

La dépression post-partum touche une mère sur six et un père sur vingt. Elle est la première cause de mortalité maternelle dans l'année qui suit l'accouchement, principalement en raison du suicide. Pourtant, elle reste encore largement méconnue, sous-diagnostiquée et insuffisamment prise en charge.
Un tabou qui persiste, malgré la libération de la parole
Alors que l'on pourrait penser que la médiatisation croissante des difficultés périnatales aurait favorisé la compréhension du phénomène, la réalité est toute autre. Selon le sondage national « Dépression post-partum : entre méconnaissance et silence », 72 % des Français s'estiment mal informés sur cette maladie.
Plus encore, 76 % des personnes interrogées déclarent qu'il s'agit d'un sujet difficile à aborder, y compris avec les professionnels de santé.
Ce silence s'enracine dans l'idéalisation persistante de la maternité. On continue d'attendre de la mère qu'elle soit immédiatement disponible, joyeuse et naturellement compétente. Tout écart est vécu comme une défaillance personnelle. La culpabilité, l'isolement et la honte forment alors un terreau propice à l'aggravation des symptômes.
Un manque de repérage et un parcours de soins encore lacunaire
Si la dépression post-partum est une pathologie à part entière, elle est souvent confondue soit avec le baby blues, soit avec une fatigue « normale » après l'accouchement. Le baby blues est transitoire et disparaît en quelques jours. Alors que la dépression post-partum s'installe dans la durée, altère le lien parent-bébé et peut mener à des idées suicidaires.
Malgré les efforts récents (entretiens prénatal et postnatal obligatoires, plan des 1000 jours), le repérage demeure très insuffisant : près de 90 % des femmes ne bénéficieraient pas de l'entretien postnatal précoce pourtant prévu.
Les soins, eux aussi, restent mal compris
80 % des répondants se disent mal informés sur les traitements médicamenteux possibles.

Beaucoup pensent que seules des pratiques de bien-être (yoga, relaxation, hypnose) suffisent. Or, si ces approches peuvent soutenir l'équilibre émotionnel, elles ne remplacent en aucun cas une prise en charge médicale, psychologique et sociale structurée.
Un impact profond, qui dépasse la mère
La dépression post-partum affecte la mère, dont la perception d'elle-même et la capacité à prendre soin d'elle sont altérées. Elle affecte aussi le nourrisson, dont le développement émotionnel et cognitif dépend de la qualité du lien d'attachement. Et elle affecte potentiellement le couple, car le co-parent peut lui-même être affecté (1 père sur 20).
La société, au regard des coûts humains, sociaux et économiques considérables, doit s'engager sur vingt mesures pour changer l'avenir.
Le rapport propose une stratégie nationale structurée autour de trois axes :
1 Informer massivement
- Campagne nationale dès 2025, incluant campagnes numériques, villes, maternités, écoles.
- Intégration de la santé mentale périnatale dans les programmes scolaires dès le collège.
2 Détecter précocement
- Désignation d'un professionnel de référence (souvent sagefemme) dès la grossesse.
- Diffusion systématique d'un outil validé de repérage dans le suivi prénatal et postnatal.
3 Soigner de manière coordonnée
- Accès facilité à la psychothérapie, au soutien à domicile, aux soins mère-bébé.
- Développement de structures de psychiatrie périnatale dans tous les territoires.
- Amélioration de l'accès à des traitements médicamenteux lorsque nécessaires.
Un mouvement déjà en marche, qu'il faut maintenant amplifier.
Les contributeurs du rapport parmi lesquels la pédopsychiatre Anne-Laure Sutter-Dallay, la députée Anne-Cécile Violland, l'association Maman Blues, les sages-femmes Noémie Decotte et Charlotte Deschamp, administratrice l'ONSSF, ou encore les chercheurs en psychologie périnatale ont rappelé l'essentiel : personne ne traverse cette maladie par choix. C'est à la société d'adapter ses structures, ses discours et ses politiques pour que la maternité ne soit plus un espace de solitude et de silence !
*Référence :
https://pergamon.fr/wp-content/uploads/2024/10/BIOGEN-depression-post-partum-1009.pdf

Elise LAISNE
Sage-femme
Pour l'ONSSF

