
Le 29 avril dernier, 30 000 étudiants et étudiantes en médecine se sont mises en grève partout en France. Ce mouvement inédit, massif, portait un message clair : non à la coercition, oui à une vraie politique d'accès aux soins.
Pourquoi cette mobilisation ? Parce qu'à l'Assemblée Nationale et au Sénat, en même temps, plusieurs propositions de loi ont été discutées pour imposer une régulation à l'installation des médecins.
La première et la plus médiatisée d'entre elles : la proposition de loi GAROT.

Photographie de la manifestation parisienne du 28 Avril 2025 par Vincent Scali étudiant à Paris-Ouest
Elle prévoit d'interdire l'installation des médecins dans certaines zones considérées alors comme “sur-dotées” ou “normo-dotées” (telles que Saint-Etienne, Mulhouse,
Loche… manquant pourtant aussi cruellement de médecins). Or plus de 87 % du territoire est en réalité considéré comme sous-doté en médecins. Autrement dit : faire payer aux internes et jeunes médecins les errances des politiques de santé menées depuis plusieurs dizaines d'années et qui ont amené à la baisse du nombre de médecins disponible.

Cette logique est non seulement injuste, mais dangereuse. Elle nie les réelles causes de la crise : manque de médecins formées, conditions d'exercice dégradées, vieillissement de la population et augmentation du nombre de pathologies chroniques, nécessitant de fait plus de soins.
Et surtout, elle ignore les preuves : aucune étude n'a jamais démontré l'efficacité d'une coercition à l'installation. Au contraire, elle décourage, démotive, et aggrave la désaffection pour l'exercice libéral et la Médecine Générale.
En parallèle, la proposition de loi coercitive du sénateur Philippe MOUILLER qui exige aux médecins de faire des consultations en dehors de leur cabinet habituel, dans des territoires identifiés comme sous-dotés en médecins. Quand aurons-nous le temps de faire ça alors que la moitié des généralistes présentent déjà des signes de burn-out ?
Comme si cela ne suffisait pas, une autre proposition a vu le jour sous couvert d'un “Pacte contre les déserts médicaux”, porté par le Premier ministre François BAYROU et le ministre de la Santé et de l'Accès aux soins Yannick NEUDER. Elle modifie la proposition de loi MOUILLER, et propose d'imposer à toutes les médecins, jeunes comme installées, la réalisation de consultations avancées dans les territoires sous-dotés. Là encore, une coercition maquillée, présentée comme un “engagement solidaire volontaire et obligatoire”, sans vision d'ensemble, sans concertation avec la profession.
Faut-il rappeler qu'aucune zone en France n'est réellement surdotée ? Faut-il redire que les médecins, partout, croulent sous la charge de travail ? Faut-il redire que l'attractivité d'un territoire ne se décrète pas à coups de lois, mais se construit avec de la formation, du soutien, des moyens, de la liberté et du sens ?
Ce que nous demandons, ce que nous défendons, ce que nous portons depuis des années, ce sont des solutions structurelles !
Pour un effet immédiat, la libération de temps médical au quotidien limitant les consultations qui ne nécessite pas de compétence médicale : en interdisant enfin les certificats médicaux inutiles, en rendant possible l'auto- déclaration des arrêts de travail de courtes durées, comme cela s'est fait pendant la crise du COVID-19.
Pour un effet à plus long terme, l'ouverture d'antennes universitaires pour former les futurs médecins au plus près des territoires, et ce pendant toutes leurs études. C'est à-dire plus de stages et de formation Cette logique est non seulement injuste, mais dangereuse. Elle nie les réelles causes de la crise : manque de médecins formées, conditions d'exercice dégradées, vieillissement de la population et augmentation du nombre de pathologies chroniques, nécessitant de fait plus de soins. dans les territoires et autour des Centres Hospitaliers dits périphériques.
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Une liberté d'installation respectée, mais guidée par un vrai choix éclairé et des incitations fortes.
Enfin, nous ne pouvons concevoir un système de santé sans remettre en son coeur la prévention : plus humaine, plus économique, plus efficace.

Ces idées, en commun avec les autres syndicats de jeunes : l'ANEMF et ReAGJIR, nous les portons dans une proposition de loi prête à être utilisée. Reste aux élues de s'en servir.
Nous ne refusons pas notre rôle dans l'accès aux soins. Au contraire, nous, médecins généralistes, sommes en première ligne, auprès de nos patientes.
Nous refusons d'être les boucs émissaires d'un système à bout de souffle et nous refusons également que l'on sacrifie une fois encore la Médecine Générale sur l'autel de l'urgence politique.
Notre génération n'est pas moins solidaire que les précédentes. Elle veut simplement être respectée.
Et elle se battra pour le rester.
Dès la rentrée ces lois reviennent au Parlement, alors restons mobilisées.
Rédigé par
Bastien BAILLEUL

