Regard croisé - Rencontre avec un médecin généraliste engagé

Publié le 28 May 2024 à 11:29
Article paru dans la revue « AFFEP / Le Psy Déchaîné » / AFFEP N°33
#Urgences
#Addictologue
#Psychiatre de l'enfant et de l'adolescent
#Psychiatre


Pour ce « regard croisé » sur l’engagement, nous recevons le Dr Jardel. Ce jeune médecin généraliste a su mettre en avant la ruralité, en défendant l’accès aux soins dans les zones sous-denses en médecins. Il est notamment le fondateur de Médecins solidaires et a effectué un tour de France des déserts médicaux.

Luca Pavirani : Qu’est-ce que l’engagement pour toi ?

Martial Jardel  :  L’engagement c’est accepter de se mettre dans une situation dont il est difficile de s’extraire parce que cela est juste, utile et nécessaire. C’est perdre sa liberté pour donner du sens et avoir plus d’impact au profit d’une cause. 

Différencies-tu l’engagement civique de l’engagement médical ?

Selon moi, il n’y a pas de différence entre ces deux engagements. Je me vois comme un «  citoyen-médecin ». Ce qui légitime mon activité c’est de mettre mes connaissances médicales  au  profit de la cité. Je suis avant tout un citoyen qui agit pour le bien commun et je le fais grâce à mes compétences acquises au cours de mes études. 

Sur un registre plus psychiatrique, comment te sens-tu face à la psychiatrie en tant que médecin généraliste ?

Je me sens démuni face aux pathologies psychiatriques. Notamment sur la caractérisation des symptômes. Il faut obéir à un champ lexical bien particulier, que je ne maîtrise pas.  La psychiatrie c’est la spécialité la plus transversale mais la plus à part en même temps. Il faut passer du subjectif à l’objectif, pour poser un diagnostic.

Pourquoi te sens tu démuni  ?

Je n’ai jamais fait de stage en psychiatrie et ce n’est pas la matière que j’ai le plus travaillé pour les Epreuves Classantes Nationales (ECNs). J’ai donc l’impression de ne pas avoir les outils nécessaires, ce qui laisse souvent place à de l’improvisation.

Comment fais-tu alors au quotidien ?

Cela marche beaucoup à l’intuition, et j’utilise quelques tests d’évaluation comme l’échelle de dépression de Hamilton (HAD). J’évalue bien sûr les idées suicidaires et les critères d’hospitalisation en urgences, mais beaucoup de patients avec des comorbidités psychiatriques sont déjà suivis dans des structures spécialisées comme le CMP ou bien n’ont pas le ressort social de se présenter à moi ou mes collègues.

Enfin comment décrirais-tu la santé mentale des Français ?

Sur un plan épidémiologique, les chiffres montrent que la santé mentale des Français est mauvaise. Sur un plan personnel je pense qu’on se rend collectivement malheureux et qu’il existe un pessimisme ambiant dominant. Cependant l’espoir est là, car la force collective est importante et c’est ensemble qu’on pourra changer les choses pour aller mieux. J’aime cette expression qui pour moi résume cette pensée  : «  Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ».

Luca PAVIRAN

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1716888565000