
Introduction
La pneumologie est une spécialité d'une grande diversité qui couvre à la fois les maladies chroniques fréquentes ou rares et la prise en charge d'urgences respiratoires parfois vitales. Historiquement, lorsque la réanimation médicale constituait un DES complémentaire, les pneumologues y étaient largement représentés, témoignant de la proximité naturelle entre nos disciplines et de la place centrale de l'insuffisance respiratoire aiguë dans notre pratique. La crise sanitaire liée au COVID-19 est venue rappeler avec force l'importance stratégique de la médecine aiguë respiratoire. Elle a montré combien les pneumologues sont essentiels dans l'organisation de l'offre de soins critiques, renforçant nos liens avec les réanimateurs et révélant la capacité d'adaptation de nos équipes. Chaque année, en France, près de 70 000 décès sont directement attribuables à une maladie respiratoire, et environ 20 % des admissions en soins critiques sont liées à une insuffisance respiratoire aiguë ou chronique.

Dans ce contexte, les urgences respiratoires sont au coeur de l'activité pneumologique. Les Unités de Soins Intensifs Respiratoires (USIR), essentiellement implantées dans les CHU, jouent un rôle clé. Elles offrent un cadre unique pour la prise en charge de situations aiguës complexes, nécessitant à la fois une expertise pneumologique avancée et une maîtrise des techniques de soins critiques. Préserver ces structures au sein des services de pneumologie est essentiel pour maintenir une prise en charge spécialisée de haut niveau et former les générations futures.
Le décret d'avril 2022, qui a redéfini les contours des soins critiques en France, a reconnu l'importance des USIR parmi les unités de soins intensifs de spécialité (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/ JORFTEXT000045593420). Il a également ouvert la voie à la création d'une option Soins Intensifs Respiratoires au sein du DES de pneumologie. Cette option, pensée pour répondre aux besoins actuels et futurs, vise à garantir un haut niveau de compétence et de qualité dans ces unités, et à offrir aux jeunes pneumologues une formation structurée, valorisante et adaptée aux enjeux actuels de la médecine respiratoire.
Quelles sont les conditions pour postuler à l'option USIR ?
Les internes peuvent s'inscrire à cette option dès lors qu'ils ont validé les prérequis. Ceux-ci comprennent la réalisation de deux semestres durant les phases socle ou approfondissement, un premier stage agréé à titre principal en pneumologie comportant une activité de soins intensifs respiratoires et un second stage agréé à titre principal ou complémentaire en médecine intensive-réanimation (MIR). Au moins un de ces stages doit avoir un encadrement universitaire.
Après l'inscription, ils doivent valider deux semestres supplémentaires au cours de la phase d'approfondissement. Là encore, un stage agréé en pneumologie avec activité de soins intensifs respiratoires est requis, ainsi qu'un stage agréé à titre principal ou complémentaire en MIR.
La demande d'inscription à l'option doit être déposée auprès du coordonnateur local du DES, en concertation avec le doyen de la faculté. Il est important de souligner que le nombre de places ouvertes dans cette option est limité dans chaque région, conformément au décret fixant le contingent annuel par promotion.
Quelle formation théorique accompagne l'option USIR ?
L'option USIR s'appuie sur un enseignement théorique national coordonné par le Pr Marjolaine Georges (CHU Dijon) et le Pr Laurent Savale (CHU Bicêtre). Cette formation est délivrée en présentiel à la Maison de la Pneumologie, à Paris. Le choix du format présentiel n'est pas anodin pour favoriser les échanges, la création d'un réseau entre internes et l'interactivité avec les intervenants.
L'enseignement repose sur deux séminaires de quatre demi-journées chacun. Le premier est organisé les années paires, le second les années impaires, permettant ainsi à chaque interne inscrit dans l'option de bénéficier de l'ensemble du programme sur son cycle de formation. Ces séminaires couvrent un large spectre de thématiques essentielles : compréhension des défaillances d'organes, approche multidisciplinaire avec des spécialistes de médecine intensive- réanimation, prise en charge des urgences respiratoires, gestion de la défaillance ventriculaire droite, maîtrise des techniques de ventilation… et une réfl exion structurée sur les dimensions éthiques propres aux situations d'insuffisance respiratoire aiguë et de soins critiques, incluant les décisions d'escalade ou de limitation thérapeutique, l'accompagnement des familles et les enjeux de communication. Le contenu détaillé de cette formation est présenté dans le tableau 1.
À ces enseignements s'ajoutent ponctuellement des journées de formation pratique en simulation, dédiées à l'apprentissage et la sécurisation des gestes techniques spécifiques aux soins intensifs respiratoires. Par ailleurs, il est fortement recommandé aux internes inscrits dans l'option de compléter leur formation par des enseignements universitaires complémentaires tels que les DU d'échographie cardiaque, de ventilation, ou d'autres formations pratiques utiles à l'exercice en USIR.

Tableau 1. Modules d'enseignement de l'option USIR
Quelles sont les modalités de validation de l'option USIR ?
La validation de l'option USIR s'effectue en même temps que celle du DES de pneumologie. Pour cela, l'interne doit avoir participé aux deux séminaires nationaux obligatoires et avoir réalisé l'ensemble du parcours hospitalier requis : deux stages en USIR et deux stages en MIR répartis entre les phases socle et d'approfondissement. L'anticipation du parcours, en lien avec le coordonnateur local du DES, est essentielle, d'autant plus que dans les régions dépourvues d'USIR, la réalisation de stages inter-CHU s'avère nécessaire.
La validation repose également sur la rédaction d'un mémoire spécifique à l'option USIR, portant sur une thématique en lien direct avec les soins intensifs respiratoires. Ce mémoire peut être un article publié ou soumis dans une revue scientifique. La soutenance a lieu devant les responsables pédagogiques de l'option et comprend une présentation du parcours de formation ainsi qu'une évaluation du portfolio.
L'évaluation du portfolio porte notamment sur la maîtrise des gestes techniques nécessaires à la pratique des soins intensifs respiratoires, la capacité à mettre en place et à assurer le suivi des modalités d'assistance respiratoire à domicile (oxygénothérapie, ventilation) et à intégrer les patients dans les parcours de soins dédiés ainsi que la participation à la réfl exion et aux décisions de limitation ou d'arrêt des thérapeutiques. L'ensemble de ces éléments est ensuite examiné par le doyen de la faculté, qui prononce la validation finale de l'option.
Les possibilités en post-internat ?
Dans la nouvelle organisation des soins critiques, il est désormais précisé que les USIR doivent être dirigées par un pneumologue ayant validé l'option USIR. L'obtention de cette option ouvre donc des perspectives professionnelles privilégiées : elle vous permet de vous inscrire pleinement dans la structuration actuelle des soins critiques respiratoires et de construire une carrière hospitalière au sein de ces unités spécialisées.
Pour autant, cette formation complémentaire n'est en rien limitante. La validation de l'option USIR ne vous empêche absolument pas d'exercer la pneumologie conventionnelle dans toute sa diversité. Elle constitue un atout supplémentaire, une compétence valorisée mais non exclusive, qui enrichit votre profil sans vous enfermer dans une voie unique.

Conclusion
L'option USIR représente aujourd'hui une opportunité unique pour les jeunes pneumologues souhaitant développer une expertise en médecine aiguë tout en conservant une vision globale de leur spécialité. Elle offre une formation structurée, exigeante et valorisante, en phase avec l'évolution des soins critiques respiratoires.
Pourquoi avoir choisi les soins intensifs respiratoires ?
Deux parcours illustrant la richesse et la diversité de la pneumologie en USIR
Au cours de mon internat, je me suis rapidement passionné pour les maladies rares, et tout particulièrement pour l'hypertension artérielle pulmonaire. En parallèle, j'ai longtemps hésité à m'orienter vers la réanimation, attiré par la prise en charge aiguë, le raisonnement dynamique et les aspects techniques de cette discipline. La pratique en USIR à Bicêtre m'a offert la possibilité unique de concilier ces deux centres d'intérêt. Par sa configuration et ses spécificités, l'USIR de Bicêtre illustre parfaitement la valeur ajoutée des soins intensifs respiratoires et leur complémentarité avec la médecine intensive-réanimation. Elle permet d'apporter une expertise ciblée et indispensable, notamment pour la prise en charge des défaillances cardiaques droites sévères liées à l'HTAP, en maintenant les patients au sein d'un parcours de soins spécialisé, cohérent et intégré.
Travailler dans cette unité a enrichi mon exercice clinique et m'a permis de m'épanouir pleinement, en combinant ma passion pour les maladies rares avec mon attrait pour la médecine aiguë et technique. L'USIR représente ainsi, pour moi, le lieu où se rencontrent expertise pneumologique pointue, exigence des soins critiques et approche transversale des pathologies respiratoires.
Pr Laurent SAVALE
USIR du CHU de Bicêtre,
Centre de référence de l'hypertension
pulmonaire
Au cours de mon internat, je me suis rapidement orientée vers la prise en charge de l'insuffisance respiratoire chronique sévère, attirée aussi bien par l'accompagnement des patients souff rant d'un handicap respiratoire lourd que par la prise en charge aiguë en soins intensifs. Très tôt, les techniques d'assistance respiratoire ont constitué le coeur de ma pratique clinique. J'ai toujours eu un vrai goût pour une médecine à la fois technique, exigeante et profondément humaine. L'USIR représente pour moi l'endroit où cette approche prend tout son sens. Par la diversité des situations rencontrées (exacerbations de BPCO, détresses respiratoires liées aux pathologies neuromusculaires, sevrage difficile de la ventilation mécanique post-réanimation ou obstruction des voies aériennes proximale), notre unité permet un exercice riche, transversal, ancré dans le raisonnement physiologique et la construction de parcours de soins cohérents, intégrés et durables. L'évaluation continue, l'anticipation et la coordination d'équipe sont essentielles. C'est un lieu où se rejoignent haute technicité, réfl exion clinique et approche globale du patient respiratoire et où je m'épanouis pleinement.
Pr Marjolaine GEORGES
USIR du CHU Dijon et Centre de
Référence Constitutif des Maladies
Pulmonaires Rares de l'Adultes de Dijon
Réseau OrphaLung, Filière RespiFil

Pr Marjolaine GEORGES
Soins intensifs respiratoires,
CHU Dijon
Pr Laurent SAVALE
Soins intensifs respiratoires
CHU Bicêtre

