
Rencontre avec le Dr Tara POUESSEL KAFKA, CCA
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Tara, je suis médecin urgentiste de formation (DES MU) et actuellement CCA orienté recherche clinique, partagé entre le service d'oncologie thoracique de l'Hôpital Avicenne et le service de pneumologie de l'Hôpital Delafontaine, en Seine-Saint-Denis.
En quoi consiste ton poste de CCA ?
Je partage mon temps entre ces deux hôpitaux : deux semaines de salle d'hospitalisation en onco-thoracique et deux semaines de consultation SOS Nodules Pulmonaires en pneumologie à Delafontaine, où je suis également référente cancer bronchique et coordonne le circuit des diagnostics de suspicion de cancer bronchique.
À côté de ça, j'encadre les externes et les internes, je supervise des ECOS et je gère également un projet de recherche.
Comment as-tu fait pour obtenir ce poste ? Et si on veut “juste” travailler dans ces services, comment peut-on faire ?
Un de mes anciens PH en réanimation m'a proposé ce poste lorsqu'il a repris la chefferie du service de pneumologie et de maladies infectieuses à Delafontaine. Il a obtenu ce poste via un appel à projets chapoté par l'ARS, avec comme objectif d'améliorer la prise en charge territoriale des cancers bronchiques et de les diagnostiquer le plus tôt possible afin de proposer des traitements curatifs.
Il faut rester curieux·se, ouvert·e d'esprit et avoir peut-être un petit brin de folie !

Quelles sont tes missions exactement ? Comment se déroule le travail d'urgentiste ?
Ma mission à Delafontaine est d'améliorer le parcours des patients chez qui l'on découvre un nodule ou une anomalie suspecte, de faire le lien avec les acteurs locaux (médecins généralistes, cabinets de radiologie, etc.) et d'améliorer les prises en charge globale.
À Avicenne, je suis quotidiennement exposée à des patients ayant déjà un cancer diagnostiqué et qui sont hospitalisés, avec toutes les complications, la gestion des traitements systémiques et l'importance des soins de support au quotidien. Mes deux postes sont ainsi très complémentaires.
Pourquoi ce choix de carrière ?
Initialement, c'était une opportunité un peu improbable car je ne m'orientais pas à ce type d'activité. De nature très curieuse, j'ai accepté la proposition, je me suis lancée dedans et j'apprécie beaucoup mon travail au quotidien, je ne regrette pas du tout.
J'adore mon travail d'urgentiste et de smuriste, que j'essaie également de continuer à pratiquer en faisant des gardes afin de maintenir mes compétences acquises.

Quelles sont selon toi les principales qualités d'un urgentiste requises pour réaliser ces missions ?
La hiérarchisation des problématiques, avoir une vision globale des patients, la reconnaissance et la gestion d'un patient grave, l'anticipation des problèmes et des possibles dégradations, et de ne pas se prendre trop au sérieux.
Quelles sont selon toi les difficultés particulières de ce type de poste ?
En dehors que ce n'est pas ma spécialité d'origine, c'est un poste partagé entre deux hôpitaux. L'adaptabilité peut être difficile au début, car ce sont deux activités différentes avec des organisations différentes, à réapprivoiser toutes les deux semaines. Mais c'est aussi ce qui rend ce poste aussi riche en expériences et en émotions, car on ne s'ennuie jamais, un peu comme aux urgences ou en SMUR.
Et si nos adhérents veulent vous rejoindre, comment font-ils ?
Vous pouvez me contacter par mail
Rencontre avec Clément JOLY, Interne de Médecine d'urgence à Nancy
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Clément Joly 26 ans, je suis interne de médecine d'urgence à Nancy, ville où j'avais déjà fait mon externat et j'ai construit ma maquette afin de pouvoir travailler par la suite au sein d'un Centre Antipoison (CAP).
En quoi consiste un poste de médecin au Centre Antipoison ?
Les huit Centres Antipoison (CAP) français (Angers, Bordeaux, Lille, Lyon, Nancy, Paris, Marseille, Toulouse) possèdent de nombreuses missions dont notamment la réponse téléphonique urgente (RTU), la plus connue, mais également la toxicovigilance et l'enseignement/recherche. Concernant la RTU, le senior (médecin ou pharmacien) rend les avis toxicologiques qui sont requis par le grand public ou des professionnels de santé, directement ou après transmission par un infirmier de réponse ou un étudiant. L'avis toxicologique consiste principalement en une évaluation de la cohérence du tableau présenté à l'instant t, des risques à venir et des solutions à entrevoir pour prévenir ou traiter l'intoxication. À savoir qu'une intoxication ne survient pas seulement lors de l'ingestion de médicaments mais peut être aussi secondaire à d'autres types de toxiques (produits grand public, industriels, animaux, plantes, etc.) ainsi que par d'autres voies d'exposition (oculaire, cutanée, respiratoire, etc.). Chaque année c'est un peu moins de 250 000 dossiers qui sont gérés sur l'ensemble du territoire, il peut donc y avoir comme au SAMU une nécessité de gestion du flux d'appels. Cependant le médecin n'a pas un rôle de régulateur car il ne peut pas envoyer de moyen de transport et n'a pas la connaissance de la répartition médicale du territoire (un CAP peut gérer plus d'une vingtaine de département), impliquant un lien étroit avec les SAMU. Pour la toxicovigilance, elle s'exerce en lien avec les autorités réglementaires via la détection de toxiques problématiques, des suivis et présentation de cas graves ou « marquants », de la prévention auprès du grand public, et bien d‘autres.
Comment as-tu fait pour obtenir ce poste ? Et si on veut “juste” travailler dans ce domaine, comment on peut faire ?
J'ai construit mon parcours d'internat afin de me former en toxicologie. J'ai déjà choisi une ville qui possédait un CAP mais il faut savoir que ce n'est pas une obligation (par exemple des médecins qui exercent à Strasbourg travaillent au CAP de Nancy) et j'ai signalé dans la première année à mon coordinateur mes envies d'exercice pour construire ensemble ma maquette. J'ai utilisé le stage libre de la maquette de médecine d'urgence pour faire 6 mois en CAP (il est également possible de faire 3 mois). J'ai également profité de ce stage pour passer un DU de toxicologie médicale à la faculté de Strasbourg (en distanciel cette année-là). Pour finir j'ai obtenu un stage inter-CHU au sein de la Réanimation Médicale et Toxicologique de l'hôpital Lariboisière à Paris.
Pour exercer au sein d'un CAP, il n'est pas du tout nécessaire d'avoir ce parcours ! Le DU est cependant un prérequis très apprécié. Il ne faut pas hésiter à se rapprocher du CAP de votre territoire rien que pour voir les possibilités de formation complémentaires toxicologiques disponibles sur votre territoire car dans tous les cas c'est un domaine qui fait partie du quotidien de l'urgentiste et ne sera donc pas perdu.
Pourquoi ce choix de carrière ?
Voir comment le corps humain réagit à ce qui nous entoure et réussir à prédire l'évolution d'une exposition, c'est ça qui me plaît dans la toxicologie médicale. Comme aux urgences on ne sait pas à quoi la journée va ressembler, quels cas il va falloir gérer. J'ai également toujours cherché à diversifier mes activités et c'est aussi pour cela que j'ai choisi les urgences !
Quelles sont selon toi les principales qualités d'un Urgentiste requises pour réaliser ces missions ?
Les urgentistes sont très appréciés dans ce milieu du fait de leur expérience clinique et polyvalente qui permet de détecter plus facilement un problème non toxicologique, également une facilité plus marquée dans la gestion des cas graves. Il faut être rationnel et aimer mener l'enquête pour réaliser une évaluation des risques des plus justes.
Quelles sont selon toi les difficultés particulières de ce type de poste ?
Au début j'étais déstabilisé car d'habitude c'est moi qui demande des avis et là il faut que j'en donne. Également la toxicologie est tellement vaste qu'on peut avoir l'impression de ne pas être légitime à exercer ce poste. Cependant, il n'est pas possible de tout savoir et les CAP sont justement organisés pour permettre un accès à l'information le plus simple possible pour ses praticiens (mailing avec botaniste / zoologiste / mycologue, banque nationale des produits et compositions, abonnement à des banques d'informations, bibliothèque, etc.) ; le travail du médecin est aussi de savoir où trouver l'information le plus rapidement et efficacement possible.
Et si nos adhérents veulent vous rejoindre, comment font-ils ?
Les contacts des différents cap sont disponibles sur:
https://centres-antipoison.net/
N'hésitez pas à les contacter !


