
La cardiologie est une discipline médicale essentielle dont la qualité repose sur une ultra-spécialisation. Toutefois, la structuration récente du Diplôme d'Études Spécialisées (DES) de Médecine Cardiovasculaire, issue de la réforme du troisième cycle, a involontairement engendré des complexités logistiques qui méritent une attention particulière. L'expertise du Collège des Cardiologues en Formation (CCF) est, dans ce contexte, précieuse pour éclairer les décideurs sur les réalités du terrain et contribuer à l'alignement des maquettes de formation avec les impératifs de santé publique.
La Complexité de la Mobilité en Phase de Consolidation
La réforme a introduit trois options professionnalisantes : l'imagerie cardiaque d'expertise, la cardiologie interventionnelle de l'adulte, et la rythmologie interventionnelle et stimulation cardiaque. Une particularité de la filière cardiologique est le positionnement de deux de ces options durant la phase de consolidation, dite de Docteur Junior (DJ). Ce calendrier rend la mobilité inter-CHU, pourtant essentielle pour l'accès à certaines formations pointues, singulièrement ardue.
Depuis 2021, les internes se trouvent confrontés à une réalité paradoxale : d'un côté, des jeunes professionnels, parfaitement préparés pour la sur-spécialisation, ne parviennent pas à accéder aux postes de formation dans leur subdivision d'origine ; de l'autre, des postes de formation dans d'autres interrégions restent vacants, faute de candidats éligibles à la mobilité. L'étude menée par le CCF pour 2025-2026 illustre ce déséquilibre avec, par exemple, 4 postes vacants en rythmologie, 8 en coronarographie et 7 en imagerie.
Des Enjeux Démographiques Critiques
Les conséquences de ces blocages dépassent le cadre individuel. Elles touchent directement la capacité du système de santé à se régénérer. La démographie des cardiologues est déjà sous tension, et celle des cardiologues interventionnels est jugée particulièrement critique : 38 % des praticiens ont plus de 55 ans. L'Académie nationale de médecine estime qu'il faudrait former plus de 50 cardiologues interventionnels par an au cours des cinq prochaines années pour pallier une pénurie annoncée. Or, le taux de pourvoi incomplet des postes d'options du DES contribue à ce déficit.
L'expérience positive de l'interne formée à Brest, qui a pu rejoindre Montpellier en 2021 et y exerce aujourd'hui comme Cheffe de Clinique, démontre le bénéfice d'un système plus souple et rappelle que chaque jeune praticien empêché est une perte potentielle pour le renforcement de l'offre de soins spécialisés sur le territoire.
Le Rôle Constructif de la Représentation
C'est dans l'optique d'un partenariat constructif que la représentation des jeunes cardiologues, via le CCF, prend toute son importance. La jeune génération apporte une connaissance intime des fl ux et des freins logistiques de la formation. L'importance de cette représentation réside dans sa capacité à fournir une expertise de terrain indispensable pour ajuster et optimiser les maquettes de formation en fonction des besoins démographiques et structurels.
Le CCF identifie ainsi plusieurs axes d'amélioration : une réfl exion sur la répartition équilibrée des sur-spécialités sur le territoire, mais surtout la clarification et la sécurisation des conditions de mobilité inter-CHU. Reconnaître l'expertise des jeunes cardiologues et intégrer leurs propositions est essentiel pour garantir que les processus administratifs facilitent la formation plutôt que de la freiner, assurant ainsi la pérennité de l'offre de soins spécialisés en France.

Dr Guillaume BAILLY
Paris

Dr Laura DELSARTE
Montpellier

