Actualités : Interview du Dr Bruno ESCARGUEL, pneumologue interventionnel à l’Hôpital Saint Joseph, Marseille

Publié le 25 juin 2025 à 10:54
Article paru dans la revue « AJCTCV - Revue du Jeune Chirurgien Thoracique, Cardiaque et Vasculaire » / AJCTCV N°3

Bonjour Bruno, et merci d'avoir accepté cet entretien pour notre revue.
Tu incarnes cette branche dynamique de la pneumologie qui évolue vite et s'affirme aujourd'hui à l'interface entre la pneumologie médicale classique et la chirurgie thoracique. Ton regard sur ce champ médico-chirurgical en pleine mutation nous intéresse particulièrement.

Dr Bruno ESCARGUEL
Pneumologue

As-tu constaté durant ta carrière une évolution dans ta collaboration avec la chirurgie thoracique et comment a-t-elle évolué ?

Bonjour Elsa ! Il est vrai que je commence à arriver dans le dernier tiers de ma carrière et, au cours des 20 dernières années, je pense qu'il y a eu deux phénomènes : la chirurgie thoracique est devenue de moins en moins invasive, tandis que la pneumologie interventionnelle a pris une part plus importante dans les interventions. Cette évolution a fait que la frontière entre ces deux spécialités s'est estompée. Je ne remonterai pas jusqu'à la création de la chirurgie thoracique par la phtisiologie, mais il est vrai qu'il y avait deux environnements clos qui, progressivement, se sont retrouvés tout naturellement. Je pense que l'élément majeur de cette collaboration est l'intérêt commun autour d'un organe. Quand on s'intéresse au poumon, on a forcément une vision plus large de la complexité de cet organe, ce qui fait que les acteurs impliqués sur le plan chirurgical et sur le plan interventionnel vont forcément se retrouver pour la prise en charge en amont, pendant, mais surtout après la phase thérapeutique. Je crois vraiment que l'organe est le mot-clé de cette liaison entre ces deux belles spécialités.

Dans ta pratique quotidienne, à quel moment ressens-tu la nécessité d'une collaboration avec le chirurgien thoracique ?

Dans ma pratique quotidienne, cet échange est vraiment permanent. Il intervient en amont dans les discussions, scientifiques ou médicales, en RCP. Le pneumologue doit apporter les informations nécessaires à la prise de décision du chirurgien pour une situation bien spécifique. Un autre exemple frappant est l'apport du pneumologue interventionnel dans le marquage tumoral préopératoire, qui apporte à la fois un confort et un gain de temps pour le chirurgien.

Plus en aval, le chirurgien est une ressource précieuse, notamment en cas de complications lors d'un geste, mais il a également besoin de l'œil expert du pneumologue interventionnel pour l'évaluation post-chirurgicale par voie endoscopique.

Je crois que ces échanges entre le pneumologue interventionnel et le chirurgien apportent une réelle valeur ajoutée pour le patient, car ils amènent des convergences de point de vue et donc une prise en charge optimale pour nos patients.

Comment imagines-tu le binôme pneumologue interventionnel-chirurgien thoracique dans la nouvelle ère du dépistage du cancer du poumon ?

Le dépistage du cancer du poumon apporte plus de questions que de réponses. Notre objectif initial est vraiment la réduction de la mortalité liée au cancer du poumon : c'est notre maître mot. Cependant, il amène une expertise supplémentaire en amont dans la connaissance de l'imagerie thoracique et donc dans l'analyse des nodules, qu'ils soient solides ou non. Je pense que le pneumologue et le chirurgien thoracique sont deux portes d'entrée pour ce type de patients et que les compétences de l'un ou l'autre seront nécessaires pour le diagnostic, la stadification et aussi pour la partie thérapeutique. Ils ont donc un rôle majeur dans l'organisation au sein de leur structure pour apporter à la fois cette capacité de prise en charge initiale des malades, mais aussi pour s'organiser afin d'avoir la bonne attitude dans le suivi ou le traitement.

Avec l'arrivée des outils comme Ion, la NEM, peux-tu expliquer ton rôle essentiel dans le repérage du nodule pulmonaire ?

L'évolution technologique est une véritable pierre angulaire du développement de la pneumologie interventionnelle, comme la réduction du calibre des bronchoscopes, avec maintenant des endoscopes ultrafins, la préparation de l'acte endoscopique avec la navigation virtuelle, mais aussi des aides comme la mini-sonde radiaire pour améliorer le diagnostic périphérique, que ce soit par robot assistance ou par navigation électromagnétique. Nous pouvons maintenant aller de plus en plus loin tout en respectant les voies naturelles, ce qui est moins invasif. Ces outils permettent donc un diagnostic plus pré cis, mais aussi la possibilité de marquer cet environnement tumoral, que ce soit pour le chirurgien (marquage pleural ou pré-tumoral) ou pour le radiothérapeute en cas de stéréo taxie ou de Cyberknife. Et demain, nous aurons des outils thérapeutiques, ce qui accentuera cette convergence entre nos deux spécialités.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune chirurgien thoracique pour construire une relation de travail efficace, durable et de confiance avec les pneumologues ?

Le seul conseil que j'ai à donner à un jeune chirurgien thoracique, c'est d'envisager ce bi nôme comme un couple, en essayant de tout faire pour regarder dans le même sens. Car plus cette collaboration sera intense, plus il y aura de satisfaction dans ce travail commun et une meilleure prise en charge du patient. J'ai beaucoup de gratitude envers mes collègues avec qui j'ai du plaisir à travailler. En saupoudrant d'humanisme et d'humilité, on tend vers un cocktail parfait pour une vie professionnelle épanouie…

Interviewé par
Dr Elsa ARMAND
Docteur Junior Marseille

Publié le 1750841678000