Les troubles psychiques émergents des adolescents et des jeunes adultes

Publié le 1684164296000

Prévenir, détecter et agir tôt

Les pathologies psychiatriques constituent la 1ere source de handicap chez les jeunes et un coût considérable, estimé, en France, a  19,8 milliards d’euros par an pour le régime général d’Assurance Maladie (soit 14 % des dépenses), pour un coût total direct et indirect de près de 110 milliards d’euros, et s’accompagne d’une perte moyenne d’espérance de vie de 10 à 15 ans.

Peu d’études se sont intéressées aux coûts de la maladie psychotique spécifiquement. Toutefois, une étude s’est récemment intéressée au coût moyen annuel des soins médicaux directs (coûts d’hospitalisation principalement) d’un patient psychotique adulte. Celui-ci a été estimé à 14 955 euros (écart-type : 3 455 €) par an (Laidi et al. 2018). Ce coût significatif est jugé évitable par les auteurs, notamment par le développement de prises en charge innovantes de type intervention préventive, remédiation cognitive et psychoéducation car, à l’instar d’autres domaines de la médecine, les phases initiales de la maladie psychotique (psychose débutante) semblent être une période opportune pour améliorer radicalement le pronostic de la psychose, et donc le coût sociétal et humain (Fusar-Poli et al, 2017).

Chaque année, en France, on constate l’émergence de troubles psychotiques chez au moins 15 000 jeunes. Lorsqu’un Les troubles psychiques de l’adulte - au pre- mier rang desquelles les psychoses et troubles schizophréniques - débutent précocement :
75 % apparaissent avant 25 ans et les 1ers signes peuvent apparaître dès 12 ans. Le pic d’émer- gence des troubles se situe entre 15 et 25 ans. Pourtant, 50 % des jeunes consultants en psy- chiatrie n’ont jamais vu de pédopsychiatre bien que parmi eux les 3⁄4 présentaient des troubles. Et lorsqu’ils ont été suivis en pédopsychiatrie, ils ne voient souvent plus de psychiatre à l’adoles- cence et ne savent pas dire pour quels troubles et quelles interventions ils ont été pris en charge. Rappelons également que la principale source de rechute est l’arrêt des traitements et la rupture de suivi.

Outre la sensibilisation en population générale, pour lutter notamment contre la stigmatisation, l’intervention précoce repose sur une prévention ciblée des jeunes les plus à risque, avant que les troubles ne soient trop avancés ou qu’ils ne nécessitent le recours aux urgences. C’est le schéma classique de la gradation des soins comme dans le cancer ou le diabète.

Pour cela, il faut savoir identifier au plus vite les jeunes nécessitant une prise en charge spécialisée, parmi les troubles de l’adolescence. Cela permet d’optimiser les ressources et d’aider à orienter dès le début vers la bonne structure et les soins adaptés. Or les signes spécifiques sont atténués et difficiles à reconnaître pour le jeune et les non spécialistes. Il faut former les professionnels de première ligne et surtout donner accès à des outils de repérage en ligne, y compris en autoévalution.

Cette première évaluation permet d’initier un parcours d’accès aux soins adapté, préservant le parcours de vie. Une fois un risque élevé repéré, il faut pouvoir orienter vers des structures spécialisées faciles d’accès et offrant des soins adaptés répondant aux besoins spécifiques de cette période d’âge (et à leur entourage) dans un environnement adapté non stigmatisant. La première étape est celle d’une é valuation spécialisée pluridisciplinaire permettant de confirmer l’orientation et d’identifier les besoins du jeune les leviers mobilisables ; d’autre part la mise en œuvre d’un programme de soins facilitant l’engagement du jeune pour limiter les ruptures de parcours de soins et visant le rétablissement fonctionnel en maintenant le jeune dans sa trajectoire sociale, éducative et professionnelle.

Au total, l’intervention précoce implique
• Des outils spécifiques pour évaluer des tableaux subtils difficiles à catégoriser et des supports pour sensibiliser et informer.
• De nouvelles pratiques de soins et d’accompagne- ment (case management), centré sur les besoins du patient dans une approche globale, et décentrant les soins d’un cadre trop strictement médical et hospitalier.
• Des programmes thérapeutiques adaptés, notamment des groupes de psychoéducation, particulièrement efficaces chez les jeunes.
• Le déploiement de centres sur l’ensemble du terri- toire avec une couverture de bassins de population de 300 000 à 500 000 habitants tenant compte des accès aux transports, des densités de popu- lation et des ressources existantes.

Le réseau Transition et ses centres
Initié depuis 2006 à l’échelle nationale, le réseau Transition a pour objectif l’intervention précoce pour les pathologies émergentes et les états mentaux à risque chez des adolescents et des jeunes adultes. Il est rattaché à l’Institut de psychiatrie et développe des actions de sensibilisation, de formation, de diffusion de nouvelles pratiques et du développement de recherches et le recueil de données. Le réseau Transition est partenaire du RHU PsyCARE (PIA4).
Les centres du réseau Transition constituent un réseau national couvrant l’intégralité du territoire national et outre-Mer. Nos initiatives ont permis de rassembler près de 60 équipes intéressées à développer cette activité autour d’un réseau national porté par un centre de référence et une task force rassemblant universitaires, pédopsychiatres, psychiatres spécialistes de l’adulte et professionnels du médico-social.

Les partenaires associés

Notre action s’inscrit dans un partenariat local, régional et national avec les structures de soins spécialisées (psychiatrie, pédopsychiatrie, addictologie) ou non ainsi que des réseaux spécifiques notamment Premiers Secours en santé Mentale ; Conseils Locaux de Santé Mentale ; Association d’usagers UNAFAM, collectif Schizophrénie, Promesses ; Maison Perchée ; Nightline ; Santé Mentale France, PsyCOM ; Plateforme nationale de prévention du suicide 3114 ; Établissements scolaires et Universités ; Structures médico-sociales, Maisons des Adolescents ;

Fondation Santé des Étudiants de France ; Médecins généralistes, psychiatres et psychologues libéraux ; associations professionnelles locales, Communautés Professionnelles Territoriales de Santé.
Les parties prenantes sont nombreuses, et une bonne coordination est nécessaire. À cela s’ajoute nos partenariats internationaux notam- ment dans l’IEPA (Early Intervention in Mental Health) et sa branche francophone que nous avons cofondée, le groupe de travail prévention de l’EPA, qui a élaboré et diffusé des recommandations européennes, the Prevention of Mental Disorders and Mental Health Promotion Network of ECNP et les collaborations de longue date avec les équipes pionnières du domaine, au Québec (A. Malla, R. Joober, A. Abdel Baki, E. Stip) et en Suisse (P. Conus).

Les réalisations du réseau Transition

Nos formations

La plupart des centres, même actifs, sont à un stade de développement variable et demandent un accompagne- ment et des formations. Soucieux du développement de bonnes pratiques en accord avec les recommandations internationales, le réseau Transition propose un éventail de formations : Masterclass (CAARMS, case manage- ment, programme d’éducation thérapeutique ICARE/ YOUCARE) - 160 professionnels formés depuis 3 ans - ainsi qu’un DU DIPPPEJAAD (Détection et interventions précoces des pathologies psychiatriques émergentes du jeune adulte et de l'adolescent) – Université de Paris (260 professionnels formés à ce jour) et des formations in situ. (en savoir plus : https://institutdepsychiatrie.org/ reseau-transition/boite-a-outils/).

Nos actions de communication, plus spécifiquement le site web santepsyjeunes.fr et une série de brochures d’informations en santé

La première recherche d'information, par les jeunes ou par les parents, se fait sur internet. Mais l'information est souvent fragmentée (addiction, anxiété, dépression), ou orientée de par les objectifs des intervenants (références théoriques) et/ou tout simplement contraintes mercantiles, ce qui retarde dans de nombreux cas l'accès aux soins (Birnbaum et al. 2016).
Ainsi les sites internet concernant le « bien-être » des jeunes foisonnent et ceux-ci sont parfois orientés vers des psychothérapies sans qu’il y ait d’évaluation pluridisciplinaire globale en amont, pouvant passer à côté d’une situation médicale (hépatite, anémies, carences, etc.).

Ils peuvent également être envoyés vers des pratiques quasi sectaires d’accomplissement personnel ou plus prosaïquement vers l’achat de CBD ou autres substances parfois illégales en France. À l’inverse, certains sites médicaux parlent des maladies dans leur phase chronique, et ne sont pas adaptés à la situation du jeune expérimentant des symptômes débutants, atténués : soit le jeune ne s’y reconnaît pas, soit cela a un effet anxiogène délétère.

Il est ainsi indispensable de proposer un contenu adapté, pouvant être consulté par l’ensemble de la population, jeunes concernés, parents, professionnels non spécialistes, spécialistes.

Pour répondre à cette problématique, le site www.santepsyjeunes.fr a été conçu dans le cadre du projet RHU PsyCARE (www.psy-care.fr) en étroite collaboration avec une association de pair-aidant·es La Maison Perchée.

Ce site s’adresse aux jeunes, parents, et proches ou toutes autres personnes, notamment les professionnels de première ligne (professeur·e, CPE, infirmières scolaires, éducateur·ice, ...) au contact des jeunes. Ses objectifs sont les suivants

  • Favoriser la diffusion et le partage des connais- sances concernant la santé psychique, les facteurs l’influençant et les mesures préventives ;
  • Déstigmatiser les troubles psychiatriques en mettant à disposition des informations claires et actualisées sur :
    - Les troubles psychiques, cognitifs, psychiatriques,
    - Leurs déterminants : facteurs protecteurs, facteurs précipitants ;
    - Les connaissances biologiques, cognitives, médi- cales, psychosociales ;
    - Les modalités d’accompagnement et de soins en fonction du stade et du contexte ;
  • Proposer des outils et ressources pour faciliter le repérage des situations justifiant un accompagne- ment et/ou des soins ;
  • Faciliter l’accès et l’orientation vers des soins adaptés ;
  • Rétablir une vision intégrative et optimiste des troubles psychiatriques chez les jeunes et de leurs traitements pour faciliter leur rétablissement rapide.

Le site donne accès à une cartographie des dispositifs d’intervention précoce sur le territoire national et à une série de brochures d’information en santé mentale (mais pas que !) « Mieux Vivre avec... Mieux comprendre » co-rédigées avec La Maison Perchée et des professionnels de santé initialement pensées en support de soin, afin de fournir un rappel d’informations en post-annonce diagnostique, déstigmatiser les troubles psychiques et la psychiatrie ou consolider les conseils en hygiène de vie prodigués en consultation.
Il renverra à partir du 2ème semestre 2023 à un auto- questionnaire de repérage et d’aide à l’orientation afin de faciliter aux jeunes consultants la description de leurs troubles auprès d’un professionnel spécialisé.

Nos évènements
21 mars 2023 :
JIPEJAAD, Journée Internationale des Pathologies Émergentes de l’Adolescent et du Jeune Adulte – 16 ème édition.
Paris (France).
13 juillet 2023 : 4ème congrès de l’IEPA francophone
Lausanne (Suisse).
13/14 mars 2023 : Formation à l’animation du programme d’éducation thérapeutique ICARE/YouCARE
Paris (France).
5 avril 2023 : Formation à l’échelle d’évaluation CAARMS Paris (France). 24 mai 2023 : Masterclass Case Management dans la psychose débutante.
Paris (France).
Retrouvez tous nos événements sur le site de l’Institut de Psychiatrie : http://www.institutdepsychiatrie.org/

Malgré l’essor non négligeable de l’intervention précoce depuis 2018, la France a pris du retard par rapport à la plupart des autres pays européens. La durée de psychose non traitée n’est pas systématiquement évaluée mais les quelques publications françaises l’estiment aujourd’hui de 1 à 2 ans, reflétant une difficulté d’accès aux soins adaptés, quand les pays qui ont mis en place ce type de programme voient la DPNT réduite à quelques mois (de 3 à 6 mois).
Les principales difficultés perçues sont : la nécessité de formation de praticiens du centre et des professionnels de première ligne (et notamment médecins généralistes et médecine préventive scolaire ou universitaire), les nombreuses sources de discontinuité de notre système de soins (articulation médecine « somatique » - soins en santé mentale, pédopsychiatrie-psychiatrie adulte- addictologie ou entre structures jeunes, scolaires / universitaires, médico-sociales et de soins), la difficulté de réorganiser le parcours à moyen constant et dans un contexte où le domaine est trop peu connu de l’ensemble des acteurs. En 2023, le gros œuvre du réseau Transition sera de faire valider par nos instances ministérielles un cahier des charges et un guide d’implémentation des dispositifs d’intervention précoce afin que la discipline se structure, qu’une réelle égalité des chances soit proposée aux jeunes sur le territoire et que la discipline soit reconnue au plus haut niveau face à l’enjeu sociétal que représente la santé mentale des jeunes.

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Article paru dans la revue « Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie » / AFFEP N°31

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