
La contraception fait aujourd'hui partie du quotidien de millions de femmes et de la pratique courante de la gynécologie. Pilules, dispositifs intra-utérins (DIU), implants et bien d'autres sont autant de méthodes permettant désormais de contrôler sa fertilité tout en s'adaptant aux choix et modes de vie de chacun.
Toutefois, si elle n'est désormais plus un tabou dans nos sociétés modernes, son accès constitue l'un des symboles marquants de l'émancipation des femmes au cours des dernières générations.
Retour sur plus de 2000 ans d'histoire de la contraception.
De l'Antiquité au Moyen-Âge, les premières méthodes contraceptives
Relativement acceptée dans certaines sociétés pré-chrétiennes, la contraception repose principalement sur des pratiques empiriques pendant l'Antiquité. Selon Soranos d'Ephèse (considéré comme l'un des pères de l'obstétrique du IIème siècle après J.C) dans son Traité des maladies des femmes, le retrait ou coït interrompu est l'une des premières méthodes utilisées. Les pratiques sexuelles non fécondantes et des croyances comme le fait se lever, d'éternuer ou de boire de l'eau après un rapport sont recommandées afin de prévenir une éventuelle grossesse.
Des potions, tampons ou pessaires à visée contraceptive et abortive sont également employées. Ils contiennent des concoctions à base de silphium ou d'opopanax mais aussi de miel, citron ou encore de vinaigre.
Cependant, les effets toxiques de ces préparations mettent régulièrement en jeu la vie des femmes qui les utilisent. Dans son serment, Hippocrate refuse ainsi de remettre aux femmes un pessaire abortif (sans pour autant condamner l'ensemble des méthodes contraceptives).
L'allaitement est également déjà utilisée dès l'Antiquité afin d'espacer les grossesses.
Par ailleurs, l'histoire de la contraception antique s'entremêle volontiers à celle de l'avortement. L'introduction intra-utérine de tiges végétales d'abord comme la tige de chou, perdurera malheureusement pendant des siècles.
Au Moyen-Âge, la perception du corps et de la sexualité évolue profondément. L'expansion religieuse chrétienne en Europe et la volonté des États à augmenter leur population mènent à une répression souvent sévère de la contraception. L'abstinence (notamment périodique) est la seule méthode contraceptive tolérée dans une société où la sexualité s'envisage uniquement dans une perspective procréative. Le coït interrompu est par exemple assimilé au “péché d'Onan” et condamné par l'Église catholique.
Du renouveau de la contraception au XVIIIème siècle
À partir du XVIIIème siècle, de nouvelles méthodes apparaissent progressivement. Leur développement répond notamment à l'essor de certaines maladies vénériennes comme la syphilis, aussi appelée “grande vérole” plutôt que dans un objectif contraceptif. Les premiers préservatifs à base de boyaux animaux sont élaborés. D'autres méthodes de contraception issues des progrès pharmaceutiques voient le jour. Les douches vaginales ou l'utilisation d'éponges et tampons imbibés de solutions acides permettent d'altérer la muqueuse utérine et de la rendre infertile et se démocratisent avec l'apparition du bidet dans les salles de bain des classes sociales favorisées.
Au XIXème siècle, la décroissance démographique en Europe est en partie attribuée à l'amélioration des techniques contraceptives. Le préservatif se perfectionne et est désormais produit industriellement à partir de caoutchouc. Le diaphragme fait son apparition et peut être associé aux douches vaginales pour en optimiser l'efficacité.
La ligature tubaire est pratiquée pour la première fois par James Bundell, en 1823 afin d'éviter la survenue de grossesse à haut risque.
Face à cette décroissance démographique, de nombreux États renforcent leurs politiques de contrôlent des naissances et condamnent plus fermement l'avortement, puis la contraception.

Le XXème siècle, la révolution contraceptive
Le XXème siècle constitue un tournant majeur dans l'histoire de la contraception. Les progrès médicaux et le recul de l'influence religieuse favorisent l'apparition et la diffusion de nouvelles méthodes.
En France, la contraception et l'avortement sont cependant interdits par la loi de 1920. Après la Première Guerre mondiale, plusieurs États adoptent également des politiques natalistes similaires pour favoriser le repeuplement.
Les connaissances sur le cycle menstruel progressent grâce aux travaux d'Ogino et Knaus en 2024 qui formalisent la méthode d'abstinence périodique selon l'identification de la période de fertilité.
Le dispositif intra-utérin (DIU) apparaît en 1929, initialement constitué d'un anneau de fils d'argent et de cuivre. Il n'adoptera sa forme actuelle en “T” qu'à partir des années 1970.
Les progrès de la stérilisation chirurgicale à la même période sont sinistrement associés à certaines politiques eugénistes dans l'Allemagne nazie, puis en Suède ou aux États-Unis.
Il faudra attendre la loi de Neuwirth en 1967, puis son application réelle 5 ans plus tard pour que la contraception soit enfin légalisée en France. Pourtant, l'histoire de la contraception ne s'arrête pas entre ces deux dates bien au contraire.
Après la Seconde Guerre Mondiale, plusieurs mouvements en faveur de la contraception s'organisent. L'association “Maternité Heureuse" créée en 1956 et qui deviendra plus tard le Planning Familial participe activement à la lutte pour l'accès à la contraception et à l'information sur la sexualité.
La mise au point de la pilule contraceptive en 1950 par Margaret Sanger et Gregory Pincus est un nouveau tournant majeur pour la maîtrise de la fécondité des femmes. Sa légalisation intervient en France avec la loi de Neuwith en 1967, dont l'application sera effective 5 ans plus tard.
La loi Veil de 1974 qui permet le remboursement de la contraception par la sécurité sociale contribue ensuite largement à sa diffusion auprès de la population.
Parallèlement, les méthodes de contraceptions continuent de se diversifier. Les spermicides, les patchs, implants complètent l'arsenal thérapeutique. La loi du 4 juillet 2001 autorise la contraception définitive, plus sûre avec le développement de la coelioscopie.
Depuis les années 2000s, peu de nouvelles techniques voient le jour mais les méthodes déjà existantes sont largement perfectionnées, améliorant régulièrement la tolérance, l'efficacité et la durée d'efficacité des contraceptifs.
Et aujourd'hui ?
Depuis les années 2000, peu de nouvelles grandes familles de contraceptifs apparaissent et les recherches se concentre davantage sur le perfectionnement des méthodes existantes (efficacité, tolérance, …).
À partir des années 2010s la pilule perd peu à peu sa place de première méthode contraceptive en France. En France en 2023, le DIU représente 27,9 % des méthodes utilisées contre 26,6 % pour la pilule. Les méthodes non médicalisées occupent une place croissante et représentent 28,3 % des méthodes utilisées en 2023.
Seuls 8,3 % des femmes en période d'activité sexuelle ne souhaitant pas de grossesse n'utilisent aucune méthode de contraception.
Et les hommes dans tout ça ?
En dehors du préservatif masculin dont nous avons déjà parlé plus haut, les méthodes de contraception masculine restent relativement méconnues, tant du grand public que des professionnels de santé.
Deux méthodes sont actuellement utilisées dans ce contexte. La première, définitive, est la vasectomie dont les premières pratiques remontent à 1899. Son histoire présente de nombreuses similitudes avec celle de la stérilisation tubaire. Comme cette dernière, elle est malheureusement associée au XXème siècle aux campagnes d'eugénisme avant d'être progressivement acceptée comme méthode contraceptive à partir des années 1970 aux États- Unis puis légalisée en France en 2001.
La seconde technique, réversible, est la méthode thermique masculine développée à partir des années 1980. Son principe repose sur l'élévation prolongée de la température testiculaire en maintenant les testicules au contact de la peau afin d'inhiber la spermatogenèse. Malgré son efficacité démontrée après 3 mois d'efficacité, son utilisation reste limitée. La nécessité du port quotidien et prolongé (supérieure à 12-15 heures par jour) du dispositif (anneau ou sous-vêtements adaptés) constitue notamment un frein à sa diffusion à grande échelle.
D'autres méthodes masculines sont en cours de développement. Les recherches sur la contraception hormonale masculine initiées depuis les années 1950 montrent des résultats prometteurs dans les études pré-cliniques. Sa commercialisation nécessite toutefois encore des données cliniques supplémentaires, notamment concernant la tolérance ou la sécurité à long terme. En parallèle, une méthode non hormonale et réversible par injection de gel ou de polymère dans les canaux déférents est également à l'étude.
En définitive, la contraception reste une préoccupation majeure dans la vie des femmes mais pas que. Depuis plusieurs années, de nouvelles techniques sont testées à destination des hommes car la contraception ne doit pas être considérée comme la responsabilité propre des femmes mais faire partie d'une démarche partagée entre les partenaires.
Bibliographie
ANSM, utilisation des contraceptions hormonales en France : quelques chiffres, publié le 03/10/2025.
L'histoire de la contraception, Alexa Roux.
La contraception, une pratique millénaire, Elsa Mourgues pour France Culture.
Une brève histoire de la contraception et du contrôle des naissances, Lea Keller, HAL open science.
La contraception au fil du temps, entre dynamiques émancipatrice et coercitive, Manon Aussillou Bourreau, 11 juin 2025, Université de Limoges.
Agathe BRULIARD

