
Aujourd'hui, les diplômes complémentaires d'ultrasons se multiplient et beaucoup de spécialités ont intégré la pratique de l'échographie dans leur cursus.
Pour nous, gériatre, quelle est la place de l'échographie ponctuelle ou « pocket écho » dans notre pratique quotidienne ?
Quels bénéfices apporte-t-elle pour nos patients ?
Nous nous intéressons à la pratique du Dr Sonia Fauvet, gériatre au CH de Douai et utilisant l'échographie dans sa pratique.
Sonia, peux-tu nous expliquer quels cursus existent et lequel as-tu choisi pour ta formation ?
Ça fait 5 ans maintenant que je pratique l'échographie.
En effet, aujourd'hui de multiples formations existent pour se former à l'échographie, sur une durée d'un an en moyenne.
J'ai découvert l'échographie clinique aux urgences ce qui a facilité mon choix de la formation "L'échographie clinique appliquée à l'urgence".
Elle me paraît dans son ensemble globalement adaptée à notre pratique en gériatrie quel que soit notre mode exercice (aigü, SMR ou EHPAD), hormis certaines spécificités des urgences gynéco-obstétriques ou pédiatriques bien évidemment.
J'ai décidé de poursuivre l'aventure par la formation en échographie générale pour approfondir notamment la pratique, car en réalité en faisant seulement quelques plages d'écho, on ne devient pas expert.
C'était 3 ans de formation supplémentaire avec la nécessité de valider 4 modules de spécialités différents (échographie abdominale, urologie, vasculaire et endocrino/thyroïde).
Les modules sont très spécialisés et clairement moins adaptés à notre exercice quotidien.
La formation était certes très longue mais elle m'a permis d'acquérir de la pratique encadrée par les spécialistes pour avoir plus d'autonomie aujourd'hui.
Si j'ai un message à faire passer pour les gériatres en formation qui souhaitent se former à l'écho : N'hésitez pas à prendre la sonde pendant vos stages !
En DES de gériatrie avec la maquette actuelle, beaucoup de services permettent de pratiquer de l'écho.
La Réanimation, la cardiologie, les urgences et même certains services de gériatrie ont accès à l'échographie portable aujourd'hui.
Quelle que soit la formation que vous choisissez, la pratique régulière de l'échographie, encadrée par les spécialistes (cardiologue ou radiologue) au début reste le meilleur moyen pour progresser en écho.
Qui sait, un jour il y aura peut-être la possibilité de se former à « L'échographie clinique appliquée à la gériatrie ».
Actuellement, quelle est la place de l'échographie dans ta pratique quotidienne ?
L'échographie clinique au lit du malade reste l'activité que je préfère. Allier l'examen clinique et l'échographie peut faciliter la prise en charge dans certaines situations, notamment quand la clinique n'est pas trop parlante ou trompeuse.
Elle permet d'optimiser le traitement en attendant un examen ou un avis spécialisé.
L'échographie clinique reste un examen de débrouillage et ne remplace pas l'échographie spécialisée qui reste souvent indispensable pour poser le bon diagnostic, notamment pour l'échographie cardiaque.
Avec l'échographie clinique, on arrive à évaluer la volémie, la FEVG, repérer un épanchement péricardique. Pour le reste, on a besoin de l'œil d'expert d'un cardiologue.
Pour mettre à profit ma formation longue, je continue de réaliser des examens d'echographie vasculaire, notamment de dépistage d'artériopathie dans le cadre du diabète, cardiopathies ischémiques ou des suspicions de TVP des patients hospitalisés.
Je pratique dans le service d'explorations vasculaires avec des confrères angiologues que je peux solliciter si besoin.
Je ne fais pas exclusivement des patients âgés de 75 ans et plus.
Même si, avec le vieillissement de la population, la proportion des patients âgés est de plus en plus importante, l'échographie spécialisée doit à mon sens rester le domaine des spécialistes.
J'arrive toutefois à garder ma casquette de gériatre pour faire de la prévention pour un vieillissement réussi des personnes de 60-70 ans que je rencontre en écho, ce qui me semble tout aussi important.
Peux-tu nous expliquer en quoi l'écho « révolutionne » la pratique clinique du gériatre ?
L'échographie est un examen peu invasif et facilement réalisable au lit du malade, elle nous permet d'être plus pertinent, notamment chez nos patients fragiles avec un examen clinique qui peut rester très pauvre.
On a tous déjà été confrontés à un patient Insuffisant cardiaque en insuffisance rénale aiguë, pour lequel on hésite à dépléter par Furosémide ou remplir avec du SSI.
L'évaluation de volémie pour l'adaptation de traitement diurétique en attendant une échographie spécialisée par les cardiologues est très intéressante.
Par ailleurs, on peut aussi réévaluer des épanchements pleuraux ou articulaires, faire un diagnostic ou repérage de l'ascite, voire même aider aux ponctions écho-guidées.
L'aide au quotidien peut être variée, tout dépend des compétences de chacun car on est « bon » seulement dans ce que l'on fait tous les jours.
Il faut adapter votre pratique à l'offre de soins de votre lieu d'exercice. C'est sûr que si vous exercez dans une structure avec un accès très facile à l'imagerie, vous êtes moins tentés de faire l'écho vous même.
Si l'accès à échographie est plus difficile, l'échographie clinique a beaucoup d'intérêt.
Quel est le type d'appareil que tu utilises ? Comment faire pour l'obtenir ?
Pour l'échographie au lit du malade, j'ai récupéré un vieil appareil de la réanimation.
Ce n'est pas un appareil dernière génération mais pour l'examen de débrouillage, c'est largement suffisant.
Il est équipé des 3 sondes (cardio, abdo et vasculaire) selon les besoins et l'organe ciblé.
Par ailleurs, il existe même des sondes qu'on peut brancher directement sur portable/tablette utilisé pour le FAST écho, suffisantes pour voir la veine cave, les épanchements ou repérer une rétention d'urine.
Il y a certains services des urgences qui préfèrent investir dans ce type de sonde qu'acheter un bladder-scan avec un coût à peu de chose près équivalent, avec une possibilité d'utilisation plus large.
Pour vous équiper, n'hésitez pas à solliciter votre direction/responsable du biomédical. Il peut y avoir un appareil qui dort dans un coin, non utilisé et qui peut vous rendre service.
Aussi, partager des appareils qui ne sont pas utilisés tous les jours peut avoir un sens selon vos besoins.
Pour l'achat d'un nouvel équipement, tout dépend de l'utilisation que vous souhaitez en faire.
L'achat d'une sonde est un budget très acceptable.
Acheter un nouvel appareil de qualité reste un investissement important qu'il faut mettre en balance avec la fréquence d'utilisation.
Pour résumer,
L'échographie est un outil précieux, facile à utiliser et non invasif qui permet de compléter notre examen clinique de manière à apporter la réponse thérapeutique dans beaucoup de situations, d'être moins iatrogène et je suis convaincue que pour les futures générations, grâce à l'innovation des appareils de plus en plus portables, l'échographie remplacera le stéthoscope.
Le meilleur moyen de faire de l'échographie notre alliée, c'est la pratique régulière encadrée initialement par les spécialistes.
Nous ne perdons jamais notre temps à nous former pour apporter des soins de qualité.
Intégrer la pratique de l'échographie dans notre quotidien de gériatre a du sens avec toujours un objectif de garder au cœur la qualité et la pertinence des soins adaptés à nos patients âgés.
Pour l'Association des Jeunes Gériatres
Dr Sonia FAUVET
PH de gériatrie au Centre Hospitalier de Douai
Service SSR et Equipe Mobile de Gériatrie

