
La situation actuelle des praticiens hospitaliers est marquée par des enjeux et défis importants, qui varient d'un pays à l'autre, mais qui partagent souvent des préoccupations communes.
Stress et conditions de travail, reconnaissance professionnelle et rémunération, évolution des pratiques médicales, politiques de santé, formation continue… voici un aperçu des principaux aspects de cette situation.
Charge de travail et stress
De nombreux praticiens hospitaliers (PH) subissent une charge de travail élevée, souvent exacerbée par des pénuries de personnel et des demandes croissantes de soins.
La faiblesse des effectifs médicaux
Le Monde (Camille Stromboni du 1/9/2024) rapporte les chiffres du SNPHARe, de plus d'un tiers des postes de praticien sans titulaire à l'hôpital.
Les causes rapportées sont le manque d'attractivité, le nombre de postes que les hôpitaux décident d'ouvrir, selon les stratégies d'établissements ou les difficultés budgétaires, mais aussi les salaires peu concurrentiels par rapport à l'activité libérale.
La transformation des maternités les plus fragiles en centre de périnatalité n'est pas attractive pour les PH.
De même, nombre de jeunes médecins contractuels quittent leur poste hospitalier pour une activité libérale dès l'autorisation de s'installer, délivrée pour échapper aux contraintes et aux gardes pesantes (cf. Étude nuits blanche SNPHARe – SYNGOF infra).
La surcharge de travail dans les grandes maternités
Les rapports sénatoriaux ont abouti en 2025 à une proposition de résolution devant les constations suivantes :
• Des dynamiques territoriales contrastées ont conduit à une diminution du nombre d'accouchements dans certaines maternités et, à l'inverse, à une forte augmentation du nombre d'accouchements dans d'autres.
• Les équipes les plus fragiles sont destabilisées par le non-renouvellement des départs en retraite, la volonté des plus jeunes de travailler dans des hôpitaux ayant gardé une autorisation en cancérologie, en assistance médicale à la procréation, en diagnostique anténatal ou juste de rejoindre des équipes plus nombreuses pour limiter le nombre de garde en obstétrique et ne pas mettre les parturientes ou eux-mêmes en situation à risque devant le manque de moyens humains, techniques ou matériels.
Une demande croissante de soins par les parturientes
Ces exigences de sécurité sont partagées par les parturientes puisque lorsque les femmes sont invitées à faire un choix entre une maternité plus en capacité de prendre en charge des grossesses à risque mais plus éloignée et une petite maternité proche avec un moindre plateau technique, les femmes optent à 56 %, pour la première solution. De nombreuses femmes s'inscrivent en maternité de type 3, même si le niveau de risque ne le justifie pas.
Le souhait des femmes de « se réapproprier la naissance », de « vivre pleinement » la grossesse et l'accouchement, « avec une certaine maîtrise des événements » nécessite plus de personnel pour un suivi personnalisé en pré et post-natal comme en salle de naissance. Certaines souhaitent un recours accru à la technique.
Le stress et l'épuisement professionnel (Burnout) sont des problèmes fréquents, en particulier depuis la crise sanitaire et sociale du COVID-19.
Le risque de burn-out est aujourd'hui la première préoccupation de près des deux tiers (63 %) des médecins hospitaliers – contre seulement
29 % en population générale selon le Quotidien du médecin (Véronique Hunsinger) du 02/02/2022.
Le syndrome de la seconde victime (SVS), quand le chirurgien est la seconde victime.
Il s'agit d'un traumatisme pour le soignant après la survenue d'une complication ou d'une erreur médicale. Environ 50 % des soignants y seront confrontés au moins une fois dans leur carrière pour 20 % de complication pour les patients hospitalisés. Les gynéco-obstétriciens y sont particulièrement exposés (1).
Conditions de travail
La situation financière des hôpitaux
Les hôpitaux publics en France sont principalement financés par des dotations de l'État, qui repose sur la Tarification à l'activité (T2A).
• Endettement croissant : de nombreux hôpitaux sont confrontés à un endettement croissant, ce qui complique encore leur situation financière. Les dettes peuvent provenir de l'impossibilité de couvrir les coûts d'exploitation ou des investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures.
• Les dépenses de santé en France continuent d'augmenter, en partie à cause du vieillissement de la population, l'augmentation des maladies chroniques, l'arrivée permanente de techniques ou traitement de haute technicité coûteuse, de la demande croissante des patients dans un esprit de société de consommation. En 2023, la consommation de soins et de biens médicaux a augmenté de 5,2 % (Drees, comptes de la santé).
• Réformes récentes : Le gouvernement a mis en place diverses réformes pour tenter d'améliorer l'efficacité du système de santé, mais ces mesures sont parfois perçues comme insuffisantes ou mal adaptées aux réalités du terrain.
• Plan de relance : En réponse à la crise sanitaire liée à la COVID-19, des plans de relance ont été annoncés pour soutenir les hôpitaux, mais leur mise en oeuvre et leur impact à long terme restent à observer.
• Pénuries de ressources : Les hôpitaux font face à des contraintes budgétaires qui peuvent limiter l'accès aux équipements modernes et aux ressources nécessaires pour fournir des soins de qualité. Il y a pénurie des ressources humaines : médecins, sagesfemmes, infirmièr(e)s, ce qui compromet la qualité des soins et augmente la charge de travail.
L'étude « Nuit Blanches » sur la permanence des soins par le SNPHARe analysée par le SYNGOF pour la partie obstétricale montrait que 40 % des GO rapportent une activité programmée et non programmée du samedi matin réalisée par le médecin de garde ou déborde sur le samedi après-midi dans 36 % des cas et cela sans reconnaissance dans 31 % des cas.
Un temps de travail additionnel est effectué par 70 % des GO dont 35 % sans contrat signé et 15 % ignorent s'ils en font ou non.
Matériel et Infrastructures
Dans certains cas, les infrastructures hospitalières sont vieillissantes et nécessitent des investissements significatifs pour répondre aux normes modernes de soins. L'établissement de ces mêmes normes est un facteur d'augmentation des dépenses de santé.
« L'effet inflationniste du progrès technique sur les dépenses de santé est typiquement retenu comme l'une des explications de la corrélation observée au niveau macroéconomique entre PIB et dépenses de santé » (Haut Conseil pour l'avenir de l'Assurance Maladie (2016), Innovation et système de santé) (2).
Reconnaissance et rémunération
Salaires
Les questions de rémunération sont souvent au centre des préoccupations. Les praticiens hospitaliers peuvent estimer que leur salaire ne reflète pas la charge de travail et les responsabilités qu'ils assument.
Reconnaissance professionnelle
La reconnaissance de l'expertise et de l'engagement des praticiens hospitaliers est jugée insuffisante, ce qui peut affecter la satisfaction au travail.
Une étude canadienne rapportait en 2003 : « La reconnaissance est un facteur de protection important pour la santé psychologique des employés.
Ceux obtenant un niveau élevé de reconnaissance de la part de leur gestionnaire vivent moins de détresse psychologique (33 %) que ceux qui en reçoivent peu (67 %). Les pratiques de reconnaissance constituent ainsi de saines habitudes de gestion à renforcer au sein des entreprises ».
Il s'agit de celle :
• Des collègues, l'individualisme dans la société comme dans les hôpitaux s'accentue et la fermeture systématique des Internats n'y est pas étrangère.
• Des patientes, qui disent « bon courage » depuis le COVID mais sont de plus en plus exigeantes.
• Des Directions… (3)
Dans la pratique, nous constatons au SYNGOF que les praticiens hospitaliers ne bénéficient pas de reconnaissance ni de soutien des patientes, pas plus que des Directions.
« L'esprit de corps » semble avoir disparu dans le corps des praticiens hospitaliers, surtout lorsque l'une ou l'un d'entre eux est en difficulté. La protection fonctionnelle due au praticien hospitalier en tant que fonctionnaire, n'est malheureusement pas toujours appliquée par les Directions.
Évolution des pratiques médicales
Nouvelles technologies
L'intégration des technologies numériques et des approches basées sur les données modifie les pratiques médicales, nécessitant une formation continue pour les praticiens.
Pourtant ces nouvelles techniques sont coûteuses en matière d'argent, de temps, d'énergie et de personnels, denrées de plus en plus rares dans nos hôpitaux.
De plus l'accès de praticiens à ces technologies est conditionné à d'autres facteurs, comme le rapporte l'Association Française d'Urologie-AFU Urofrance.org
« L'apprentissage de la chirurgie assistée par robot… l'explosion de la chirurgie robotique… la seule formation actuelle est assurée par une seule société ». Sans ce précieux Graal, nombre de praticiens restent loin de ces machines.
L'AP-HP a d'un côté dépensé 52 millions d'euros pour les neuf robots… bien qu'étalé sur 7 ans, mais réduit drastiquement ses effectifs non médicaux en raison de comptes dans le rouge (Les Echos investir - 13 avr. 2019).
Les techniques comme Le V-NOTES (Vaginal Natural Orifice Transluminal Endoscopic Surgery) pour les annexectomies et hystérectomies prophylactiques, chirurgie préventive sans cicatrices visibles, nécessitent un apprentissage et du matériel consommable.
Médecine personnalisée
L'accent accru sur la médecine personnalisée et les traitements innovants nécessite une adaptation constante des compétences.
Réformes, politiques de santé et lourdeur administrative
Réformes en cours
De nombreux pays mettent en oeuvre des réformes pour améliorer le système de santé, ce qui peut affecter le travail des praticiens hospitaliers, tant positivement que négativement.
Santé mentale
« Le vrai problème n'est pas de travailler plus longtemps, mais plus longtemps dans de mauvaises conditions » Alexandra Lugova Economiste, tribune
Le Monde Publié le 24 mai 2025. Une étude menée dans 14 pays montre que prolonger la vie professionnelle peut nuire à la santé mentale, en cas de mauvaises conditions de travail.
Selon un baromètre sur la charge mentale des soignants en France, portant sur plus de 1000 médecins, dont la moitié hospitaliers (Posos, la medtech et Lifen 2023), face à une crise sans précédent de l'hôpital public et à de nombreuse fermetures de services :
• 94 % des soignants ressentaient une fatigue intense au travail, impactant la qualité des soins pour 89 % d'entre eux à cause de leur stress.
• Parmi les médecins, ceux qui travaillent à l'hôpital sont les plus susceptibles de déclarer fréquemment ressentir de la fatigue, avec un taux de 60 %.
Les principales causes :
• La lourdeur administrative, cause majeure de l'épuisement des soignants : selon Achat logistique, info datée du 23 novembre 2023, Jean-Marc Binot : les professions médicales sont éreintées, première cause, pour 63 % des PH, les tâches administratives.
• La qualité de vie au travail (QVT) pourrait être améliorée par des outils numériques plus ergonomiques.
• Le manque de temps de récupération (43,5 %).
• Le mauvais management et la mauvaise organisation, la gestion du travail et des équipes (40,5 %).
• Le manque de matériel adapté en quantité suffisante (22 %) : 34 % des médecins hospitaliers sont touchés par l'inefficacité des outils numériques (34 %).
• La complexité de la gestion des patients (43 %).(4)
Participation aux décisions
Éloignés des décisions hospitalières, l'idée de faire participer les praticiens hospitaliers au processus décisionnel concernant les politiques de santé, pourrait renforcer l'amélioration des soins. « Il est encore possible de transformer les hôpitaux en des lieux attractifs où il fait bon travailler » Tribune Le Monde daté du 19/09/2024.
Des consultants ont décrit des expériences menées dans des hôpitaux européens, montrant la possibilité d'attirer et fidéliser le personnel soignant par des approches managériales innovantes :
• Des modèles de gouvernance décentralisée avec engagement et autonomie :
« … Le centre hospitalier de Valenciennes (Nord)… les professionnels de santé trouvent dans cette nouvelle approche l'opportunité de participer activement aux décisions qui affectent leur travail au quotidien, comme des recrutements ou des achats ».
• Équilibre entre vie professionnelle et vie privée dans les Hôpitaux universitaires de Genève :
Le « programme 3P » (Patients, Professionnels et Grand Public) place le patient au coeur des innovations de l'établissement.
• Les hôpitaux qui adoptent des technologies avancées comme l'intelligence artificielle (IA) améliorent l'efficacité et la qualité des soins en automatisant certaines tâches administratives et logistiques. Ces outils libèrent du temps pour les soignants, qui peuvent alors se concentrer sur leur mission première : soigner.
Formation continue
La nécessité de mettre à jour ses compétences et ses connaissances est cruciale, et les praticiens sont souvent encouragés à poursuivre leur formation tout au long de leur carrière.
La formation continue et le développement professionnel peuvent aider les médecins à rester motivés et passionnés par leur travail (5).
Conclusion
La situation des praticiens hospitaliers est complexe et en constante évolution. Les défis auxquels ils font face nécessitent une attention particulière de la part des décideurs politiques, des gestionnaires d'hôpitaux et des professionnels de la santé eux-mêmes. Une approche collaborative et axée sur le bien-être des praticiens est essentielle pour garantir des soins de qualité aux patients et améliorer la satisfaction des professionnels de santé.
Le SYNGOF, seul syndicat de gynéco-obstétricens privé et publics, est membre de l'intersyndicale Action Praticien Hospitaliers (APH).
Le SYNGOF vous représente au Conseil National de Gestion des Praticiens (CNG).
Le SYNGOF, par son pôle Praticiens Hospitalier dynamique, est en permanence disponible pour répondre à vos questions et vous fournir une aide précieuse.
Le nouveau site du SYNGOF est conçu pour ses adhérents dans un esprit moderne et performant pour vous informer et échanger avec vous.
Bibliographie
(1) JIM Journal International de médecine Joël Pitre 21 Mars 2024
Wu AW. Medical error: the second victim. The doctor who makes the mistake needs help too. BMJ. 2000 Mar 18;320(7237):726-7. doi: 10.1136/bmj.320.7237.726.
Scott SD, Hirschinger LE, Cox KR, et al. The natural history of recovery for the healthcare provider “second victim” after adverse patient events. Qual Saf Health Care. 2009;18(5):325–330. https://doi.org/10.1136/ qshc.2009.032870).
(2) Voir aussi : Les déterminants de long terme des dépenses de santé en France, Pierre-Yves Cusset France Stratégie.
(3) In : Brun, J.P., Biron, C., Martel, J. & Ivers, H. (2003). Évaluation de la santé mentale au travail : une analyse des pratiques de gestion des ressources humaines (Rapport No. R-342). Montréal, Québec : Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.
(4) https://www.lifen.fr/ressources/blog/96-des-soignants-en-france-ressentent-une-fatigueintense- au-travail-une-alarme-sur-leur-charge-mentale
(5) Comment les médecins peuvent créer un équilibre entre vie professionnelle et vie privée : Voici 19 conseils - Sermo Team · décembre 13, 2024).

Dr Pascal DE BIÈVRE

Dr Pascale LE PORS-LEMOINE

