous se doivent d’avoir une activité polyvalente.

Peux-tu nous présenter ton quotidien dans le service ?
Actuellement, je gère une salle de 14 patients au CHU de Saint-Pierre. Les horaires de travail sont les mêmes qu’en Métropole. J’ai l’avantage d’être le seul interne de MPR donc j’assiste aussi souvent que possible aux consultations et les chefs n’hésitent pas à m’appeler pour venir faire une injection de toxine botulique, une infiltration, une exploration uro-dynamique, un remplissage de pompe à baclofène ou lorsqu’ils ont un cas intéressant. Je navigue donc d’un chef à l’autre et ils me laissent toujours la main pour les gestes techniques. Je vais également de temps en temps avec eux faire des consultations dans les FAM (foyers d’accueil médicalisés) et les MAS (maisons d’accueil spécialisés) de la région.

Pourquoi as-tu choisi la MPR comme spécialité ?
Initialement je souhaitais être généraliste, mais j’ai fait un de mes derniers stages d’externat en MPR, un peu par hasard. Le stage s’est super bien passé, et on m’a proposé d’y faire un FFI l’été suivant. Le choix des ECN est arrivé à ce moment là, et je me suis tellement plu en MPR que j’ai changé d’orientation quelques semaines avant le choix définitif.

Une sémiologie riche, une grande diversité de pathologies, la prise en charge globale des patients, le travail en équipe, le bon esprit que l’on retrouve dans ces services, l’impact positif que l’on a sur la vie des patients après le traumatisme qu’ils ont vécu, tout correspondait enfin à ce que je cherchais quand j’ai commencé mes études de médecine.

Pour finir, as-tu une anecdote à raconter ?
Quels sont tes projets dans l’avenir ?
Comment te vois-tu dans dix ans ?

Je ne suis pas certain de rester vivre à très long terme à La Réunion, la distance avec la Métropole reste compliquée à gérer. Mais les réunionnais sont très attachants. Les patients sont d’une gentillesse et d’un respect ! Cela rend le travail très agréable, d’autant plus avec le cadre de vie que l’on a à côté. Je compte donc rester quelques années après mon internat et on verra ensuite ce que la vie me réserve !

Merci Alexis pour ce témoignage très riche !
Si toi aussi tu as envie de partager ton témoignage, n’ hésite pas à nous écrire à [email protected] !

Justine TREBUCQ
Article paru dans la revue “Association des Jeunes en Médecine Physique et de Réadaptation” / AJMER n°02

Publié le 1652141369000