Actualités : L’importance de la visite médicale pour les nouveaux internes

Publié le 24 févr. 2026 à 13:42
Article paru dans la revue « ISNI / ISNI » / ISNI N°36

Achille Cassiot est président du Syndicat des Internes du Centre-Val de Loire (SICVL), et interne en anesthésie-réanimation au CHRU de Tours. Il a réussi à mobiliser le service de santé au travail et celui de la Santé Étudiante (SSE) lors de la journée de rentrée des néo-internes de la subdivision.

Pourquoi avoir invité la médecine du travail et celle étudiante lors de vos journées de rentrée ?

Achille Cassiot.- Le but était de sensibiliser les néo-internes à leur santé mentale et de leur apporter des éléments concrets : quelles sont les ressources au cours de l'internat en cas de problème de santé ? Quels sont les premiers signes d'alerte en cas de santé mentale dégradée et qui contacter ?

Notre particularité, en tant qu'interne, est de dépendre de deux services de santé (de l'université et de l'hôpital) qui, parfois, se renvoient la balle. En les mobilisant tous les deux pour une présentation commune, les internes pouvaient mieux identifier qui fait quoi et en profiter pour évoquer une situation plus personnelle. Nous présentons aussi notre dispositif interne au syndicat pour la santé mentale avec une adresse mail dédiée, gérée par une membre du bureau du SICVL dédiée.

Parlez-vous du caractère obligatoire de visite médicale pour tous les internes lors du premier stage ?

A. C.- Oui. Nous travaillons depuis deux-trois ans avec le service de santé au travail du CHRU de Tours pour sensibiliser davantage les internes à l'intérêt de cette visite mais concrètement, je ne sais pas combien d'internes s'y présentent. Ce que j'entends chez les internes c'est qu'ils n'ont pas de raison d'y aller ou qu'ils n'ont pas le temps. Mais je n'ai jamais entendu dire qu'un chef de service refusait de libérer l'interne le temps de cette visite sur ses heures de travail.

Les internes en médecine du travail sont-ils plus sensibilisés ?

Le bureau de l'ANIMT, l'association nationale des internes en médecine du travail rebondit sur cette question de la sensibilisation des internes à la visite médicale obligatoire.

« En pratique, même en tant qu'interne en médecine du travail, on est effectivement plus sensibilisé à l'importance de cette visite et à ses enjeux. En revanche, cela ne la rend pas forcément plus facile à réaliser.

Les contraintes de temps restent importantes : charge de travail, organisation des stages, horaires parfois peu compatibles avec les rendez-vous, fatigue… Tout cela fait que, malgré la sensibilisation, il est souvent aussi difficile de dégager du temps pour la passer.

Pour résumer, la sensibilisation est plus forte, mais les obstacles pratiques et organisationnels persistent et constituent encore un frein réel. »

Gersende Sourisce est la médecin du travail coordonnateur du Service de Prévention et de Santé au Travail à l'hôpital Trousseau de Tours. Elle était invitée à la journée de rentrée des néo-internes de Tours. Elle partage son expérience.

La visite médicale est obligatoire pour tous les internes dès leur premier stage. Comment cela se passetil à l'hôpital Trousseau de Tours ?

Gersende Sourisce.- La direction médicale nous communique chaque semestre un listing de tous les internes qui effectuent leur stage chez nous. Sur ce listing, on a l'information si l'interne a déjà passé sa visite médicale ou non. En fonction, la secrétaire de notre service rappelle systématiquement tous les internes. Au-delà la première visite médicale obligatoire, notre objectif est de convoquer tous les internes du CHU tous les deux ans/deux ans et demi. Sur le semestre passé - mai à octobre 2025 (il s'agit a minima d'internes de 2e semestre) - sur le seul site de Trousseau, 73.7 % des internes étaient à jour de leur visite médicale.

Pourquoi certains internes passent en dehors des « mailles du filet » ?

G. S.- Il s'agit pour certains d'un oubli ou par manque de temps. Nous essayons de passer directement par le secrétariat des services où ils sont en stage, cela marche très bien par exemple en cardiologie et aux urgences. Les secrétaires nous envoient le planning des internes pour caler plus facilement la visite médicale.

Quel est l'intérêt de la première visite médicale pour les internes ?

G. S.- Cela nous permet de prendre contact et de leur dire que nous sommes là si cela ne va pas. Aujourd'hui, nous avons des internes qui viennent plus facilement nous voir ou nous appeler en dehors des visites notamment pour la santé mentale, c'est un sujet moins tabou.

Comment accompagnezvous les internes en situation de handicap ?

G. S.- Quand le handicap de l'interne est « nouveau », nous prenons un RDV rapidement pour faire le point sur ses besoins. Pour ceux qui ont déjà un dossier RQTH, les hôpitaux disposent d'une enveloppe pour les accompagner. Certes, ce budget n'est pas très large mais il a le mérite d'exister. Nous travaillons en équipe avec l'ergonome et le référent des risques psychosociaux. Nous avons mis en place par exemple, des aménagements pour des handicaps moteurs et sensoriels, je pense notamment à un stéthoscope adapté à un handicap acoustique.

Comment cela se passetil en cas de handicap psychique ?

G. S.- Je dois avouer que c'est plus difficile de mettre en place des aménagements adaptés dans les services hospitaliers. Parfois, en concertation avec le service de santé étudiant, nous mettons en avant la nécessité d'un droit au remords pour changer de spécialité.

SSE ou médecine du travail de l'hôpital : qui fait quoi ?

Le Service de santé étudiant est l'interlocuteur pour les internes en médecine pour tout problème de santé qui affecte leurs études. Il reçoit, sur rendez-vous, les internes pour des consultations individuelles préventives et curatives. L'équipe est composée de médecins généralistes/gynécologue, de médecins de santé publique, de psychiatres, d'infirmiers, d'un dentiste, de psychologues, d'une orthophoniste, d'une diététicienne, d'assistantes de service social, de chargées d'accompagnement du handicap, d'une coordinatrice des Étudiants relais santé, d'une sophrologue et d'une praticienne shiatsu.

Le service de santé au travail reçoit tous les internes lors de leur premier stage en hospitalier ou en ambulatoire et pour toutes les questions de santé ayant un impact sur leur internat. Le service de santé au travail organise si besoin une adaptation du stage : horaires, exemption de gardes, stage en surnombre, grossesse, que ce soit en stage hospitalier ou en stage ambulatoire.

La médecine du travail intervient obligatoirement (article R. 4626-29 du Code du Travail ) :

Après un congé de maternité ;

Après une absence pour cause de maladie professionnelle ;

Après une absence pour cause d'accident du travail ;

Après une absence de trois semaines au moins pour cause de maladie non professionnelle ;

Après une absence de plus de trois mois.

Publié le 1771936936000