Actualités : Les « contraintes » de la psychiatrie française enjeux et perspectives

Publié le 14 janv. 2026 à 13:31
Article paru dans la revue « INPH / Le Mag de l’INPH » / INPH N°32

La psychiatrie publique n'a jamais été autant au cœur de l'actualité ces dernières années à la fois à travers des faits divers, des alertes sur l'état de dégradation de son offre de soin et sur une crise des vocations sans précédent pour la discipline.

C'est une discipline et une spécialité médicale mal comprise alors qu'un français sur quatre sera affecté par la maladie mentale au cours de sa vie et que les troubles mentaux sont aujourd'hui au deuxième rang des causes mondiales du handicap.

Or, on sait que la précocité d'une prise en charge psychiatrique est essentielle, car elle influence non seulement le pronostic mais diminuerait les conséquences parfois dramatiques, en lien avec le trouble mental (suicide, actes médico légaux…).

La psychiatrie est une discipline bien implantée dans la cité, pionnière du parcours de soins avec sa politique de secteur depuis plus de 50 ans.

Elle protège, soigne, accompagne les nombreux usagers dans leur projet de soin et de vie et évite parfois des drames.

Pour autant, la stigmatisation de la discipline et de ses usagers reste prégnante, son offre de soin peu lisible, ses nombreuses prises en charge et atouts peu connus par la population.

La psychiatrie publique se voit de plus en plus sollicitée et devient le réceptacle des maux de la société.

Les missions ne cessent de se complexifier au gré des lois, des réglementations, intégrant plus de contraintes et de contrôles pour répondre aux attentes d'une société à la fois avide de sécurité mais aussi très attentive aux libertés individuelles.

La réforme récente et légitime de l'isolement/contention (Loi n° 2022- 46 du 22 janvier 2022 renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique) est venue alourdir la charge de travail des soignants déjà conséquente avec la Loi sur les soins sans consentement et accentuer un peu plus leur travail administratif par les contrôles désormais systématiques du Juge des Libertés et de la Détention (nombreux documents à fournir, notification des informations à délivrer au patient et à ses proches). Le décompte précis des durées des mesures d'isolement et de contention, la judiciarisation avec le risque demain levée ou de contentieux font partie des préoccupations des professionnels et participent à un climat pesant dans les services.

Ces enjeux sont importants en termes de respect des droits et de la dignité des patients, du vécu négatif vis-à-vis de ces mesures de protection mais aussi de morbi-mortalité.

Concilier un équilibre entre nécessité de soins et restrictions des libertés, droits des patients et protection du patient ainsi que des professionnels et de la société, exige compétences cliniques, formations, expérience, expertise et disponibilité.

Ces injonctions paradoxales sont de plus en plus difficiles à appréhender aujourd'hui dans nos hôpitaux, source de perte de sens pour les professionnels de santé exerçant en psychiatrie.

Pour autant, ces professionnels n'ont jamais été autant sur le pont pour prendre soin, réhabiliter, accompagner les patients dans leur projet mais aussi innover dans l'offre de soin, développer les alternatives à l'hospitalisation afin de s'adapter à chaque fois aux réalités du territoire et aux besoins de la population.

En dépit des difficultés structurelles et des nombreuses turbulences qui pèsent sur cette discipline, les professionnels ont encore une fois démontré leur atout, leur réactivité et leur capacité d'adaptation pour faire face à une crise sanitaire inédite. Ils se sont mobilisés, ont fait preuve de créativité et ont su adapter leur organisation au plus près du terrain pour répondre à l'enjeu majeur de la crise sanitaire COVID-19 en assurant des soins sur mesure à chaque « vague épidémique ».

Les impacts de la « crise COVID-19 » sur la santé mentale sont indéniables et font l'objet aujourd'hui d'une attention particulière des pouvoirs publics et de la communauté psychiatrique.

Or, les nombreux professionnels de la psychiatrie publique soulignent que l'hôpital public est à « bout de souffle ». Les causes sont multifactorielles : tension forte sur les lits, démographie médicale préoccupante avec perte d'attractivité pour la spécialité (30 % des postes de psychiatres vacants), conditions de travail pénibles avec une augmentation de la charge de travail, responsabilité médico-légale élevée, …

Les défis de la psychiatrie sont certes nombreux mais exigent une approche collective, coordonnée et partagée ainsi que des moyens à la hauteur des enjeux.

La psychiatrie publique n'est bien entendu pas omnisciente sur le territoire mais reste l'acteur clé en raison de la politique de secteur. Elle ne doit pas être ni un acteur isolé, ni au « bout de la chaîne ». Ainsi, elle a besoin de tous les partenaires impliqués dans le parcours de soin et de vie à travers des coopérations équilibrées et dans le respect des champs de compétence et des moyens respectifs. Les familles, et les proches longtemps mis à distance, sont désormais des partenaires incontournables des équipes de soins.

La structuration des parcours est donc une nécessité pour ne pas aggraver le parcours du combattant d'un public fragilisé et souvent stigmatisé.

La Psychiatrie Publique a besoin d'un second souffle. 

La Commission nationale de la psychiatrie présidée par le Pr LEJOYEUX et les nombreux acteurs de la psychiatrie mobilisés à travers les nombreux groupes de travail sont attentifs au sort de la psychiatrie désormais priorité nationale. Ils seront au RDV pour construire la psychiatrie de demain et relever les nombreux défis de santé.

Dr Radoine HAOUI
Psychiatre, Chef de pôle de psychiatrie
au Centre Hospitalier de Béziers.

Coordonnateur national du Groupe
Opérationnel de la Psychiatrie (GOP)

Publié le 1768393910000