Communications orales thyroïde 1

Publié le 20 janv. 2026 à 13:32
Article paru dans la revue « GÉNÉRATIONS ENDOC NUT » / Génération Endoc'Nut N°4

Traitement de 2ème ligne par le Tocilizumab de l'orbitopathie dysthyroïdienne
M. PETYT, CHU Toulouse
Contexte : L'orbitopathie dysthyroïdienne est une pathologie autoimmune rare (prévalence 2 %), plus fréquente chez la femme, qui complique 25 à 40 % des maladies de Basedow. L'inflammation locale et l'hypertrophie des tissus musculaires et graisseux entraînent rétraction palpébrale, protrusion oculaire, troubles occulomoteurs et diplopie. Elle est classée selon l'activité inflammatoire (score d'activité clinique CAS supérieure ou égale à 3/7) et la sévérité. 2 phases : inflammatoire et phase de séquelles (fibrose). L'EUGOGO recommande en 1ère ligne une corticothérapie intraveineuse de 4,5 g sur 12 semaines. Une 2ème ligne de traitement (tocilizumab, radiothérapie, cyclosporine, teprotumumab, rituximab…) est indiquée chez les patients non/faiblement répondeurs ou les formes à prédominance musculaires. Le tocilizumab (hors AMM en France) est un anticorps monoclonal anti IL6-R, qui a montré un effet antiinflammatoire et sur le remodelage (si initiation précoce) dans plusieurs études européennes.

Étude : Recueil rétrospectif multicentrique de 96 adultes présentant une orbitopathie dysthyroïdienne modérée à sévère, active et résistante aux glucocorticoïdes, traités en France par en moyenne 4 ± 2 cures de Tocilizumab.

Résultats : 67 % de femmes, 35,4 % de tabagisme actif au diagnostic. Réduction du CAS supérieure ou égale à 2 points chez 70 % des patients, avec en moyenne un CAS diminuant de 2,3 points après 10 mois de suivi. Une réduction de l'exophtalmie était présente chez 43 % des patients, et une amélioration de la diplopie chez 17 %. 19 patients ont nécessité un traitement ultérieur suggérant une possibilité de résistance au traitement, et 6 patients ont récidivé. 19 % d'effets indésirables (réactions allergiques, dyslipidémies, cytopénies).

Message clé : Profil de tolérance plutôt favorable du tocilizumab en 2ème ligne. Discussions des cas difficiles en consultation pluridisciplinaires voire en RCP nationale chaque 1er vendredi du mois.

Santé mentale, anxiété, dépression et risque de dysthyroïdie
F. BONNET, CHU Rennes

Contexte : La dépression et un niveau élevé de stress sont associés à la survenue de plusieurs pathologies auto-immunes mais il y a peu de littérature sur l'association entre syndrome dépressif et risque de dysthyroïdie.

Étude : Cohorte prospective anglaise de patients entre 37 et 73 ans de la relation longitudinale entre un score de santé mentale (PHQ-4 de 0 à 12), la présence d'anxiété ou dépression et le risque de dysthyroïdie.

Résultats : Après exclusion des patients sous LT4 ou avec une pathologie thyroïdienne, 418622 individus ont été suivis pendant 12,3 ans. Ont été observés 2 242 cas d'hyperthyroïdie et 9 419 cas d'hypothyroïdie. Le PHQ-4 était significativement associé à l'hypo et à l'hyperthyroïdie, avec une association graduelle selon les catégories de score mental (relation retrouvée en multivarié). Le risque de dysthyroïdie (qui apparaissait dans les 2-3 ans) était plus élevé avec la présence de dépression mais aussi (dans une moindre mesure) avec la présence d'anxiété.

Message clé : Association significative entre le statut anxio- dépressif et l'hyperthyroïdie et l'hypothyroïdie. Cette étude observationnelle ne montre pas de causalité mais suggère une prise en compte du risque accru de dysthyroïdie chez des sujets avec antécédents de souffrance psychique.

Chirurgie thyroïdienne en état d'hyperthyroïdie versus euthyroïdie
H. BENTOUHAMI, La Pitié Salpêtrière

Contexte : L'euthyroïdie pré-opératoire n'est pas toujours réalisable, surtout en cas d'hyperthyroïdie sévère ou d'intolérance au traitement médical (nécessité de préparation pré opératoire voire d'échanges plasmatiques).

Étude : Évaluer la sécurité de la chirurgie en état d'hyperthyroïdie, des complications péri et post-opératoires. Cohorte rétrospective monocentrique de patients opérés pour une hyperthyroïdie périphérique, répartis en 2 groupes (hyperthyroïdie biologique dans le mois précédent la chirurgie et euthyroïdie biologique dans les 6 mois précédant la chirurgie).

Résultats : Comparaison en 1: 3 de 82 patients en hyperthyroïdie vs 248 en euthyroïdie. Score composite de complications Chirurgicales : hypoparathyroïdies, dysphonies (transitoire ou définitives) et hématome. À noter une préparation médicale (béta-bloquants) chez tous les hyperthyroïdiens en préopératoire. Le taux de complications était plus élevé chez les hyperthyroïdiens (hypoparathyroïdies transitoires), sans augmentation du risque des complications définitives. La prise en charge anesthésique per-opératoire était comparable, aucune crise aiguë thyrotoxique n'a été observée.

Message clé : L'euthyroïdie pré-opératoire reste recommandée, lorsqu'elle n'est pas possible ces résultats suggèrent une augmentation des complications chirurgicales mais une sécurité anesthésique. Intérêt d'un bilan phosphocalcique pour correction préopératoire des éventuelles carences en vitamine D.

Association des classifications TIRADS et Bethesda pour améliorer l'évaluation du risque de malignité des nodules thyroïdiens.
N. CHEREAU, La Pitié Salpêtrière

Contexte : L'estimation du risque de malignité.

Étude : Évaluer l'estimation du risque de malignité des nodules indéterminés ou suspect via l'intégration du score EU-TIRADS à la classification de Bethesda. Et évaluer si cette approche TIRADS+Bethesda améliorait le diagnostic des carcinomes papillaires, folliculaires et oncocytaires.

Données de la cohorte nationale EUROCRINE.

Résultats : 3977 patients thyroïdectomisés pour nodules en France ont été analysés (exclusion des cancers indifférenciés, médullaires, des classifications manquantes et des nodules inférieure à 1cm). Matrice de risques établies à l'aide de modèles de régression logistiques multivariés.
30 % avaient un cancer dont 80 % étaient des papillaires. L'association TIRADS+Bethesda améliore significativement l'évaluation du risque de carcinome papillaire, surtout pour les TIRADS-5. Ceci est moins franc pour les TIRADS 3-4 associés au Bethesda 3-4. Elle n'améliore pas l'évaluation du risque de cancers folliculaires et oncocytaires.

Message clé : Ne pas se baser sur le Bethesda seul pour le choix chirurgical : la corrélation TIRADSBethesda optimise l'évaluation du risque de malignité des cancers de la thyroïde (mais son utilité dépend du sous type histologique).

Parcours coordonné pour les cancers anaplasiques
J. WASSERMANN/C. BUFFET, La Pitie Salpêtrière

Contexte : L'urgence oncologique de ces cancers rares (inférieure à 1 % des cancers thyroïdiens) avec une médiane de survie de 6 mois nécessite un circuit rapide de prise en charge. Une mutation BRAF V600 E est présente dans 20 à 50 % des cas et on retrouve une amélioration du pronostic avec les inhibiteurs de B-RAF/MEK.

Étude : Parcours COMPACT ayant pour objectif d'accélérer le diagnostic et faire un profilage moléculaire d'emblée pour optimiser l'accès aux thérapies ciblées.

Méthode : Création d'un centre de diagnostic rapide APHP ‘Speed Endoc' pour un adressage direct en cas de suspicion avec email et numéro dédié, coordination paramédicale et créneaux sanctuarisés de consultation, échographie, cytoponction et microbiopsies, TDM et TEP-FDG.

La stratégie moléculaire est d'obtenir une cytoponction pour cytologie, digital droplet PCR (TERT, BRAFV600E), panel NGS (mutations et fusions) et une microbiopsie pour anatomopathologie, congélation avec immunohistochimie et NGS.

En 2023-2024, 8 mutations BRAFV600E ont été identifiées en ddPCR sur 21 patients, 2 jours après la première consultation. 5 d'entre eux ont été traités par inhibiteurs de BRAFV600E/ MEK avec un délai médian de 13 jours après la 1ère consultation.

Message clé : La digital droplet PCR, peu coûteuse permet un diagnostic ultra rapide. Intérêt de développer ces parcours de soins dédiés pour une prise en charge optimale.

Communications orales thyroïde 1

Carcinome papillaire de la thyroïde et thyroïdite de Hashimoto : implications chirurgicales pour le stade T2
S. ROBLOT, La pitié Salpêtrière

Contexte : 2 pathologies thyroïdiennes fréquentes, avec des études montrant que la thyroïdite de Hashimoto est protectrice du cancer papillaire.

Étude : Rétrospective unicentrique Française de 5812 patients pour étudier le pronostic du cancer papillaire chez des patients ayant un Hashimoto versus une thyroïde saine.

Résultats : Chez les 69 patients avec Hashimoto, les cancers papillaires étaient plus souvent multifocaux et bilatéraux mais significative ments plus petits avec moins d'invasion capsulaire et stades T moins agressifs, ratios ganglionnaires moindres que chez les 724 patients avec thyroïde saines. Moins de récidive également dans le groupe Hashimoto. Pour les stades T2, plus de stades N0 dans le groupe Hashimoto.

Message clé : Le papillaire parait moins aggressif chez les patients avec un Hashimoto : une surveillance active ou loboisthmectomie est possible pour les stades T1. Pour les stades T2 (2 à 4 cm), une loboisthmectomie avec moins d'iode radioactif est envisageable. Cf. nouvelles recommandations ATA 2025.

Résistances aux hormones thyroïdiennes : nouveaux variants dans la zone de transactivation du gène du récepteur ß aux hormones thyroïdiennes
D. PRUNIER, CHU Angers

Contexte : Le syndrome de résistance thyroïdienne est une maladie rare liée à un défaut d'action des hormones sur leur récepteur ß (T3 et T4 augmentées et TSH normale ou augmentée). Il est lié à un variant pathogène du gène THRB dans 85 % des cas, d'origine autosomique dominante (surtout sur le domaine de fixation du ligand dans les exons 7 à 10).

Étude : En NGS de 4 familles ayant des variants de l'exon 4.

Résultats : Les études fonctionnelles in vitro ont montré que certains variants avaient des effets pathogènes plus faibles que ceux de l'exon 7 et certains sont bénins. Certains variant ont été découverts du fait d'un artefact lié à l'albumine.

Message clé : L'apport du NGS permet d'offrir des réponses sur les études familiales. Nécessité d'une IRM hypophysaire pour diagnostic différentiel au préalable, et confirmation biologique par différentes trousses de dosages avant d'aller à la biologie moléculaire.
Centre de référence des maladies rares de la thyroïde disponible sur http://www.maladies-endocriniennes.fr/ 

Communications orales thyroïde 1

Léa CLOUAIRE
Docteur Junior EDN
Grenoble

Publié le 1768912325000