
La LC-OCT est une technique d'imagerie microscopique in vivo que l'on peut considérer, en avril 2026, comme mature et appelée à s'imposer comme un complément de plus en plus nécessaire, voire indispensable, de l'activité clinique de la nouvelle génération de dermatologues.
La genèse de la LC-OCT en dermatologie
Avant d'aborder les composantes technologiques et dermatologiques de la LC-OCT, je débuterai par le rappel de cette belle histoire scientifique et industrielle française.
Il y a 14 ans, trois jeunes étudiants de l'Institut Supérieur d'Optique de Palaiseau venaient à Saint-Étienne me présenter leur prototype bâti autour d'un brevet déposé par l'un de leurs enseignants, le Pr Arnaud Dubois. Cette jeune et brillante équipe souhaitait se confronter aux derniers modèles de caméras d'imagerie dermatologique. Or, le « showroom de l'imagerie dermatologique » français était, et reste encore, stéphanois.
Mon premier contact avec cette technologie s'est fait autour d'un banc optique. Lentilles optiques, capteur numérique, laser et autres composants électroniques étaient offerts à la vue et envahissaient ma table de bureau. Les toutes premières images étaient, pour le moins, médiocres. Mais la potentialité technologique était impressionnante. Il fallait imaginer les images qui seraient réalisables dix ans plus tard. Les premiers tests comparatifs ex vivo ont été réalisés avec une fébrilité partagée. À l'issue de ces tests expérimentaux, une feuille de route a été mise en place, tant pour le développement technologique que dermatologique du futur dispositif.
La société DAMAE® a été créée à Paris peu après cette première rencontre scientifique. Un prototype, OCTAV®, a rapidement été construit : il s'agissait de la première caméra in vivo de LCOCT. C'était un prototype d'imagerie 2D nécessitant d'amener la cible à la caméra. Parallèlement, nous mettions en place un consortium avec des services de dermatologie de Bruxelles, Sienne et Barcelone afin de préparer et d'accompagner le développement clinique de la LC-OCT.
Une analyse collégiale des premières images stéphanoises par notre consortium a conduit à identifier rapidement les clés de cette nouvelle sémiologie et à les appliquer dès le développement des premiers prototypes 2D portables. Plusieurs générations de caméras se sont succédées jusqu'à l'aboutissement d'une caméra commercialisable. Saint-Étienne a testé tous les prototypes ; une fois les dysfonctionnements identifiés puis corrigés, les machines étaient installées pour validation définitive à Bruxelles, Sienne et Barcelone, et ce jusqu'à la commercialisation.
Les publications scientifiques se sont succédées à un rythme soutenu. Nous avons publié ensemble 54 articles, qui ont contribué à la nomination de quatre professeurs… et l'histoire n'est pas terminée !
La LC-OCT en dermatologie aujourd'hui
Notre collaboration avec les ingénieurs en optique, informatique, intelligence artificielle, électronique et ergonomie de DAMAE® a participé à l'élaboration de l'outil actuel DeepLive® dans ses aspects les plus divers : poids, volume, forme de la caméra et de son embout, position des gâchettes, mais aussi logiciel, colocalisation LC-OCT/dermatoscopie, outils d'IA, etc., tout en prenant en compte les contraintes technologiques et économiques.
Si la machine actuelle correspond à un outil dont la polyvalence et la performance sont adaptées à l'utilisation du plus grand nombre de dermatologues, il n'en reste pas moins que des prototypes hyper spécialisés ont été créés et que nous évaluons à Saint-Étienne afin de déterminer leur avenir potentiel :
- Spectrométrie Raman colocalisée dans un LC-OCT (projet ANR SpectoLive) ;
- LC-OCT ex vivo (thèse de science du Dr Y. Lelonge, chirurgien ORL stéphanois) ;
- Dermatoscope ×400 colocalisé dans un LC-OCT (composante de la thèse de science du Dr Chr. Dorado Cortez, CCA du service).
Pouvoir accompagner le développement scientifique, technologique et industriel d'un dispositif médical est une expérience professionnelle que je ne peux que souhaiter au plus grand nombre.
La LC-OCT est la combinaison d'une imagerie confocale (double focalisation, sur la cible à imager et sur le capteur numérique) et d'une imagerie par tomographie en cohérence optique (OCT).
Il en découle une résolution à l'échelle du micromètre pour une image tridimensionnelle. Sont imagées en temps réel une image 2D en coupe (mode « histologie ») ou en face (mode confocal), dont on peut capter un instantané sous la forme d'une photographie ou d'une vidéo. Enfin, il est possible d'acquérir une image 3D sous la forme d'un pavé optique de 0,5 × 1,5 mm de côté et 0,5 mm de profondeur.
De plus, cette image 3D est colocalisée au sein d'une image dermatoscopique, ce qui permet d'analyser à l'échelle microscopique la totalité des zones atypiques en dermatoscopie et de conserver la trace des zones analysées. Cette colocalisation dermatoscopie/LC-OCT, en plus de son application médico-légale décrite précédemment, est également mise à profit pour caractériser in vivo la nature de la marge chirurgicale.
La LC-OCT permet également une évaluation de la peau saine, largement utilisée par l'industrie dermo- cosmétique, et qui a permis des progrès considérables dans la connaissance de la peau normale.
En dermatologie clinique, la LC-OCT est un outil utilisé au quotidien pour la caractérisation des carcinomes basocellulaires (CBC). L'outil de reconnaissance des CBC en LC-OCT par IA a montré sa fiabilité et son utilité pour l'optimisation du diagnostic chez tous les dermatologues, et plus particulièrement chez les juniors, dont les compétences ainsi optimisées tendent vers celles des seniors. Le repérage in vivo des marges des CBC cliniquement peu visibles est ainsi possible. Nous identifions les marges des CBC récidivants, infiltrants ou de topographie chirurgicale à risque, notamment. L'étude EcoBaso est en cours afin de confirmer la non-infériorité de la LC-OCT par rapport à la biopsie pour le diagnostic du CBC.
Le développement d'un outil d'IA permet également d'évaluer la protrusion des kératoses actiniques dans le derme et aide à poser le diagnostic de carcinome épidermoïde.
Des travaux sont en cours pour démontrer l'intérêt de la LC-OCT dans la caractérisation des tumeurs mélanocytaires. Toutes les pathologies épidermiques, de la jonction dermo-épidermique et du derme superficiel sont accessibles à cette technique.
La LC-OCT est bien plus qu'un outil d'imagerie : c'est une révolution pour la dermatologie moderne
En 15 ans, elle a évolué d'un prototype de laboratoire à un dispositif indispensable à la dermatologie du quotidien, combinant précision diagnostique, non-invasivité et intégration de l'intelligence artificielle. Nous clôturons cette présentation de la LC-OCT par un retour d'expérience sur la formation en imagerie proposée aux internes et aux DJ de dermatologie stéphanois (cf. figure 1).

Figure 1 : De droite à Gauche : Ines Idir, Manon Terrat, Laurine Ollier, Christian Dorado Cortez et en arrière-plan Jean-Luc Perrot.
Stage d'anatomopathologie couplé à l'imagerie : Manon Terrat et Ines Idir
Ce semestre est réparti en deux jours par semaine sur le poste d'imagerie microscopique en dermatologie et le reste de la semaine au sein du service d'anatomopathologie, aux côtés d'un médecin spécialisé en dermatopathologie. Cela offre une véritable application directe entre les lames histologiques et l'imagerie microscopique in vivo des patients vus en consultation. Cette approche croisée permet d'améliorer nos compétences en imagerie tout en renforçant notre compréhension de l'histologie.

D'une part, nous analysons les limites de la biopsie cutanée sur un seul fragment de 4 mm, et d'autre part nous observons une surface beaucoup plus étendue par l'imagerie. Ainsi, en cas de doute persistant à la dermoscopie, la LC-OCT peut trancher vers un diagnostic, évitant parfois la réalisation d'une biopsie cutanée. La LC-OCT a considérablement amélioré la précision diagnostique, en particulier dans le carcinome basocellulaire dont les critères sont désormais bien décrits et caractéristiques (Figure 2) :
- Macrolobules ou microlobules à aspect feuilleté avec phénomène de clefting.
- Triade de couleurs (gris, blanc, noir).
- Raccordement ou non à l'épiderme.

Figure 2 : (a) LC-OCT mettant en évidence des petits lobules de CBC d'architecture arborescente dans le derme (b) Histologie au microscope x10, HES, d'un CBC infiltrant
FST dermato-oncologie : Kenny Velia
La LC-OCT est devenue un outil non invasif d'aide à la décision au quotidien. Elle permet d'affiner l'indication opératoire dès la première consultation, évitant certaines exérèses moins utiles tout en identifiant les situations nécessitant une prise en charge rapide, ce qui est particulièrement précieux lorsque les plages de chirurgie sont limitées.
Mon parcours, associant HDJ d'oncodermatologie, semestre partagé avec l'anatomopathologie dédié à l'imagerie cutanée non invasive, expérience en soins palliatifs et immersion en FST d'oncologie, me permet d'appréhender l'ensemble de cette prise en charge multidisciplinaire. Dans ce contexte, l'étape diagnostique apparaît centrale et la LC-OCT occupe une place privilégiée. La confrontation entre l'image in vivo et l'analyse histologique, notamment lors du semestre couplé imagerie dermatopathologie, renforce la pertinence des décisions chirurgicales.
Nous l'illustrons par le cas d'un patient adressé pour une lésion du tronc, traitée antérieurement par cryothérapie à l'étranger, rendant l'examen clinique et dermoscopique difficile. La LC-OCT (Figure 3) a mis en évidence de grosses cellules rondes atypiques intraépidermiques en ascension pagétoïde, ainsi que quelques cellules dendritiques, conduisant à l'indication d'exérèse et à la confirmation du diagnostic de mélanome.

Figure 3 : LC-OCT colocalisée à la dermoscopie avec mise en évidence de cellules atypiques, dont certaines en ascension pagétoïde. L'acquisition est réalisée dans la zone dermoscopique comprenant un résidu de pigment
Adeline Gerest (docteur junior) et Laurine Ollier (interne en 3e année dermatologie)
Nous avons effectué un semestre partagé entre l'imagerie dermatologique (1 j/semaine : LC-OCT, microscopie confocale, FAV…) et la chirurgie maxillo-faciale (CMF) (4 j/semaine). Ce stage nous a permis d'approfondir nos compétences en analyse clinique et dermatoscopique, tout en prenant part à la prise en charge des patients, depuis le diagnostic jusqu'à la chirurgie, incluant les techniques d'exérèse et de reconstruction.

Si la dermatoscopie n'est pas toujours facile à interpréter de manière formelle, la LC-OCT facilite le diagnostic et la prise en charge chirurgicale du lentigo malin en permettant d'identifier des cellules atypiques hyperréfléchissantes, rondes ou dendritiques, volontiers péripilaires (Figure 4A). Elle permet d'éviter des biopsies faussement rassurantes réalisées en zone de lentigo actinique (figure 4B), tout en ciblant la zone suspecte en dermatoscopie et en améliorant la délimitation des marges tumorales. Cette certitude diagnostique nous a également conduit à demander des débits tumoraux afin d'identifier le follicule siège du lentigo malin, alors que le compte rendu anatomopathologique initial concluait à un lentigo actinique. La LC-OCT s'est montrée particulièrement utile en cas de récidive post-chirurgicale ou après traitement antérieur par cryothérapie ou laser du lentigo malin.

Figure 4A : 2 Lentigo malin de Dubreuilh. La LC-OCT montre un épiderme d'architecture désorganisé avec un arrangement irrégulier des couches cellulaires.
Figure 4B : Lentigo actinique la LC-OCT montre un épiderme d'architecture régulière une nappe de petites cellules brillantes non atypiques à la JDE donnant en vue de face un aspect en anneaux bordés plus ou moins tassés en « jardins à la française ».
Christian Dorado Cortez, chef clinique assistant
À Saint-Étienne, la LC-OCT n'est pas seulement un outil technologique, c'est un outil de transmission. Elle permet aux internes, aux docteurs juniors et aux médecins de corréler en temps réel l'imagerie in vivo à l'histologie, d'affiner leur regard et de progresser plus rapidement dans leur raisonnement diagnostique. Cette confrontation immédiate entre image microscopique et réalité clinique accélère l'apprentissage et renforce la pertinence des décisions.
Au quotidien, elle sécurise nos choix, structure notre formation et crée un langage commun entre clinique, imagerie et anatomopathologie. Après 15 ans d'expérience stéphanoise, la LC-OCT s'est imposée comme bien plus qu'une innovation : elle est devenue un outil pédagogique et décisionnel majeur, au service d'une dermatologie plus précise et plus responsable.
Et l'histoire n'est pas terminée : les développements en cours, l'intégration croissante de l'intelligence artificielle et les projets de recherche stéphanois laissent entrevoir une nouvelle étape, où l'imagerie guidera encore davantage notre manière de comprendre, d'enseigner et de décider.

Pr J.-L. PERROT
Dermato-Oncologie-Allergologie,
CHU NORD,
Saint-Etienne, France

