Interview de Armelle Drexler par Eric Oziol

Publié le 01 Feb 2023 à 14:36
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Comment l’hôpital public tente de préserver son attrait ? La complexe alchimie du recrutement médical

Que représente pour vous le terme, peut-être un peu galvaudé, « d’attractivité médicale » pour les hôpitaux publics ?

Cela fait dix ans que ce refrain est repris par tous : organisations syndicales, établissements publics de santé (EPS), les médias et par la représentation nationale. Ce concept d’« attractivité médicale », terme un peu fourre-tout, correspond à des réalités très différentes. Pour certains EPS, il s’agit vraiment d’attirer des médecins, d’attirer des internes même. Dans d’autres on est plus dans une logique de  délisser ces professionnels médicaux au regard du contexte et de la concurrence, notamment avec le secteur privé. Dans un CHU le sujet est plus de la  fidélisation que de l’attractivité. Dans des centres hospitaliers plus isolés, leur sujet, avant de fidéliser, c’est déjà de faire venir des étudiants de 3e cycle pour pouvoir espérer construire des postes d’assistant spécialistes partagés (ASP) pour ensuite proposer des postes de PH.

Quel est le rôle des Directions des Affaires Médicales (DAM), des Présidences de CME (PCME), de l’université, voire même des responsables municipaux, départementaux, régionaux dans cette  fidélisation, mais également attractivité sur les territoires ?

On peut rester sur le terme d’attractivité, parce que le terme englobe « attirer et fidéliser », ce sera plus simple. Il faut considérer que l’attractivité médicale c’est l’affaire de tous. Et c’est un enjeu essentiel pour les élus, en local ou en région, mais aussi pour les pouvoirs publics au national, car cela renvoie au sujet de l’aménagement du territoire. Comment un EPS peut attirer une jeune femme médecin s’il n’y a pas de possibilités d’embauche de son conjoint qui n’est pas dans le médical ou la santé, ou s’il y a des difficultés pour scolariser les enfants, ou si en termes de loisirs et d’opportunité de vie, les perspectives sont limitées ? C’est forcément un dé pour les EPS confrontés à ce problème d’aménagement du territoire.

On ne serait donc pas sur des « déserts médicaux », avec le côté un peu culpabilisant du terme pour la médecine, mais sur des « déserts sociaux » ?

 Je ne sais pas si on peut dire « déserts sociaux », mais il y a vraiment un problème d’aménagement du territoire. Et l’aménagement du territoire, on n’en entend plus trop parler. C’est un terme qui mériterait d’être abordé quand on parle d’attractivité médicale. Les élus, que ce soit des régions, des conseils départementaux ou des municipalités, développent des initiatives, parfois en lien avec des EPS, pour promouvoir certains territoires notamment pour l’accueil des jeunes internes. J’ai en tête un certain nombre de plaquettes promotionnelles sur le bon vivre à tel ou tel endroit. Il y a aussi beaucoup de municipalités qui oeuvrent pour les maisons de Santé pluri-professionnelles (MSP). Pouvoir s’installer dans une MSP où il y a l’ensemble des professionnels paramédicaux (Kiné, infirmiers, etc.) mais aussi des sages-femmes, est un avantage pour motiver de jeunes médecins généralistes à s’installer. Des initiatives il y en a, il faudrait peut-être davantage les médiatiser. En plus des élus, l’université a un rôle très important, à la fois avec sa politique d’ouverture des stages de second cycle en dehors des CHU ou des seuls établissements des métropoles régionales et avec les coordonnateurs des diverses spécialités pour élargir l’offre de terrains de stage agréés pour les étudiants de 3e cycle. La politique institutionnelle sur le sujet est bien sûr portée par DAM et PCME, mais il ne faut surtout pas oublier le rôle majeur des chefs de service. Parce ce sont les chefs de service et les équipes médicales, qui donnent envie à des jeunes internes de rester ou de revenir dans un service ou dans un EPS. Ce sont eux qui doivent communiquer sur les projets, la dynamique de service et les opportunités de recrutement. L’ambiance de l’équipe et le sens au travail, ce sont les éléments fondamentaux en 2022. Il y a une nouvelle génération de médecins pour qui le collectif et l’environnement de travail est encore plus important que cela n’était il y a 10 ou 20 ans.

Quel impact réel ont vraiment eu toutes les différentes mesures comme la prime d’engagement dans la carrière hospitalière (PECH), la prime de solidarité territoriale (PST), ou les autres primes, sur la fidélisation, les compensations d’effectif et le recours à l’interim ?

La PECH est désormais considérée comme un dû pour les spécialités sous tension nationale. Lorsque les textes avaient été publiés en 2017, la philosophie était de pouvoir disposer de cette mesure pour les territoires les plus en difficulté en termes de démographie médicale.

Si aucun établissement ne peut se permettre de ne pas donner la prime aux anesthésistes ou aux imageurs, le concept de spécialité sous tension locale, a été néanmoins un petit peu dévoyé en fonction des politiques régionales des Agences Régionales de Santé, avec parfois des reconnaissances assez massives, et privant ainsi de l’avantage  financier les territoires les plus défavorisés.

La PECH ne vaut que pour 3 ans et n’empêche pas les départs ensuite. Nous ne disposons pas encore de statistiques compar