Activité Physique Adaptée et Déficience Visuelle : une alliance essentielle pour le développement global et la rééducation orthoptique

Publié le 29 juil. 2025 à 15:05
Article paru dans la revue « FFEO / La revue ORTHO NEWS » / FFEO-Orthonews N°4

La déficience visuelle impacte fortement le développement moteur, cognitif et psychosocial, notamment lorsqu'elle survient précocement. L'Activité Physique Adaptée (APA), par ses objectifs éducatifs, rééducatifs et sociaux, constitue un levier majeur pour compenser ces limitations. Intégrée de manière cohérente dans le projet de vie ou de soins d'une personne déficiente visuelle, l'APA joue un rôle essentiel dans l'amélioration de l'autonomie, la qualité de vie et le bien-être psychocorporel.

Au sein de l'IDES, établissement accueillant des jeunes de 3 à 22 ans porteurs de déficiences visuelles avec ou sans troubles associés, l'APA est pensée comme un outil global d'accompagnement. Elle prend appui sur une approche sensorielle, motrice et cognitive fine, et s'adapte aux capacités visuelles résiduelles, aux compensations sensorielles disponibles, ainsi qu'aux besoins spécifiques de chaque jeune. L'objectif n'est pas seulement de « faire bouger » mais d'utiliser le mouvement comme moyen d'expression, de structuration de l'espace et du temps, et de développement perceptif.

Déficience visuelle et motricité : des enjeux transversaux

Les troubles moteurs secondaires à une déficience visuelle sont fréquents. Ils se traduisent par un retard dans les acquisitions motrices, une posture souvent inadaptée, une gestuelle imprécise ou hésitante, et une appréhension de l'environnement pouvant entraîner un repli ou une limitation des initiatives physiques. La non-utilisation du regard dans la motricité limite l'exploration et la perception fine de l'espace, éléments fondamentaux du développement psychomoteur.

C'est ici que l'activité physique adaptée intervient : elle propose des situations motrices sécurisées et stimulantes, permettant aux personnes atteintes de déficiences visuelles de mobiliser ses compétences sensorielles (tactile, auditive, kinesthésique), d'oser expérimenter l'espace, d'acquérir des repères corporels stables. Le travail en activité physique adaptée peut porter sur la locomotion, l'orientation dans l'espace, la coordination bimanuelle, le rythme, ou encore l'équilibre, toutes compétences impactées par la cécité ou la basse vision.

L'Activité physique adaptée : une complémentarité naturelle avec la pratique orthoptique

L'orthoptie a pour mission l'examen, la rééducation et la réadaptation des troubles de la fonction visuelle. Chez les jeunes déficients visuels, le travail orthoptique souvent l'optimisation du reste visuel, l'usage de la vision fonctionnelle, la coordination œil-main, ou encore l'exploration visuelle. Dans ce cadre, l'activité physique adaptée peut représenter un allié précieux.

L'activité physique adaptée offre un contexte riche et dynamique dans lequel les jeunes déficients visuels peuvent mobiliser leur vision fonctionnelle de manière concrète et motivante. À travers des situations variées et contextualisées, ils sont amenés à utiliser activement leur champ visuel, notamment lors du suivi d'objets en mouvement ou de la recherche de repères visuels dans l'espace. Cette mobilisation régulière encourage l'adaptation aux contrastes, à la lumière, et favorise le repérage de cibles, autant de compétences essentielles au quotidien. Par ailleurs, en intégrant des sollicitations sensorielles multiples, les séances APA développent naturellement l'attention visuelle. Le pratiquant apprend à traiter les informations visuelles dans un environnement en mouvement, à faire des choix perceptifs rapides, et à ajuster ses réponses motrices en conséquence.

Ce travail de perception-action s'inscrit dans une démarche globale de développement de la coordination motrice. Les activités impliquant des gestes de lancer, de réception ou de manipulation dans des parcours moteurs sont particulièrement efficaces pour améliorer la coordination œil-main et œil-pied, en sollicitant à la fois la perception, la précision gestuelle et la concentration. Enfin, l'APA stimule la capacité d'anticipation et aide à structurer des actions dans le temps et dans l'espace. En affrontant des situations nouvelles, en planifiant ses déplacements ou ses réactions, le pratiquant renforce ses compétences visuo-motrices, développe une meilleure représentation mentale de l'environnement, et gagne en autonomie dans ses actions.

Vers une collaboration renforcée APA – Orthoptie

L'approche sensori-motrice proposée par l'APA peut enrichir la pratique des orthoptistes, en amenant de nouveaux outils pour travailler la vision fonctionnelle de manière ludique et motivante. À l'inverse, l'expertise de l'orthoptiste permet à l'enseignant en activité physique adaptée d'affiner ses propositions, en tenant compte des potentialités visuelles de l'enfant et de ses objectifs de rééducation.

Une collaboration étroite entre ces deux professionnels peut donc déboucher sur des co-interventions, des échanges de pratiques, et des passerelles utiles dans le parcours de soin et d'éducation. En valorisant les complémentarités entre mouvement et vision, entre geste et perception, APA et orthoptie participent ensemble à l'épanouissement global d'une personne déficiente visuelle.

L'Activité Physique Adaptée ne se résume pas à une simple pratique sportive ajustée. Elle constitue un pilier éducatif et rééducatif pour les personnes atteintes de déficiences visuelles. Lorsqu'elle est pensée en lien avec l'orthoptie, elle permet d'amplifier les effets des rééducations, d'offrir des expériences sensorielles riches et de développer la confiance du jeune en ses capacités. La complémentarité entre APA et orthoptie mérite d'être reconnue, soutenue et développée dans les parcours de soins et d'éducation spécialisés.

Guillaume AREIAS 
Enseignant APA/Professeur d'EPS 
IDES (Institut d'Éducation Sensorielle)

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