
Depuis de nombreuses années les formations paramédicales revendiquent l’intégration universitaire pleine et entière. Ces actions se sont vu menées dans un contexte Européen d’harmonisation de l’enseignement supérieur initiées par le processus de Bologne, moteur depuis 1998.
En 2016, une initiative lancée par Manuel Valls, a abouti au lancement de la Grande Conférence de Santé venant clôturer la deuxième phase de la Stratégie Nationale de Santé. Cela a mené à une feuille de route, au sein de laquelle apparaissent un ensemble de mesures à court et moyen terme.
S’en sont suivi deux rapports, l’un de l’IGAS-IGAENR en avril 2017 et le second, rapport Le Bouler, en mars 2018, lesquels préconisent une amélioration des conditions de formation, du statut étudiant et de la place au sein de “l’université” des formations paramédicales.
Les annonces faites à Caen le 5 juillet 2018, qui relance et cadre le processus d’intégration universitaire font suite à ces rapports et à un grand nombre de travaux et de discussions réalisés avec les autres filières paramédicales et les ministères (le ministère des solidarités et de la santé, MSS et le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, MESRI).
Mais en quoi cela concerne-t’il les étudiants en kinésithérapie ?
Ce 5 juillet 2018, les Ministres Agnès Buzyn (MASS) et Frédérique Vidal (MESRI), se sont rendues à Caen, pour participer à une table ronde. De nombreux échanges ont eu lieu, notamment sur la présentation de rapport locauxrégionaux sur les conditions de formations et de statut étudiants. Une note toute particulière a été mise entre les acteurs, insistant sur le décloisonnement des parcours entre filières. Cette journée de table ronde a débouché sur des annonces communes des deux ministres.
Ces annonces présentaient de nombreux axes de travail et de nouvelles mesures.
Tout d’abord, les deux ministres ont annoncé le renforcement du statut étudiant des étudiants paramédicaux, s’intégrant dans une démarche nommé “processus d’universitarisation des formations en santé”, à savoir la démarche d’intégrer plus ou moins entièrement les instituts de formation à l’entité universitaire (mutualisation des cours, partage de locaux, élus étudiants universitaires, etc…).
Elles ont également présenté une autre mesure concernant l’arrêt de la sélection sur concours, plus particulièrement pour les IFSI (Institut de Formation en Soin Infirmier), mesure déjà effective pour nous, étudiants kiné, depuis 2015.
Le renforcement du statut étudiant s’insère dans une démarche lancée par la FNEK depuis de nombreuses années, revendiquant l’intégration universitaire pleine et entière de notre formation. Et ceci ayant débuté par la réingénierie totale de la formation voyant sa mise en place aboutir pour la première promotion en cette année 2019 à venir.
Concrètement, cette mesure va apporter différents changements :
ꖴ Tous les étudiants en kinésithérapie possèderont une carte universitaire, leur permettant ainsi d’être “considérés” comme étudiants universitaires.
ꖴ Ils pourront avoir accès aux services universitaires (sport, médecine préventive, CROUS, BU, etc…). Cela permet de renforcer leur disponibilité et leur accessibilité si cela était impossible auparavant.
Quel lien avec la formation en kinésithérapie ?
L’universitarisation de la formation débutée avec la réforme de 2015, représentait un premier pas vers l’intégration universitaire.
On va retrouver par ailleurs deux types d’intégration universitaire qu’il va falloir distinguer :
ꖴ Une fonctionnelle, dans laquelle l’institut partage des éléments avec l’université (locaux, conventions, cours, etc…) mais ne fait pas partie pleinement de l’entité universitaire.
ꖴ Une organique, correspondant à une intégration pleine dans toute l’entité universitaire.
Les caractéristiques évoquées précédemment laissent donc penser que l’universitarisation actuellement commencée serait au stade de la mise en place d’une intégration universitaire fonctionnelle, représentant ainsi une avancée majeure vers le transfert de notre formation à l’université, ainsi qu’une considération des étudiants en kinésithérapie comme des étudiants à part entière de l’enseignement supérieur, ce qui auparavant n’était pas clairement défini.
Mais malgré une avancée certaine et la mise en place de mesures qu’il faut souligner, du chemin reste à parcourir. L’université est les lieux de référence pour la formation et la recherche dans l’enseignement supérieur en France. Ils sont les garant du système Licence-Master-Doctorat (LMD) qu’il serait nécessaire d’intégrer clairement et totalement, ce qui actuellement n’est pas le cas.
Il est regrettable que ces mesures ne permettent pas d’aller plus loin dans le processus d’intégration universitaire, et ainsi de devenir acteur organique universitaire. Il en va de même pour la réduction des inégalités entre les étudiants, qui ne sont pas effacées par ses mesures, certains IFMK ne pourront en effet pas profiter de l’ensemble de ces mesures.
Plusieurs éléments sont donc encore en suspens, mais ces mesures restent une avancée dans le processus d’intégration universitaire. Néanmoins, les nouveaux droits des étudiants en kinésithérapie représentent un enjeu pour notre structure et notre réseau. Il sera donc primordial de suivre de près la mise en place de ces mesures et de leur application. Mais également, de continuer nos démarches pour que nos revendications d’intégration universitaire pleine et entière aboutissent.
Marine Bercy & Léo Langlais IFMK CEERF & Orléans,
K4 Pôle enseignement supérieur 1ère VP
Enseignement supérieur & CM Enseignement supérieur
Article parue dans la revue “Le Journal des Étudiants Kinés” / BDK n°48

