

Épidémiologie du VRS
Le VRS est un virus à ARN simple brin, enveloppé, classé dans la famille des Pneumoviridae. Ce virus ubiquitaire, présentant deux sous-types (A et B), est très contagieux : il se transmet par contact direct (salive, éternuements, toux, mains) ou indirect (objets souillés). L'expression clinique d'une infection à VRS chez le nouveau-né et le nourrisson peut aller de la rhinite au syndrome de détresse respiratoire aiguë.
Le VRS est responsable de 60 à 70 % des 480 000 cas annuels de bronchiolite chez les enfants de moins de deux ans en France (Santé Publique France). Parmi les enfants de moins d'un an, 2 à 3 % sont hospitalisés pour une bronchiolite sévère (2). Selon les données épidémiologiques de 2023-2024, le VRS a été impliqué dans 73 % des cas admis en réanimation (seul ou en co-infection) (3). Les cas étaient majoritairement âgés de moins de 6 mois (79 %), et 28 % présentaient au moins une comorbidité identifiée ou étaient prématurés. En France, les décès liés à cette infection sont inférieurs à 1 %, mais la bronchiolite demeure la première cause d'hospitalisation pédiatrique et entraîne une désorganisation importante des urgences et des services de pédiatrie (3). Enfin, Il y a également un impact à long termes comme un risque majoré dans la survenue de l'asthme ou des infections à Pneumocoque qui peuvent être associés à la survenue d'une bronchiolite à VRS dans la petite enfance (4, 5).
À l'échelle mondiale, le VRS constitue une priorité de santé publique. Il serait responsable chaque année de 33 millions d'infections aiguës des voies respiratoires inférieures. Si les formes sévères touchent davantage les nourrissons à risque, le virus entraîne environ 3,6 millions d'hospitalisations, la majorité concernant des enfants sans comorbidités. Enfin, il est impliqué dans 26 000 à 101 000 décès annuels chez les moins de cinq ans (6).
Stratégies de prévention et vaccination maternelle
Face à l'absence de traitement curatif contre les infections à VRS, deux grandes stratégies préventives sont aujourd'hui disponibles. Les données disponibles à ce jour ne permettent pas de comparaisons robustes entre ces deux approches, qui restent alternatives. La première repose sur l'immunisation passive, par l'administration d'anticorps monoclonaux (nirsévimab et palivizumab), qui confère une protection directe au nourrisson. La seconde approche, plus récente, repose sur la vaccination maternelle en fin de grossesse. Elle vise à induire une réponse immunitaire chez la mère et à transférer les anticorps protecteurs au foetus via le placenta, conférant ainsi une immunité dès la naissance. C'est dans cette logique qu'a été développé RSVpreF, un vaccin bivalent à protéine F de préfusion stabilisée contre le VRS. Ce vaccin a reçu une AMM européenne en août 2023 pour la protection passive contre la maladie des voies respiratoires inférieures causée par le VRS chez les nourrissons, de la naissance jusqu'à l'âge de 6 mois, à la suite de l'immunisation active de la mère pendant la grossesse. Il est aujourd'hui autorisé dans plusieurs pays, avec une fenêtre d'administration variable selon les recommandations locales. La Direction générale de la santé (DGS) a saisi la HAS le 4 mai 2023 afin d'évaluer la pertinence d'intégrer ce vaccin dans la stratégie de prévention des infections à VRS. Les recommandations de la HAS, émises en juin 2024, reposent sur une analyse complète de son intérêt médico-économique et prennent en considération, entre autres, les études phares présentées ci-dessous.
Essai MATISSE : efficacité du vaccin RSVpreF
L'essai MATISSE est une étude de phase 3, randomisée (1:1), en double aveugle et contrôlée par placebo, multicentrique, conduite dans 18 pays, ayant inclus 7 420 femmes enceintes entre 24 et 36 semaines d'aménorrhée (7). L'objectif principal était d'évaluer l'efficacité du vaccin bivalent RSVpreF administré en dose unique pendant la grossesse, dans la prévention des infections des voies respiratoires inférieures sévères associées au VRS chez les nourrissons, avec un suivi allant jusqu'à 180 jours (6 mois) après la naissance. À l'issue de l'analyse finale de l'étude, menée entre juin 2020 et octobre 2023, l'efficacité vaccinale (critère de jugement principal) contre les formes sévères dans les 90 premiers jours de vie s'élevait à 82,4 % (IC95 % : 57,5–93,9), et restait significative jusqu'à 180 jours avec 70,0 % (IC95 % : 50,6–82,5) sans atteindre le cut-off minimal de 20% défini dans le design de l'étude. Concernant les formes modérées (toutes formes associées à une consultation médicale), l'efficacité observée était de 57,6 % (IC95 % : 31,3–74,6) à 90 jours. Une protection contre les hospitalisations liées au VRS a également été démontrée avec une réduction de 69,7 % (IC95 % : 37,1–86,7) à90 jours, et de 55,3 % (IC95 % : 23,8–74,6) à 180 jours. L'étude confirme un bon profil de tolérancechez les femmes enceintes ainsi que chez les nourrissons. L'immunogénicité a également été évaluée, avec des réponses immunitaires robustes observées chez les femmes vaccinées, et un transfert placentaire efficace des anticorps neutralisants RSV-A et RSV-B vers les nouveau-nés. Ce transfert semble optimal lorsque la vaccination avait eu lieu au moins 14 jours avant l'accouchement.
Essai MATISSE : sécurité maternelle et néonatale
Il est important de rappeler que la sécurité de la vaccination maternelle contre le VRS a été placée sous surveillance renforcée après l'arrêt anticipé d'un essai concurrent en raison d'un excès de naissances prématurées (RR 1,74 ; IC95 % : 1,08–2,74) et de décès néonataux attribués à la prématurité dans le groupe vacciné. Ce contexte a justifié la publication, en février 2025, d'une analyse approfondie des données de sécurité de l'étude MATISSE, notamment sur la prématurité (8). Dans cette étude, les taux de naissances prématurées (inférieur à 37 SA) étaient de 5,7 % dans le groupe RSVpreF contre 4,7 % dans le groupe placebo, avec un risque relatif de 1,20 (IC95 % : 0,98–1,46), non statistiquement significatif. La majorité des naissances prématurées étaient tardives (entre 34 et 36 SA), représentant 89,3 % des cas dans le groupe vacciné et 93,0 % dans le groupe placebo. Les naissances très prématurées (inférieur à 32 SA) étaient rares et identiques entre les groupes (0,2 %, RR 1,00 ; IC95 % : 0,35–2,84). Les issues néonatales telles que le poids de naissance, les hospitalisations et la mortalité étaient comparables entre les groupes. Une analyse par région a révélé que dans les pays à hauts revenus, les taux de prématurité étaient identiques entre les groupes (5,0 % chacun ; RR 1,00 ; IC95 % : 0,79–1,28), tandis que dans les pays à revenus intermédiaires, une augmentation était observée (RSVpreF : 7,0 %, placebo : 4,0 % ; RR 1,73 ; IC95 % : 1,22–2,47), notamment en Afrique du Sud (RSVpreF : 8,3 %, placebo : 4,0 % ; RR 2,06 ; IC95 % : 1,21–3,51). Néanmoins, compte tenu d'un potentiel surrisque de naissances prématurées (non significatif pour ce vaccin, mais ayant conduit à l'arrêt du développement d'un vaccin concurrent), la HAS recommande dans son premier avis en 2024, à l'instar d'autres pays, que le vaccin soit administré uniquement entre 32 et 36 semaines d'aménorrhée, tout en soulignant la nécessité d'un suivi post-AMM rigoureux pour mieux comprendre les différences régionales observées.
Données de vie réelle : étude BERNI en Argentine
L'étude BERNI, menée en Argentine – premier pays à avoir mis en place un programme national de vaccination maternelle contre le VRS (32–36 SA) – constitue l'une des premières évaluations en vie réelle de l'efficacité du RSVpreF (9). Cette étude cas-témoins a inclus 505 nourrissons hospitalisés pour infection respiratoire basse entre avril et septembre 2024. Les cas étaient positifs au VRS, les témoins négatifs, et l'exposition recherchée était la vaccination maternelle via le registre national NOMIVAC.
Le critère de jugement principal montre une efficacité vaccinale estimée à 78,6 % (IC95 % : 62,1–87,9) contre les hospitalisations liées au VRS chez les nourrissons de 0 à 3 mois, et à 71,3 % (IC95 % : 53,3–82,3) jusqu'à 6 mois. L'efficacité à 6 mois contre les formes sévères hospitalisées (critère de jugement secondaire) est estimée à 76,9 % (IC95 % : 45,0–90,3).
Parmi les nourrissons hospitalisés, ceux nés de mères non vaccinées étaient plus souvent admis en soins intensifs. Aucun décès n'a été rapporté chez les enfants exposés à la vaccination, contre trois dans le groupe non vacciné. Ces données, ajustées par régression logistique pondérée, renforcent les résultats de l'essai MATISSE dans un contexte réel.
Saison 2024–2025 : bilan des stratégies préventives
Avant la pandémie de COVID-19, les épidémies de bronchiolite liées au VRS suivaient un schéma saisonnier relativement stable, avec un début en novembre, un pic en décembre et une fin d'épidémie fin janvier. Depuis la levée des mesures barrières, les saisons 2021–2022 et 2022–2023 ont été marquées par des vagues plus précoces, prolongées et intenses, générant une forte pression sur les services pédiatriques.
En contraste, l'épidémie de bronchiolite 2024–2025 a été d'intensité modérée, avec une baisse notable des hospitalisations chez les nourrissons de moins de six mois, selon Santé publique France. Cette évolution favorable semble résulter de l'effet combiné de la vaccination maternelle contre le VRS recommandée par la HAS en 2024 pour les femmes enceintes entre 32+0 et 36+6 semaines d'aménorrhée, et de l'administration d'anticorps monoclonaux aux nourrissons. La campagne de vaccination s'est déroulée entre septembre 2024 et janvier 2025 en métropole, avec une dose unique administrée pendant ce terme. Si l'impact spécifique de chaque intervention reste difficile à isoler, leur effet global constitue un signal encourageant. La HAS souligne d'ailleurs la complémentarité de ces stratégies, en particulier pour les enfants nés avant 32 semaines d'aménorrhée ou non exposés au vaccin in utero, et recommande une approche fondée sur la décision médicale partagée, en fonction du statut vaccinal et du terme prévu de l'enfant.
Ces éléments suggèrent que la combinaison des outils de prévention permet non seulement de mieux protéger les nourrissons les plus vulnérables, mais aussi de restaurer une dynamique épidémique plus prévisible et soutenable. Il s'agit d'une avancée significative en santé publique, qu'il conviendra de consolider par une couverture optimale et une surveillance continue dans lesquelles les gynécologues-obstétriciens ont un rôle majeur.
Références
1. HAS. Recommandation vaccinale contre les infections à VRS chez les femmes enceintes.2024 ; https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-06/recommandation_vaccinale_contre_les_infections_a_vrs_chez_les_femmes_enceintes_2024-06-12_16-22-54_898.pdf
2. Demont C, Petrica N, Bardoulat I, Duret S, Watier L, Chosidow A, et al. Economic and disease burden of RSV-associated hospitalizations in young children in France, from 2010 through 2018. BMC Infect Dis. 2021 Aug 2;21(1):730.
3. SPF. Bulletin épidémiologique bronchiolite. Bilan de la surveillance 2022-2023. [Internet]. [cited 2025 Jul 16].
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/bronchiolite/documents/bulletin-national/bulletin-epidemiologique-bronchiolite.-bilan-de-la-surveillance-2022-2023
4. Rosas-Salazar C, Chirkova T, Gebretsadik T, Chappell JD, Peebles RS, Dupont WD, et al. Respiratory syncytial virus infection during infancy and asthma during childhood in the USA (INSPIRE): a population-based, prospective birth cohort study. Lancet. 2023 May 20;401(10389):1669–80.
5. Dagan R, van der Beek BA, Ben-Shimol S, Greenberg D, Shemer-Avni Y, Weinberger DM, et al. The COVID-19 pandemic as an opportunity for unravelling the causative association between respiratory viruses and pneumococcus-associated disease in young children: a prospective study. EBioMedicine. 2023 Apr;90:104493.
6. Li Y, Wang X, Blau DM, Caballero MT, Feikin DR, Gill CJ, et al. Global, regional, and national disease burden estimates of acute lower respiratory infections due to respiratory syncytial virus in children younger than 5 years in 2019: a systematic analysis. Lancet. 2022 May 28;399(10340):2047–64.
7. Simões EAF, Pahud BA, Madhi SA, Kampmann B, Shittu E, Radley D, et al. Efficacy, Safety, and Immunogenicity of the MATISSE (Maternal Immunization Study for Safety and Efficacy) Maternal Respiratory Syncytial Virus Prefusion F Protein Vaccine Trial. Obstet Gynecol. 2025 Feb 1;145(2):157–67.
8. Madhi SA, Kampmann B, Simões EAF, Zachariah P, Pahud BA, Radley D, et al. Preterm Birth Frequency and Associated Outcomes From the MATISSE (Maternal Immunization Study for Safety and Efficacy) Maternal Trial of the Bivalent Respiratory Syncytial Virus Prefusion F Protein Vaccine. Obstet Gynecol. 2025 Feb 1;145(2):147–56.
9. Marc GP, Vizzotti C, Fell DB, Nunzio LD, Olszevicki S, Mankiewicz SW, et al. Real-world effectiveness of RSVpreF vaccination during pregnancy against RSV-associated lower respiratory tract disease leading to hospitalisation in infants during the 2024 RSV season in Argentina (BERNI study): a multicentre, retrospective, test-negative, case–control study. The Lancet Infectious Diseases [Internet]. 2025 May 5.
Radostina VASILEVA
Présidente de l'AGOF
Article réalisé avec le soutien institutionnel de Pfizer

