
Targeted oral peptide icotrokinra for psoriasis involving highimpact sites
Gooderham M, ET Al Nejm Evid. 2025
Introduction
Le psoriasis en plaque peut significativement altérer la qualité de vie des patients atteints de cette maladie inflammatoire chronique. Les biothérapies se sont rapidement positionnées dans le traitement des formes modérées à sévère mais posent des problèmes d'acceptabilité du mode d'administration.
L'icotrokinra est un peptide oral ciblé qui bloque sélectivement le récepteur de l'interleukine 23 (IL-23R). Des essais de phase 2b (FRONTIER 1 et 2) avaient montré des taux de blanchiment cutané encourageants et un profil de sécurité favorable sur 52 semaines.
Matériel et méthode
Il s'agit d'une étude de phase 3, randomisée, en double aveugle, contrôlée par placebo, multicentrique. Les participants (supérieur ou égale à 12 ans) avec psoriasis en plaques de sévérité au moins modérés avec atteinte d'au moins une zone à fort impact (cuir chevelu, palmo-plantaire, génital) ont été randomisés 2:1 pour recevoir l'icotrokinra 200 mg/jour ou placebo pendant 16 semaines.
Le critère de jugement principal était la proportion de patients atteignant un score Investigator's Global Assessment (IGA) de 0 ou 1 à la semaine 16. Les critères secondaires évaluaient le score IGA au niveau du cuir chevelu, des organes génitaux et des mains/pieds.
311 participants ont été randomisés (icotrokinra n=208 ; placebo n=103). L'âge moyen était de 44,7 ans, 64,3 % étaient des hommes et la durée moyenne de la maladie était de 16,3 ans. La grande majorité (94,5 %) avait un IGA ≥3. Les zones à fort impact représentées étaient : cuir chevelu (n=252, 81 %), organes génitaux (n=140, 45 %) et mains/ pieds (n=71, 23 %).
Résultats
Le critère de jugement principal était statistiquement significatif avec une différence ajustée de 51% (IC 95 % : 42,1–58,8 ; P inférieur à 0,001) entre les patients sous icotrokinra et sous placebo.
Concernant les critères secondaires, il existait une différence statistiquement significative pour l'atteinte du cuir chevelu : 65,9 % vs 10,6 % (différence : 55,5 % ; P inférieur à 0,001) et des organes génitaux : 76,5 % vs 21,4 % (différence : 55,4 % ; P inférieur à 0,001). En revanche, la différence n'était pas statistiquement significative pour l'atteinte des mains et des pieds : 41,7 % vs 26,1 % (différence : 16,7 pp ; P=0,14).
Concernant la tolérance, des effets indésirables sont survenus chez 50 % des patients sous icotrokinra et 42 % sous placebo. Les plus fréquents étaient la nasopharyngite (12,5 % vs 10,7 %) et les infections des voies respiratoires supérieures (4,3 % vs 4,9 %). Les événements indésirables graves étaient rares (0,5 % vs 1,9 %). Aucun décès n'a été rapporté. Un cas de mélanome in situ a été signalé chez un patient ayant un antécédent de mélanome.
Discussion
Les auteurs soulignent que les taux de blanchiment obtenus avec l'icotrokinra pour la peau globale, le cuir chevelu et les organes génitaux sont semblables à ceux observés avec les biothérapies anti-IL-23.
L'absence de significativité statistique pour les mains et pieds est discutée selon plusieurs hypothèses : un déséquilibre de sévérité à l'inclusion (35 % des patients du groupe icotrokinra vs 17 % dans le groupe placebo avaient un score hf-PGA de 4), une faible taille d'échantillon dans ce sous-groupe, un taux de réponse placebo plus élevé qu'attendu et surtout l'implication de voies biologiques distinctes dans le psoriasis palmo-plantaire.
Les auteurs reconnaissent plusieurs limites : la durée de traitement relativement courte de 16 semaines, le faible nombre d'adolescents inclus et l'absence de comparateur actif, le placebo ayant été choisi pour établir le profil d'efficacité et de sécurité de la molécule en vue d'une approbation réglementaire.
Conclusion
L'icotrokinra 200 mg/jour pendant 16 semaines a démontré une efficacité significativement supérieure au placebo pour le traitement du psoriasis et pour les localisations cuir chevelu et organes génitaux, avec une tolérance du traitement acceptable. En revanche, cette différence n'était pas statistiquement significative au niveau mains/pieds.
Des données de maintien à long terme sur 3 ans sont en cours de collecte. Par ailleurs, des essais comparatifs contre le deucravacitinib et l'ustekinumab sont en cours, ce qui permettra de mieux positionner l'icotrokinra dans l'arsenal thérapeutique actuellement disponible.

