Actualités : Les mesures proposées par le ministère de la santé en juin 2025 pour la psychiatrie l’avis du SPEP

Publié le 14 janv. 2026 à 13:06
Article paru dans la revue « INPH / Le Mag de l’INPH » / INPH N°32

Le ministère de la Santé a publié mi-juin 2025, dans le cadre de la démarche du plan santé mentale grande cause nationale et pour construire dans la durée, 26 mesures pour la psychiatrie.

On ne peut a priori que saluer ce projet qui correspond assez bien aux missions de service public des psychiatres des hôpitaux. Pourtant, en creux, ce projet volontariste souligne tout ce qui, dans bien des lieux sectoriels et de territoires, est actuellement moins fait, mal fait, ou plus fait du tout, résultat d'une politique s'appuyant sur la règle consistant à imposer de faire toujours plus et mieux avec moins. Cette règle montre aujourd'hui ses effets négatifs et met à mal l'égalité souhaitable dans l'accès aux soins.

Il s'agit donc de restaurer par un investissement long une psychiatrie publique jusque-là maltraitée et en souffrance.

Réparer l'abimé d'équipes sousdotées est possible. La culture institutionnelle et de secteur demeurent des outils de pensée et de créativité pertinents et les choses pourront lentement cicatriser.

Recréer le disparu ou quasiment disparu est une toute autre affaire. Le travail est là, celui d'une nouvelle fondation, avec une nouvelle trame institutionnelle à créer, des habitudes de fonctionnement et de concertation à mobiliser et à faire vivre. Cela demande de la part du praticien hospitalier une énergie considérable, un charisme, une expérience qu'un jeune praticien en général ne possède pas.

Réparer ou recréer s'inscrit dans un contexte socioéconomique lourdement défavorable. Sans être exhaustifs, citons le manque de médecins traitants et de médecins scolaires, les services sociaux départementaux submergés de missions et à qui, leur tutelle, le conseil général, impose des économies budgétaires, plus les difficultés propres à l'institution judiciaire. Enfin, nous sommes tous conscients de la situation économique angoissante avec un déficit des finances publiques particulièrement préoccupant et qui imposera à un moment ou à un autre des choix douloureux.

Le chemin proposé pose d'abord la question de la formation et des moyens qui lui sont attribués. On ne s'improvise pas aidant psy. Le voisinage, le médecin généraliste, le médecin scolaire peuvent repérer et alerter, aidés de kits à la décision, mais très vite après, les équipes spécialisées devront intervenir.

Faire participer les psychologues est indispensable. Ils ont leurs compétences propres, mais doivent souvent être soutenus dans les situations d'urgence, sauf si dans leur parcours ils ont bénéficié d'une telle expérience.

Il y a à développer aussi le recours aux infirmiers en pratique avancée. Donc développer leur formation, car ils apportent une valeur ajoutée évidente au travail d'équipe, mais doivent être formés, et résolument soutenus par l'équipe médicale.

La formation managériale doit être proposée à tout psychiatre, pour optimiser le binôme, responsable de structure et cadre de santé, pivot du fonctionnement institutionnel.

L'évaluation locale des besoins est essentielle en réactivant les outils déjà existants, et en impliquant les politiques locaux, les corps intermédiaires notamment syndicaux et les sociétés savantes pour évaluer les besoins et proposer des solutions incitatives adaptées au contexte particulier du territoire et du secteur.

Enfin, il y a lieu de tirer bénéfice du contexte actuel pour ne pas revenir à un passé d'autant plus idéalisé qu'il s'éloigne de l'état actuel. Au contraire, il y a lieu de soutenir une refondation de la psychiatrie publique, et à ce propos, il y a lieu de soutenir le recours à l'intelligence artificielle qui apportera une valeur ajoutée à l'ensemble des actions des équipes soignantes, en particulier dans l'élaboration des parcours de soins.

Le ministère, dans ce plan long, parle de la sortie du déni : excellente position, mais fragile. Une urgence politique chassant l'autre, le déni peut se reconstituer rapidement, rendant alors la situation de la psychiatrie publique encore plus gravement dégradée.

Le positionnement syndical

Le SPEP veillera à ce que ce plan et ces mesures soient soutenus, et financés dans la durée, par des rappels vigilants et fréquents, à temps et à contre-temps.

Il propose un soutien syndical aux praticiens hospitaliers, notamment les plus jeunes, rarement formés à l'institution et au management, et qui sont souvent dans une situation paradoxale : les derniers arrivés et souvent les plus jeunes dans une équipe qu'on leur demande de diriger. Ils peuvent très vite être mis dans une place de bouc émissaire de dysfonctionnement en réalité plus globaux, avec le risque de maltraitance institutionnelle, de stress, d'isolement, et de burn-out avec leurs conséquences parfois extrêmes.

C'est sans doute à ces conditions minimales que le service public de psychiatrie pourra reprendre son activité soignante des pathologies psychiatriques les plus sévères, et son rôle réparateur du lien social, en lien avec ses partenaires.

Dr Alain FROTTIN
Pour le SPEP

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