Actualités : La bienveillance comme impératif à la bonne santé hospitalière

Publié le 19 janv. 2026 à 09:14
Article paru dans la revue « INPH / Le Mag de l’INPH » / INPH N°32

Le contexte général... Depuis octobre 2008, date de la crise financière, le pourcentage de personnes avec un haut niveau de stress a augmenté, puisque sur les dix ans, de 2008 à 2018, il était passé de 40 à 64 %.

En parallèle, le pourcentage de personnes motivées est passé de 44 à 28 %.

Lors de la crise sanitaire, le pourcentage de personnes stressées a, selon Opinion Way, augmenté de 10 % et le pourcentage de personnes motivées a lui baissé, toujours selon le même Institut, de 25 %.

Depuis, le contexte international et national, n'a pas permis une amélioration de la situation.

Le milieu hospitalier...

En plus de ce contexte général, le milieu hospitalier a ses propres sources de stress. Des patients souvent eux-mêmes stressés et parfois plus impatients, des patients persuadés de connaître la médecine via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles, une moindre considération globale du personnel hospitalier, des personnels soignants parfois obligés de pallier les absences de leurs collègues et dégradant de ce fait leurs temps de récupération.

Le personnel soignant est confronté régulièrement à la souffrance et à la mort avec parfois un important niveau de frustration lié à l'incapacité d'agir...

Face à ce contexte, comment apaiser et prendre soin de soi ?

Inviter chacun à prendre davantage soin de soi.

Cela passe par une activité physique régulière et modérée (30 minutes continues de marche et monter deux étages quotidiennement suffiraient).

Il est de même important d'apprendre à faire la part des choses. Il suffit le soir de faire le bilan de sa journée en notant ce qui s'est mal passé dans la journée, ce qui s'est bien passé et de se focaliser en se couchant sur les trois points les plus positifs.

Il est également possible d'augmenter son sentiment d'efficacité personnelle. Il suffit pour cela de noter, lorsque l'on en a un, le petit succès du jour, c'est-à-dire un point positif qui s'est bien passé grâce à notre action. Cela va augmenter le sentiment d'efficacité personnelle et ainsi diminuer le niveau de stress, augmenter la persévérance, la confiance en soi, l'optimisme et la créativité.

Apprendre quand cela est nécessaire, à faire fonctionner son cerveau sur des ondes alpha, les ondes de la sérénité du succès et de la sérénité. Pour ce faire, il suffit de repenser au plus grand moment de fierté de sa vie et à ce que l'on a ressenti, à ce moment-là, sur le plan émotionnel.

Comment protéger ses collaborateurs ?

Voici quelques actions susceptibles de diminuer le niveau de stress de ses collaborateurs et d'augmenter leur motivation, actions en mesure donc de compenser les maux actuels et d'associer de la sérénité, de la réalisation de soi, de la motivation et du succès.

Aider à voir le sens de son activité...

Même en milieu hospitalier, certains collaborateurs ne voient pas le sens de leur métier et il est nécessaire de les aider à bien prendre conscience de leur utilité. « Prendre le temps d'expliquer, ce n'est pas perdre du temps, c'est en gagner » disait le DRH Groupe de la Poste, Yves Desjacques. Prenons donc le temps d'expliquer !

Si l'objectif est très élevé, fixer des objectifs intermédiaires qui soient des défis possibles... 

Cela s'appuie sur les travaux de Mihaly Csikszentmihalyi. Ce professeur de psychologie a montré que si l'objectif est fixé juste au-dessus des capacités du collaborateur, celui-ci entre dans un état de « flow », un état de concentration optimale. Les travaux du professeur de neurophysiologie belge, Guy Cheron, ont rattaché l'état de « flow » aux ondes alpha, les ondes de la sérénité, de la concentration et du succès.

Accorder un juste niveau d'autonomie...

En assurant une certaine liberté d'action, il apaise. Plus on peut agir, plus on est serein. Paul Ricoeur disait, « l'amputation du pouvoir d'agir, c'est de la souffrance ». Si on a de la liberté d'action, on est plus apaisé. En parallèle, l'autonomie est le signe de la confiance que l'on accorde à une personne et la confiance perçue donne envie de se dépasser ; on va bien aller chercher de la motivation.

Exprimer des retours positifs (gratitude, compliments, encouragements) ...

Une étude menée par Yumeng Gu, une chercheuse américaine, a montré l'impact positif de la gratitude sur le stress.

Les compliments faits, non pas lors du résultat mais au moment de l'effort, jouent un rôle majeur.

Les encouragements contribuent à augmenter le sentiment d'efficacité personnelle qui apaise, améliore la confiance en soi, l'optimisme et la persévérance.

Faire l'effort d'être perçu comme juste...

Pour cela, il convient d'adresser plus de compliments que de reproches et de bien faire les reproches. Si à l'échelle familiale, pour être perçu comme juste, il faut faire cinq compliments pour un reproche, à l'échelle professionnelle, le rapport est de un à trois.

Il est tout aussi important de bien faire les reproches en voyant ce que le collaborateur a réussi avant d'aborder le point d'amélioration.

Éviter le manque d'empathie...

Le stress dégrade l'empathie et, dans le contexte actuel, il est important d'être vigilant quant à l'expression de l'empathie. Jeffrey Mogil explique qu'il est important de « diminuer les niveaux de stress chez les personnes que l'on voudrait voir fraterniser ». Le psychiatre Irvin Yalom définit l'empathie comme « le ciment indispensable des relations humaines, l'outil le plus puissant dont nous disposons pour entrer en relation avec autrui ». En facilitant les relations, l'empathie apaise et renforce la cohésion.

Reconnaître ses éventuelles maladresses comportementales...

Dans un contexte de tensions fréquentes, il est possible d'être maladroit sur la forme. Il est essentiel, le lendemain, d'aller voir la personne et d'expliquer que sur le fond, on n'a pas été au niveau attendu. Présenter ses excuses aide à se faire pardonner et le pardon apaise.

Muter le pessimisme en optimisme...

En France, le pessimisme est très développé. Il y a des efforts à faire. Souvenons-nous des propos du philosophe Alain : « le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté ». Jacqueline de Romilly, de l'Académie française, expliquait que « l'optimisme permet de transformer les soucis en défis, les soucis nous accablent, les défis nous exaltent ». Pour avoir une idée de ce mode opératoire, allons voir Michel Tremblay, professeur à HEC Montréal. Il explique que dans le premier tiers de notre propos, on ne doit parler que du problème. Dans les deux tiers qui suivent, on doit simplement aborder les moyens que l'on va mettre en œuvre pour réussir et... les raisons pour lesquels ces moyens vont s'avérer efficaces. L'optimisme apaise ! Pierre et Henri Lôo, psychiatres à l'hôpital Sainte-Anne, expliquent, dans leur ouvrage « Le stress permanent », que « la personnalité optimiste intervient comme appoint correcteur du stress ». On sait, grâce aux travaux de Martin Seligman, que l'optimisme est aussi un facteur de réussite. 

Ces différents comportements apaisent le collaborateur, augmentent son envie de réussir, de se dépasser et facilitent la réalisation de soi... il s'agit donc bien de comportements... bienveillants !

Être bienveillant vis-à-vis d'autrui peut aussi passer par la mise en place de Bienveilleurs...

Les Bienveilleurs sont des personnes formées à savoir voir un collègue en difficulté, à savoir s'adresser à lui et à savoir l'orienter – si nécessaire – vers le bon interlocuteur. Il ne s'agit pas d'acteurs de soins mais de capteurs de personnes en difficulté. Ce concept est né au Canada sous le nom de « personnalités sentinelles ».

Agir pour le bien d'autrui...

Concrètement, être bienveillant, c'est agir pour le bien d'autrui, en lui permettant de progresser, d'atteindre des objectifs qu'il n'aurait pas été en mesure d'atteindre seul, tout en faisant en sorte qu'il soit en bonne santé.

Aristote précisait que la bienveillance consistait à « souhaiter le bien d'autrui », Thomas d'Aquin allait plus loin en parlant de « vouloir le bien d'autrui » et enfin Emmanuel Kant parlait de « devoir d'humanité ».

…Et pour aller plus loin sur le chemin de la bienveillance, le MAG vous conseille la lecture de l'ouvrage remarquable de Philippe RODET : « La Bienveillance au Travail. Trop de stress, pas assez de motivation, comment en sortir ? », dans lequel l'auteur fait sienne une phrase de Thucydide, homme politique, stratège et historien athénien, qui disait : « La cité sera mieux défendue par l'engagement de ses habitants que par l'épaisseurs de ses murs. ». Cependant il ne préconise pas la bienveillance comme un MOYEN de management, mais comme un PRINCIPE, une « nécessité d'humanité », et donc comme un OBJECTIF en soi, dont dépendent toutes les réussites.

À lire absolument !

Éditeur : Eyrolles | Date de parution : 14/03/2019
EAN : 9782212570991 | ISBN : 2212570996
Nombre de pages : 152

Dr Philippe RODET
Médecin urgentiste de formation
Consultant et Formateur

Publié le 1768810486000